Les 276 critiques de Philippe Belhache sur Bd Paradisio...

Noir, noir et noir. Le tome 2 de cette « Princesse du sang », récit inachevé de Jean-Patrick Manchette, complété et remis en forme par son fils Doug Headline, puis adapté en bande dessinée par Max Cabanes, est à l’unisson de son aîné. Âpre, dense, sombre, véritable plongée en apnée dans les arcanes du crime géopolitique, où le banditisme se pare des oripeaux du patriotisme (ou le contraire), avec de beaux discours couleur sang écrits à la machette. Manipulée par son protecteur, la belle Ivy Pearl, photographe de guerre en rupture de conflit, entre malgré elle en contact avec l’aventurier Maurer et sa protégée Negra. Laquelle pourrait bien être Alba Black, héritière d’une entreprise florissante de vente d’armes censée s’être fait buter quelques années auparavant, à l’instigation de son tonton chéri. Ivy se lie à ce couple sauvage. Et se trouve ainsi catapultée au beau milieu de la foire aux barbouzes. Tonton Aaron ayant retrouvé sa trace demande à ses hommes de finir le travail. Commence alors une course-poursuite qui mène irrésistiblement les protagonistes vers Aaron Black. L’agneau mené au sacrifice ? Voire. Les loups les plus féroces ne sont pas forcément ceux que l’on pense. L’écriture de Manchette, toujours moderne quinze ans après sa mort, et le trait de Cabanes se mêlent intimement pour nous emmener vers un final logiquement tragique, sur fond de magouilles à portée internationale. Implacable.
Après l'homme (S.A.M.) par Philippe Belhache
Richard Marazano nous referait-il le « Géant de fer » en version post-apocalyptique ? Le look de « SAM », robot qui donne son titre à la série, et sa fonction dans le récit – du moins celle qui semble de profiler – renvoient sans coup férir à ce petit bijou de l’animation US de la fin des des années 90. Il y a loin, cependant, du long métrage de Brad Bird, mise en scène de la paranoïa antisoviétique des années 50, sur fond de Maccarthysme galopant, à la vision désespérée de ce « SAM », plus ancrée dans l’imaginaire apocalyptique d’un « Terminator » ou de « Matrix ».

Résumé ? L’Humanité semble avoir été rayée de la surface de la terre. Les machines, qui traquent les derniers survivants, semblent en être les responsables. De survivants, il ne semble d’ailleurs subsister que des ilots épars, adolescents regroupés depuis l’enfance en petites communautés. L’un d’entre eux, Yann, tombe sur la carcasse d’un robot géant. Ce dernier, reconnecté, ne le tue pas. Plus intrigant encore, il défend Yann contre des mécaniques arachnoïdes exterminatrices…

Cet événement va bien évidemment dérégler le quotidien de cette communauté cachée vivant dans la peur. Il sert également à Marazano de catalyseur permettant aux divers caractères (et émois adolescents) naissants de s’affirmer au sein d’une tribu pas si unie que cela. Son propos est très bien servi par le graphisme de Shang Xiao, artiste chinois passé par l’animation et le jeu vidéo. Ce graphiste (presque) nouveau venu dans production francophone - il avait réalisé un court récit dans le volume 6 des « Chroniques de Sillage » - insuffle au récit une dynamique sous influence manga sans pour autant lui faire perdre ses atours franco-belges. Sans révolutionner le genre, ce premier volume – cette mini-série est prévue pour en compter quatre – est une jolie surprise.
Cela ressemble à du Donjon, cela a le goût du Donjon, mais ce n’est pas du Donjon. Lewis Trondheim se (nous) fait plaisir en revenant en renouant avec la fantasy, plus de deux ans après le dernier épisode paru de sa mythique série à tiroir conçue avec Johan Sfar. Presque dix ans, en tout cas, après le quatrième tome de Donjon Zenith, le dernier dont il ait assuré la partie graphique (les tomes 5 et 6 ont été réalisés par Boulet). L’affaire a fatalement des allures de déjà vu. L'auteur reste en effet, sur le plan graphique, dans le champ de la représentation animalière anthropomorphe, sa marque de fabrique depuis « Lapinot ». Trondheim, qui tient cependant la répétition en horreur – lire pour cela l’excellent « Désœuvré » (L’Association) – remet à zéro le compteur de son imaginaire pour nous fournir un récit inédit sur le fond, à défaut de l’être totalement dans la forme.

Il met ainsi en scène Ralph Azham, un looser à grande gueule comme il les aime, hâbleur comme a pu être un certain canard en son temps. Le jeune homme, qui possède des dons liés aux deux lunes du monde dans lequel il a grandi, aurait pu (dû ?) avoir un destin d’élu. Ce ne fut pas le cas. Il est dès lors devenu le souffre-douleur de tout son village, un ramassis de péquenots à l’esprit étroit dont le principal moteur, en dehors de leurs minables querelles, est la peur d’un envahisseur récurrent. Le terreau est de ceux qui ont fait germer les « Sept samouraïs » (ou mercenaires, à vous de voir). Trondheim a choisi d’en faire simplement le lieu où vont se façonner les principaux traits de caractère de son personnage. Avant de d'amener ce dernier à tourner la page.... Ce premier épisode est un prélude, une introduction vers un ailleurs dont l’auteur seul, pour l'heure, détient les clefs. Ce pourrait être bloquant mais il n’en est rien. Le cocktail psychologie / action / humour est suffisamment bien dosé pour que la curiosité et l’envie d’aller plus loin reste intacte. Ralph Azham a de beaux jours devant lui. On ne lui souhaite rien d’autre.
Patatras. Tant d’années à utiliser un mode impersonnel, nous voilà revenu au bon vieux temps du « je ». Ce « je » honni, celui qui personnalise les chroniques, les ramène au rang de « simple » avis personnel. Pourquoi ? Parce que je n’aime pas « Blast ». Ou plutôt, je n’ai pas aimé le premier « Blast ». Soyons honnêtes jusqu’au bout : j’ai trouvé « Grasse carcasse » déroutant et dérangeant. Parce que Larcenet impose avec Mancini un personnage pour lequel il est difficile d’éprouver de l’empathie ; parce que les thèmes développés flirtent avec l’outrance ; sans doute aussi parce que cette évocation des ravages de la différence touche trop profondément à l’intime de ceux qui doivent également, pour toute autre raison, se confronter au regard des autres ; parce qu’au-delà de l’admiration que je peux porter à son œuvre, je me méfie du bonhomme, capable d’alterner portraits sensibles et caricature (police et journalistes s’en sortent généralement assez mal), coups de main et coups de gueule, leçons de vie et diatribes péremptoires.

Impossible pourtant, à la lecture de ce premier livre, qui semble faire la jonction entre le Larcenet sensible et finalement solaire du « Combat ordinaire » et celui, sombre et torturé, de son « Ex Abrupto », de faire abstraction du talent de Manu Larcenet, de son évolution graphique, de sa maîtrise de la narration. Répulsion et admiration. L’historien de l’art - ma formation initiale - doit pouvoir dissocier l’affect et la réflexion, travailler sur la démarche de l’auteur. Un autre chroniqueur a pris le relais au clavier. C’était finalement plus simple. On appelle ça botter en touche, on a tous nos petites lâchetés.

Avril 2011. « L’apocalypse selon Saint Jacky » est là, sur ma table, plus question de se défiler. La méfiