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Philippe Belhache est journaliste au quotidien Sud Ouest.
Jean-Marc Lernould est journaliste au quotidien Sud Ouest.

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Noir, noir et noir. Le tome 2 de cette « Princesse du sang », récit inachevé de Jean-Patrick Manchette, complété et remis en forme par son fils Doug Headline, puis adapté en bande dessinée par Max Cabanes, est à l’unisson de son aîné. Âpre, dense, sombre, véritable plongée en apnée dans les arcanes du crime géopolitique, où le banditisme se pare des oripeaux du patriotisme (ou le contraire), avec de beaux discours couleur sang écrits à la machette. Manipulée par son protecteur, la belle Ivy Pearl, photographe de guerre en rupture de conflit, entre malgré elle en contact avec l’aventurier Maurer et sa protégée Negra. Laquelle pourrait bien être Alba Black, héritière d’une entreprise florissante de vente d’armes censée s’être fait buter quelques années auparavant, à l’instigation de son tonton chéri. Ivy se lie à ce couple sauvage. Et se trouve ainsi catapultée au beau milieu de la foire aux barbouzes. Tonton Aaron ayant retrouvé sa trace demande à ses hommes de finir le travail. Commence alors une course-poursuite qui mène irrésistiblement les protagonistes vers Aaron Black. L’agneau mené au sacrifice ? Voire. Les loups les plus féroces ne sont pas forcément ceux que l’on pense. L’écriture de Manchette, toujours moderne quinze ans après sa mort, et le trait de Cabanes se mêlent intimement pour nous emmener vers un final logiquement tragique, sur fond de magouilles à portée internationale. Implacable.
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Richard Marazano nous referait-il le « Géant de fer » en version post-apocalyptique ? Le look de « SAM », robot qui donne son titre à la série, et sa fonction dans le récit – du moins celle qui semble de profiler – renvoient sans coup férir à ce petit bijou de l’animation US de la fin des des années 90. Il y a loin, cependant, du long métrage de Brad Bird, mise en scène de la paranoïa antisoviétique des années 50, sur fond de Maccarthysme galopant, à la vision désespérée de ce « SAM », plus ancrée dans l’imaginaire apocalyptique d’un « Terminator » ou de « Matrix ».

Résumé ? L’Humanité semble avoir été rayée de la surface de la terre. Les machines, qui traquent les derniers survivants, semblent en être les responsables. De survivants, il ne semble d’ailleurs subsister que des ilots épars, adolescents regroupés depuis l’enfance en petites communautés. L’un d’entre eux, Yann, tombe sur la carcasse d’un robot géant. Ce dernier, reconnecté, ne le tue pas. Plus intrigant encore, il défend Yann contre des mécaniques arachnoïdes exterminatrices…

Cet événement va bien évidemment dérégler le quotidien de cette communauté cachée vivant dans la peur. Il sert également à Marazano de catalyseur permettant aux divers caractères (et émois adolescents) naissants de s’affirmer au sein d’une tribu pas si unie que cela. Son propos est très bien servi par le graphisme de Shang Xiao, artiste chinois passé par l’animation et le jeu vidéo. Ce graphiste (presque) nouveau venu dans production francophone - il avait réalisé un court récit dans le volume 6 des « Chroniques de Sillage » - insuffle au récit une dynamique sous influence manga sans pour autant lui faire perdre ses atours franco-belges. Sans révolutionner le genre, ce premier volume – cette mini-série est prévue pour en compter quatre – est une jolie surprise.
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Cela ressemble à du Donjon, cela a le goût du Donjon, mais ce n’est pas du Donjon. Lewis Trondheim se (nous) fait plaisir en revenant en renouant avec la fantasy, plus de deux ans après le dernier épisode paru de sa mythique série à tiroir conçue avec Johan Sfar. Presque dix ans, en tout cas, après le quatrième tome de Donjon Zenith, le dernier dont il ait assuré la partie graphique (les tomes 5 et 6 ont été réalisés par Boulet). L’affaire a fatalement des allures de déjà vu. L'auteur reste en effet, sur le plan graphique, dans le champ de la représentation animalière anthropomorphe, sa marque de fabrique depuis « Lapinot ». Trondheim, qui tient cependant la répétition en horreur – lire pour cela l’excellent « Désœuvré » (L’Association) – remet à zéro le compteur de son imaginaire pour nous fournir un récit inédit sur le fond, à défaut de l’être totalement dans la forme.

Il met ainsi en scène Ralph Azham, un looser à grande gueule comme il les aime, hâbleur comme a pu être un certain canard en son temps. Le jeune homme, qui possède des dons liés aux deux lunes du monde dans lequel il a grandi, aurait pu (dû ?) avoir un destin d’élu. Ce ne fut pas le cas. Il est dès lors devenu le souffre-douleur de tout son village, un ramassis de péquenots à l’esprit étroit dont le principal moteur, en dehors de leurs minables querelles, est la peur d’un envahisseur récurrent. Le terreau est de ceux qui ont fait germer les « Sept samouraïs » (ou mercenaires, à vous de voir). Trondheim a choisi d’en faire simplement le lieu où vont se façonner les principaux traits de caractère de son personnage. Avant de d'amener ce dernier à tourner la page.... Ce premier épisode est un prélude, une introduction vers un ailleurs dont l’auteur seul, pour l'heure, détient les clefs. Ce pourrait être bloquant mais il n’en est rien. Le cocktail psychologie / action / humour est suffisamment bien dosé pour que la curiosité et l’envie d’aller plus loin reste intacte. Ralph Azham a de beaux jours devant lui. On ne lui souhaite rien d’autre.
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Patatras. Tant d’années à utiliser un mode impersonnel, nous voilà revenu au bon vieux temps du « je ». Ce « je » honni, celui qui personnalise les chroniques, les ramène au rang de « simple » avis personnel. Pourquoi ? Parce que je n’aime pas « Blast ». Ou plutôt, je n’ai pas aimé le premier « Blast ». Soyons honnêtes jusqu’au bout : j’ai trouvé « Grasse carcasse » déroutant et dérangeant. Parce que Larcenet impose avec Mancini un personnage pour lequel il est difficile d’éprouver de l’empathie ; parce que les thèmes développés flirtent avec l’outrance ; sans doute aussi parce que cette évocation des ravages de la différence touche trop profondément à l’intime de ceux qui doivent également, pour toute autre raison, se confronter au regard des autres ; parce qu’au-delà de l’admiration que je peux porter à son œuvre, je me méfie du bonhomme, capable d’alterner portraits sensibles et caricature (police et journalistes s’en sortent généralement assez mal), coups de main et coups de gueule, leçons de vie et diatribes péremptoires.

Impossible pourtant, à la lecture de ce premier livre, qui semble faire la jonction entre le Larcenet sensible et finalement solaire du « Combat ordinaire » et celui, sombre et torturé, de son « Ex Abrupto », de faire abstraction du talent de Manu Larcenet, de son évolution graphique, de sa maîtrise de la narration. Répulsion et admiration. L’historien de l’art - ma formation initiale - doit pouvoir dissocier l’affect et la réflexion, travailler sur la démarche de l’auteur. Un autre chroniqueur a pris le relais au clavier. C’était finalement plus simple. On appelle ça botter en touche, on a tous nos petites lâchetés.

Avril 2011. « L’apocalypse selon Saint Jacky » est là, sur ma table, plus question de se défiler. La méfiance est toujours là. Le terrain sur lequel s’avance Larcenet est cependant plus tangible pour l’ancien fait-diversier qu’est votre serviteur. L’errance de Polza est plus familière, de celles qui alimentent régulièrement la chronique judiciaire. Pour autant, la gêne subsiste. Car Larcenet s’engage en terrain miné. La quête autodestructrice de Polza Mancini, sa recherche effrénée de moments d’oubli de soi, son addiction au « blast », qu’il obtient par le biais de médicaments, de l’alcool ou de la drogue, restent suspectes à ceux qui prétendent comme moi conserver « l’illusion du contrôle », tout comme elles peuvent faire sourire ceux qui ont fait le tour de la question, ou tout du moins celui de la littérature estampillée Beat Generation.

« Blast » captive malgré tout. Il y a le passé de Mancini, révélé à petite touches, qui vient conforter la psychologie d’un personnage hors gabarit, « construit autour de la douleur. » Il y a ce regard particulier porté sur l’obésité, stigmatisée comme une tare par une société qui ne reconnaît plus que la norme mannequin. Il y a cette violence crue, réalité sans fard du monde de la nuit, qui s’invite dans l’utopie perturbée de Mancini. Il y a enfin le graphisme de Larcenet, son trait acéré, son sens de la lumière, ces moments de noirceur intense, ses fulgurances... Et ce rythme particulier, qu’il puise dans une lecture intensive de l’œuvre de Tanigushi, mais qui semble aussi se nourrir de Miyasaki. Et on joue le jeu. On se laisse prendre aux explications hallucinantes et hallucinées de ce bonhomme tordu par la vie, de cet être improbable dont l’humanité devient pourtant plus évidente à chaque page. Un homme accusé d’un crime dont on ne sait par ailleurs toujours rien – ou si peu – au bout des 400 premières planches.

Faut-il dès lors brûler ou adorer « Blast » ? La seconde option s’impose. Pour toute les raisons qui font que je l’admire, pour toutes les raisons qui font qu’il me dérange. L’outrance est toujours là, certains parti pris aussi. Mais il est du rôle de l’artiste de bouger les lignes, de bousculer ses lecteurs, de les amener sur des terrains plus glissants, de les mettre en danger, parfois malgré eux. Il ne faut pas lire « L’apocalypse selon Saint Jacky » par suivisme ou par snobisme, mais se l'approprier avec la volonté de comprendre un auteur qui met ses tripes sur la table. Un auteur qui signe avec « Blast » une œuvre plus courageuse qu’il n’y paraît. Il fallait bien la notoriété – et la singularité – d’un Manu Larcenet pour imposer un tel projet chez un éditeur grand public.
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La ligne éditoriale de Futuropolis permet une belle liberté à des auteurs plus ou moins jeunes, sortes de cartes blanches étonnantes qui ne sont pas si fréquentes dans des maisons qui ont pignon sur rue. Fred Pontarolo n’est pas un auteur né de la dernière pluie (il a son actif « Naciré et les machines » chez Casterman, « Acarus » chez Glénat, « James Dieu » déjà chez Futuropolis) et pourtant il conçoit avec « Le Serpent d’Hippocrate », une oeuvre autant originale par son thème que par son graphisme.

On va passer très vite sur le scénario puisque la moindre révélation gâcherait le plaisir de la lecture. Un médecin de campagne, époux et père de famille, craque pour l’une de ses patientes, mariée à un militaire. Le soldat bourlingue dans diverses missions aux quatre coins du globe, et quand il rentre au pays, elle dit qu’il la frappe, qu’il la viole, et des dessins de sa fillette montrent une vie de famille pour le moins tourmentée. Le médecin craque pour cette femme qui devient sa maîtresse, mais comment l’aider? En tuant le mari?

Il y a des images de cauchemar, des silhouettes épouvantables qui apparaissent ici et là, d’étranges nuages noirs qui ne sont que des visages aimés ou haïs. Hormis les dessins d’enfant, que l’auteur a confié Dorothée Jost (1), on a sous les yeux du gris et du sépia qui n’annoncent pas l’optimisme. Fred Pontarolo y ajoute une façon très particulière d’esquisser des visages très angulaires, comme si la moindre rondeur était évacuée, et quand parfois les amants se retrouvent, c’est l’aquarelle qui dégouline en bas de page. Un album déroutant, qui nous met quelques claques dans la figure, révèle jusqu’au bout des surprises, et jusqu’au bout aussi une belle maîtrise.

(1) Son blog mérite le détour, avec des photos très intéressantes (dont un travail à partir des insectes) : http://dorotheejost.canalblog.com/ Cela ne doit pas nous faire oublier le site de l'auteur : http://fredpontarolo.canalblog.com
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La série était partie sur les chapeaux de roue, et puis le tome 2 m’a déçu, avec des super héros indestructibles chargés de faire basculer à eux seuls la Première guerre mondiale, dans la boue et les charniers des tranchées : cela relevait des comics américains et de leurs procédés scénaristiques, alors que l'on pouvait être plus ambitieux. Et pourtant les auteurs se sont nettement repris avec ce troisième volume.

Il n'y a pourtant pas de grosses surprises, avec une équipe de trois gaillards bioniques côté français, qui font un boulot d’enfer. En face, les Allemands commencent à trouver la parade avec un molosse sans état d’âme aux allures de scaphandrier façon Jules Verne. On se demande d’ailleurs à quoi ressemblerait la BD d’aujourd’hui sans Jules Verne et les produits dérivés du « Seigneur des anneaux ». Reste que ce tome 3 traite de la première utilisation des gaz mortels à Ypres, d’où le terme d’Ypérite. Un gaz foudroyant, une « innovation » tellement inattendue que l’on a recommandé dans un premier temps aux soldats de se couvrir le visage d’un chiffon imbibé d’urine, tandis que les premiers revers de vent retournait aux envoyeurs leurs miasmes mortels.

Le volume trois tient bien la route, alors que l’on aurait pu se passer des multiples appels de notes, traductions de l’allemand inscrit dans les bulles. Enrique Breccia fait encore des merveilles au dessin dans ce contexte affreux de 1915, avec une capacité de représenter l’horreur quotidienne de l’époque. Rappelons que les gaz et l’enfer des tranchées ont tué des Irakiens et des Iraniens des dizaines d’années après, et que les "Sentinelles" ne restent que des tigres de papier.

Le quatrième volume aura pour théâtre d’opérations les Dardanelles.
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Le tome 4 date de 2008, donc le suivant, qui se trouve dans les bacs depuis le début du mois, commençait à se faire attendre, mais il est vrai que Jean Dufaux a toujours quatre fers aux feux, et que Martin Jamar peaufine son dessin. Les auteurs ont pris le temps, et cela se ressent dans le bon sens du terme.

Depuis le début de la série, qui se concentre sur la montée en puissance de Napoléon 1er, on a affaire à une dualité : le futur empereur, un visage de la gloire à son apogée, mais d’un autre côte un double, la Fourmi, roi de la racaille dont le règne sur les bas fonds de Paris est sans égal. Tous deux ont reçu dans leur adolescence une étonnante visite, celle d’une femme voilée qui leur a remis un masque blanc, sans conséquence semble-t-il, mais qui au fil des ans incarne le destin de ses deux personnalités.

Dans ce tome 5, Bonaparte tente de s’imposer comme Napoléon, l’empereur,et la mise en scène de son sacre, la préparation de la cérémonies avec toutes les préséances qu’elle impose (ne serait-ce que la bénédiction du pape) est déjà une usine à gaz. On y rajoute les fourberies de Fouché et d’autres agents secrets qui oeuvrent dans l’ombre, sans compter un parti chouan et royaliste prêt à occire le Corse, des amours croisés, et l’ombre et lumière qui sont enfin face à face.

Tout compte fait, cela fait des belles entorses à l’histoire mais avec d’excellents rebondissements et une série qui palpite. Et Martin Jamar? Le dessinateur effectue un boulot impeccable qui avait été entamé avec « Les Voleurs d’empire », d’ailleurs primé. Le tout est un plaisir avec cet album décisif, et il serait sympa que le tome 6 soit dans nos mains le plus tôt possible.
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Les intégrales de « Jessica Blandy » ressortent au fur et à mesure, et on en a pour quelques années à recapitaliser cette aventure dans notre bibliothèque, puisqu’il y a la bagatelle de 24 albums, entre le fondateur « Souviens toi d’Enola Gay » et « Les Gardiens ». Une belle série, qui est aussi rescuscitée par « La Route Jessica », une extension de cette belle vingtaine d’albums, mais une vraie suite qui se dirige vers un réel aboutissement. On appelle cela pompeusement des spin-off, ce qui est un terme plus logique pour la série « XIII », qui place des personnages clef sous d’autres perspectives. Pour « Jessica », il s’agit d’une route de longue haleine, qui s'achève avec ce troisième volume.

Jessica est une blonde adorable et capable de vous casser en deux puisqu’elle a été formée pour ça. Pour autant, elle ne décanille pas ceux qui se mettent en travers de son chemin, et au cours de ses aventures la belle Américaine a rencontré davantage d’amis de qu’ennemis. Sauf qu’un seul ennemi qui voudra vous ruiner la santé va s’attacher à éliminer tous vos proches. Il y a toujours à la poursuite de Jessica un tueur à gages et sa fille, et la morveuse est aussi impitoyable que le papa, plus une infirmière à la seringue mortelle. La blonde et son fil se sont réfugiés dans une communauté religieuse proche des Amish, mais leur présence sème le trouble tandis que leurs poursuivants font une moisson de cadavres. Une trame qui rappelle le film « Witness », avec Harrison Ford, avec davantage de cynisme chez les différents personnages.

L’album est violent, très dur par moment, indispensable pour ceux qui suivent « Jessica » depuis qu’elle a appris à se battre. La tension est peut-être plus forte dans cette extension, mais on conseille de faire un break pour lire les 24 albums d’origines, retrouver la genèse de cette aventure, et la prolonger en prenant cette ultime étape de « la Route ».
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Carnet de bord, carnet de voyage, carnet de rêve d’enfants d’un Emmanuel Lepage qui a grandi avec des noms géographiques à tomber par terre : les Kerguelen, Amsterdam, Crozet, l’île aux Cochons et celle de la Possession. Des îlots aussi, confettis perdu dans l’hémisphère sud, parfois habité par des semblants de base scientifiques, toujours battus par les vents, d’un froid polaire puisque l’Antarctique n’est pas si loin. Des endroits où a priori on n’irait pas passer ses vacances, mais quand on a lui proposé l'opportunité de ce voyage, il a suffit d’une demi-heure à Emmanuel Lepage pour faire ses valises et larguer les amarres, profitant du Marion Dufresne, un navire en partance pour une mission scientifique.

Ce bateau sera l’un des personnages principaux du récit, ne serait-ce parce qu’il a navigué plus d’une fois dans ces eaux inhospitalières, et parce que sa silhouette accroche l’œil sur le carnet de croquis de l’auteur. Un auteur qui doit d’abord se familiariser avec l’équipe du bord, des hommes et des femmes plus ou moins expérimentés, avec même des touristes. Des hommes, Lepage en verra d’autres une fois sur place, des communautés soudées par des mois passés loin de tout, parfois à cran lorsque les fruits et légumes frais que l'on espérait depuis des moins sont bons à jeter à la mer, des communautés dont le dessinateur, fin observateur sait bien qu’on ne les rejoint pas en claquant dans les doigts. D’où son sentiment de frustration, de ne pouvoir partager plus de temps (le périple de Lepage a duré environ un mois, ce qui est à la fois long et court au regard de ceux qui restent sur place).

Par contre le dessinateur-rêveur a bien trouvé les îles de son enfance, des paysages sublimes dont les couleurs valaient bien ce voyage, même si le vent et la pluie s’ingénient à noyer le travail de l’aquarelliste. Lepage craque pour sa première aurore boréale mais n’ignore pas pour autant l’histoire cruelle de ces îles qui ont broyé tant d’hommes, notamment lorsque des industriels y ont jeté, et même abandonné des pêcheurs de baleines. Frustré Lepage? Pas tant que ça au regard des ces 160 pages de portraits, de paysages, de rencontres. L’auteur de « Muchacho » et de « La Terre sans mal » poursuit son aventure humaine, et sait la partager.
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Hyde est un village d’Écosse, au dix-neuvième siècle, à un jet de pierre du Loch Ness. Petite bourgade dans laquelle va se retrouver durant plusieurs semaines un jeune voyageur qui vient de faire les frais d’une agression, et dont la mémoire est complètement à l’ouest. Tout juste se rappelle-t-il que le métier de journaliste est dans sa capacité. Hyde, c’est aussi le nom dont les habitants vont affubler l‘amnésique, faute de mieux, mais malgré l’accueil d’un trio truculent aux tronches patibulaires (d'anciens pirates semble-t-il), cela va aller de mal en pis, avec une hécatombe parmi les civils de l'endroit, avc deux journaux appartenant à deux clan rivaux et qui vont prendre Hyde en étau, lui qui ne demande qu’à épouser la fille de l’un de ces notables mais que l’on va vite remettre à sa place. Et en plus d’avoir le cul entre deux chaises, notre amnésique est toujours dans les parages lorsqu’un crime est commis, et sa situation au sein du village devient carrément invivable.

L’album est franchement déconcertant puisqu’il nous balade longtemps avant d’avoir un début de réponse, mais c’est plutôt là le signe d’un bon scénario. Il faut accepter le cheminement d’Heurteau, très sinueux, qui justement n’élucide pas tout. Par contre les trois ou quatre dernières pages retombent dans des chemins maintes fois empruntés, et le recours à un fameux éventreur qui sévirait à White Chapel arrive comme un cheveu sur la soupe dans cet album qui méritait une meilleure fin.
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L’ouvrage était particulièrement attendu, porté par le succès critique de la bédénovella créée sur internet par Thomas Cadène. « Les autres gens » sont nés et vivent sur la toile depuis maintenant plus d’un an. Un blog BD parmi d’autres ? Que nenni. L’entreprise s’est distinguée d’emblée de ses aînées du web. Par sa conception, son ambition, sa mise en œuvre. Thomas Cadène a fait sien le principe des feuilletons populaire télévisuels pour proposer à ses lecteurs un rendez-vous quotidien – 36 cases en moyenne – dont il a assumé quelque 90 % de l’écriture.

Le pitch ? Une étudiante croise un riche héritier qui lui demande trois numéros pour compléter sa grille de loto. Les chiffres sortent, ils se partagent une véritable fortune. L’événement bouleverse bien entendu leur vie, ainsi que celle de leurs proches, provoquant les événements, les précipitant, les exacerbant… Ce récit au long cours n'est pas l'œuvre d'un seul homme. Il est illustré par une pléiade de talents issus de mouvances très diverses. Le résultat, nous avons déjà eu l’occasion de la dire, est étonnamment dynamique, la variété des approches graphiques participant à l’intérêt de l’expérience.

Restait à savoir si le titre allait passer le cap d’une édition papier. Au contraire d'autres expériences du même type (citons l'excellent « Freak Angels » de Warren Ellis et Paul Duffield, traduit au Lombard), « Les autres Gens » a été formaté pour le seul web. Thomas Cadène s’est assuré que la mise en page respecterait ce qui était l’esprit de l’édition internet. Les cases conçues pour être vues image par image ou en scrolling ont été regroupées, dans la très grande majorité des cas, par six en gaufrier classique, offrant à lire un récit chapitré de manière régulière et cohérente. Du bonheur pour ceux qui souhaitent (re)découvrir sans limitation de temps cette histoire singulière et addictive – le site, rappelons-le, est payant – ainsi que pour ceux qui pour qui la lecture sur écran reste un concept. Ce recueil papier est de fait indispensable pour picorer unplugged - dans le bain avec un verre de vin - nymphes manga, trolls baveux et… Ha non, flûte, ça c’était pour les « Notes » de Boulet. Mais bon, le principe est le même. A consommer dans modération (« Les autres Gens » et les « Notes », hein, pas le vin).

Ce premier volume regroupe les 23 premiers chapitres, adossés à un prologue réalisé par Boulet.

Les auteurs : Aseyn (qui signe la couverture), Bandini, The Black Frog, Clotka, Alexandre Franc, Christophe Marchetti, Manu-xyz', Marion Mousse, Philippe Scoffoni, Singeon, Vincent Sorel, Erwann Surcouf, Tanxxx, Sébastien Vassant. Et l'incontournable Bastien Vivès - dont le superbe "Polina" vient de voir le jour chez KSTR - qui fut le premier à s'y coller.
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Bastien Vivès et KSTR poursuivent leur beau mariage, une union sans cesse renouvelée avec de superbes enfants à la clef, chacun avec ses propres traits. « Polina » a revêtu les habits d’un noir et blanc contrasté par un gris dominant, un dessin très fluide, parfois minimaliste, et pourtant chargé de tension.

Bastien Vivès s’est cette fois attaché au parcours initiatique d’une jeune fille particulièrement douée pour la danse. Polina, un prénom emprunté à l’artiste Semionova, dont il s'est inspiré du très joli visage. On suit la fillette aux prises avec la rigueur de l’apprentissage classique, puis avec la sévérité d’un professeur particulièrement intransigeant, « Monsieur Bojinski ». Polina va devoir effectuer ses propres choix, quitte à galérer avant de trouver la lumière, mais sans renier le passé, et on la voit grandir, se hisser vers la maturité.

Comme l’art difficile de la danse, Vivès laisse peu transparaître l’effort et la construction de ce récit, beaucoup plus complexe qu’il n’y semble au premier abord. D’où un régal de lecture malgré les quelques 200 pages de l’album qui ont nécessité 2 ans de préparation. Un ballet impeccable, sans un pas de travers.
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La Boîte à Bulles a eu la très bonne idée de reprendre dans son catalogue jeunesse ce joli titre de Simon Hureau initialement paru en 2006 aux éditions Delcourt. Il met en scène deux frères découvrant au détour d’une balade un ensemble de bâtiments en friche, petite ville dans la ville, espace préservé où ils peuvent vivre des aventures imaginaires. Le site n’est pas si inoccupé qu’il en a l’air. Une bande d’ados du coin y a déjà élu domicile, fantasmant une autre existence, organisant des fêtes à l’aide de l’impressionnant matériel de théâtre resté sur place. Après une période d’observation mâtinée d’hostilité, les deux frangins sont finalement adoptés par la bande. Et découvrent là un nouvel univers auquel ils s’attachent vite avec en filigrane les prémisses d’un amour naissant. Le site est cependant voué à la démolition. Avec cette perspective de voir les bulldozers enterrer les rêves des deux frères aussi sûrement que les murs de la bâtisse. Ce récit sensible s’inscrit dans la lignée de récits ancrés par Simon Hureau dans la réalité des villes de province. Laquelle, sous la plume de l’auteur de « Palaces », « Colombe et la Horde » et « Bureau des prolongations » (Ego comme X), mais aussi de « Tout doit disparaître » (Futuropolis) et du (très) culotté « Aspic Voisine » (la Boîte à Bulles), n’a pas toujours été aussi rose.
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Parker repart en chasse. Passé les règlements de comptes avec ceux qui l’ont trahi, le truand sublime imaginé par Richard Stark (pseudonyme de Donald Westlake) s’est fait refaire le visage. Mais Parker reste Parker. Et il a besoin d’argent. Un casse foireux plus tard, le revoilà confronté à l’Organisation, syndicat du crime avec qui il avait déjà eu maille à partir par le passé. Et pour un homme comme Parker, il n’y a de défense valable que l’attaque… Tout comme « Le chasseur », « L’organisation » est un récit tiré au cordeau, sombre et jouissif, ancré dans la mythologie du crime de la fin des années 50. Cooke le traite comme tel, jouant sur l’ambiance vintage, les dialogues et la bichromie pour donner à lire et à voir, concentré de polar bien serré. Rien de passéiste, cependant, dans le traitement. Déjà très libre dans le découpage, Cooke se montre particulièrement inventif dans la narration des casses menés au détriment de l’Organisation, offrant une touche ludique à un ensemble solidement tenu.

NB : La traduction est signée de Doug Headline, journaliste, éditeur et cinéaste, également scénariste (il a récemment adapté « La princesse du sang », de son père Jean-Patrick Manchette, pour Max Cabanes). Il succède dans l’exercice à Tonino Benacquista.
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Sarkozix est devenu chef suprême de la Gaule. Il règne sans partage, son épouse Carlabrunix à ses côtés, épaulé par son conseiller Fillonnix. Il y a de l’écho ? Normal. Parce que la série pastiche ouvertement l’univers d’Astérix. Mais aussi (surtout) parce que tout n’y est prétexte à brocarder ces animaux politiques qui nous gouvernent dans la réalité vraie de la Gaule d'aujourd'hui.

Ce deuxième volume des « Aventures de Sarkozix » permet à ses concepteurs – Guy Delcourt lui-même, qui en a confié les rênes au scénariste béarnais Wilfrid Lupano – d’y aller franco sans s’embêter avec un surplus d’explication. L’actualité, il faut dire, est un vrai réservoir de sujets, un de ceux dont on ne risque pas de voir le fond : politique sécuritaire, crise financière, budget en berne, mais aussi l’élection de Barack Obama, retour de Villepin en politique, le fiasco de l’équipe de France de football, l’affaire Woerth-Bettencourt… Tout y passe.

Le résultat ? Plaisant, même s’il y manque parfois une goutte de ce vitriol dont usent si bien Jul, Luz, Lefred-Thouron ou Pétillon. L’humour y est de fait plus ancré dans la tradition de la bande dessinée franco-belge au sens large que dans la culture Charlie-Canard Enchaîné ou même du dessin de presse en général. Cela n’empêche pas les « Aventures de Sarkozix », même un ton en dessous, de toucher au but. Parce qu’il évite ainsi l’effet d’accumulation qui rend certains recueils indigestes à tout autre lecteur qu'encarté LCR. Parce qu’il rassure le lectorat par sa forme tout en balançant sur le fond. Parce que Bazille et Maffre, côté graphique, tirent bien leur épingle du jeu, entre caricature politique et référence au village gaulois. Il n’en faut parfois pas plus pour faire passer un message militant à un large (é)lectorat.
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On connait surtout Charles Masson, médecin et dessinateur, pour ses romans graphiques engagés, pamphlets tout autant que témoignages, que sont « Soupe froide », « Bonne santé » ou « Droit du sol » (Casterman). Il est plus rare de voir illustrer ainsi les mots d’un autre. Et cette collaboration avec Chloé Von Arx s’avère pour le moins surprenante. Leur propos ? La recherche de l'autre. Mais une recherche assistée par ordinateur. Le duo s’attachent au pas de Léa, jeune et jolie décoratrice, qui décide de chercher l’âme sœur sur Meetic, tant pour tromper la solitude que pour sacrifier aux rites sociaux. Les auteurs ne s’attardent que peu sur les différentes propositions qui lui sont faites, pour ne s’attarder que sur le cas Noé, personnalité extravertie et intrusive.

Léa se laisse tenter par une aventure qui l’intrigue et l’effraie tout à la fois. Elle fait ainsi la connaissance du bonhomme et de son cercle d’amis, personnalités aussi intransigeantes qu’excessives, qui vont faire basculer sa vie dans la quatrième dimension. Difficile d’en dire plus sans déflorer un récit qui déroute tout autant qu’il dérange, dont le final très ouvert, un poil malsain, porte son lot de questions. La narration va crescendo, de la découverte du média aux doutes de Léa, de la première rencontre aux premiers dérapages, entre enthousiasme fugace et consternation durable, engrenage dont l’héroïne travaille en vain à conserver le contrôle. Chloé Von Arx et Charles Masson animent avec talent cette histoire ordinaire qui ne l’est déjà plus, récit apparemment décalé mais terriblement ancré dans le réel. Les auteurs ne vont pas jusqu’au fait divers. Mais tout reste possible au moment où l’histoire s'échappe des 128 pages du récit....

Un bémol ? La couverture, qui ne donne pas réellement envie d'aller plus loin...
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Quelques mois après « Topless », très beau polar aux accents jazzy (chez Glénat itou), le duo Le Gouëfflec-Balez nous revient avec une nouvelle pépite. « Le chanteur sans nom » est une biopic romancée, mi-historique m-fantasmée, d’un chanteur de cabaret affublé de cet étrange pseudonyme, se produisant en outre avec un loup sur le visage. Il a suffit d’une note sur le blog du scénariste, également musicien, pour que l’affaire s’enclenche. Un commentaire, puis deux, témoignages de personnes qui l’ont côtoyé de près, ont suffi à aiguiser sa curiosité, d’attiser l’envie de raconter cette histoire hors normes. Pas question pour autant d’en faire une hagiographie à la gloire d’un talent oublié.

Roland Avellis, puisqu’il avait finalement un nom, ami de Piaf et d’Aznavour, n’est pas un personnage facile à cerner. Hâbleur, profiteur, un peu (beaucoup ?) escroc, il était l’un de ces personnages dont on dit qu'ils sont « bigger than life », bouffant littéralement la vie, la sienne mais aussi celle des autres. Irresponsable, paresseux, profiteur mais aussi séducteur, drôle et talentueux, cet ancien télégraphiste qui avait démarré une carrière de chanteur dans les cabarets de Pigalle a connu la notoriété grâce à son personnage de Fantômas des ondes, créé pour les besoins d’une émission radiophonique avant la Seconde Guerre mondiale. Avant de tomber dans l’oubli, de faire un peu de taule, de vivre quelques années aux crochets de Piaf puis de taper l'incruste chez des particuliers. Il est décédé dans les années 70 après être passé par les affres d'une déchéance pathétique.

Arnaud Le Gouëfflec met en scène cette chasse au fantôme avec la complicité… du fantôme même du Chanteur sans Nom. Il en dévoile la personnalité par petite touches, confidence après confidence, alternant le récit du personnage lui-même avec les témoignages de proches : la propre fille d’Avellis, mais aussi sa dernière compagne, des amis, Charles Aznavour lui-même... Il reconstitue ainsi les derniers moments de cette « cigale » flamboyante, mauvais père, ami encombrant, petit escroc... mais suffisamment sympathique pour que personne n’ait réellement l’air de lui en vouloir. Olivier Balez accompagne cette quête d’identité de son trait sensible, optant pour une approche entre réalisme et caricature, portant l’Histoire ou la dérision, la confidence ou la rodomontade. Lui qui sait si bien poser les ambiances de polar – il n’est que (re)lire « Topless » ou même « Angle Mort » (KSTR) pour s’en convaincre – excelle ici à mettre en image le destin de ce personnage à l’énergie folle, à transcrire la poésie sous-jacente du scénario de Le Gouëfflec, une poésie qui transcende jusqu’aux moments les plus sordides de l’existence d’Avellis. Un moment de bonheur.
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Olivier Berlion adapte ici un roman de Tonono Benacquista (pas lu mais cela ne saurait tarder) qui établi une sorte de passerelle entre les Italiens immigrés en France de la deuxième génération (avec parents nés fin des années 30 ou au début des années 40) et la «Mère patrie » qu’ils ont relativement peu fréquenté. La semaine dernière dans l’émission de France Inter « La Tête au carré », l’invité Tobie Nathan parlait, au détour de son livre sur les rêves, d’une immigration italienne dont les intervenant s’étaient volontairement coupés de leurs origines (et du fascisme), alors que leurs enfants ou petits-enfants sont aujourd’hui habités par un désir de retrouver leurs racines et de se réapproprier la langue natale (voir par exemple le succès des jumelages et cours de langue dans des départements comme le Lot-et-Garonne).

On entre de plain pied dans ce schéma avec Antonio, qui un jour de visite à ses parents en banlieue parisienne est attendu par un copain d’enfance, Dario, « un vitellone d’exportation », analphabète, qui demande au premier -de la classe en son temps- de lui écrire une lettre bien mystérieuse à une certaine Raphaëlle. D’autant que Dario est retrouvé assassiné peu de temps après. Antonio mélange une embauche d’enquête qui monte en puissance, aiguillonné par la méconnaissance flagrante de Sora, le village familial d’origine. Comment concevoir que l’inculte Dario ait pu investir dans un carré de vigne à Saro, et qu’il les lègue à Antonio dans un but bien précis dont les lecteurs devront attendre la révélation dans le deuxième tome? D’autant que ces quelques pieds de raisin semble attirer la convoitise excessive de certaines personnes. Et il y a aussi par bribes, la drôle de guerre du père d’Antonio dans l’Albanie des années 40.

Olivier Berlion remue le passé déjà exhumé par Tonino Benacquista, avec des passages savoureux comme cette recette des pâtes all’arrabbiata (avec sauce tomate bien relevée) minutée au zapping TV! Une histoire dense et bien redécoupée par Olivier Berlion, et une BD/polar à déguster.
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« Destins » vient de publier les tomes 8 et 9 de son côté « bleu ». Pour ceux qui prennent la série en cours, Frank Giroud, excellent scénariste et non moins bon commercial, comme son éditeur, exploite le filon des séries à tiroir, qu’il a d’ailleurs été l’un des premiers à créer avec son « Décalogue » (1). Ici, Giroud décline le « et si » permettant aux personnages de pencher vers tel ou tel avenir selon leurs décisions, style battement de l’aile du papillon, et confie ensuite chaque album aux bons soins d’un scénariste et d’un dessinateur. A lui la partition, à eux l’interprétation, avec deux racines principales, les « couvertures bleues » (l’héroïne Ellen accepte sa culpabilité lors d‘un meurtre) et les « couvertures rouges » (le déni).

Le problème du procédé est de faire de l’hétérogénéité des auteurs une œuvre cohérente, ce qui est loin d’être le cas ici. Autant de racines autour d’un tronc commun permet d’éditer rapidement les tomes successifs, et les lecteurs, qui rongent leur frein un an durant - parfois plus (cf « les Passagers du vent », mais on en veux pas à Bourgeon…) - en attendant la suite d’une série, pourraient se frotter les mains d’un rythme plus rapide. Mais on se lasse aussi des hauts et des bas.

On aborde ici le début du procès d’Ellen, incarcérée depuis de longues semaines, et qui refuse d’esquisser le moindre mot à son mari lors des séances de parloir. Les avocats de la défense et de l’accusation rivalisent de stratagèmes, voire de pièges limite légaux pour influencer sur le choix des jurés, primordial aux Etats-Unis davantage qu’en France. Paradoxalement, le dessin plus fouillé de Berlion permet d’y voir plus clair et le parti pris de la tendance polar, bien cadrée par Lapierre, amènent une respiration qualitative à la série.
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« Destins » vient de publier les tomes 8 et 9 de son côté « bleu ». Pour ceux qui prennent la série en cours, Frank Giroud, excellent scénariste et non moins bon commercial, comme son éditeur, exploite le filon des séries à tiroir, qu’il a d’ailleurs été l’un des premiers à créer avec son « Décalogue » (1). Ici, Giroud décline le « et si » permettant aux personnages de pencher vers tel ou tel avenir selon leurs décisions, style battement de l’aile du papillon, et confie ensuite chaque album aux bons soins d’un scénariste et d’un dessinateur. A lui la partition, à eux l’interprétation, avec deux racines principales, les « couvertures bleues » (l’héroïne Ellen accepte sa culpabilité lors d‘un meurtre) et les « couvertures rouges » (le déni).

Le problème du procédé est de faire de l’hétérogénéité des auteurs une œuvre cohérente, ce qui est loin d’être le cas ici. Autant de racines autour d’un tronc commun permet d’éditer rapidement les tomes successifs, et les lecteurs, qui rongent leur frein un an durant - parfois plus (cf « les Passagers du vent », mais on en veux pas à Bourgeon…) - en attendant la suite d’une série, pourraient se frotter les mains d’un rythme plus rapide. Mais on se lasse aussi des hauts et des bas.

Ellen prend ici ses distances avec son mari, Richard, avocat ambitieux qui a voulu étouffer l’affaire (elle a révélé sa culpabilité dans un meurtre commis dans sa jeunesse, pour ne pas laisser une autre femme innocente se faire exécuter) afin de préserver son avenir politique. Elle taille la route en stop et se découvre presque une seconde famille à bord d’un minibus peuplé de personnages peu ou prou soixante-huitards. Ellen s’y fait materner et retrouve la pêche. La ligne claire l’est un peu trop en se privant allègrement de décors de fond, à l’image de l’épaisseur des personnages.
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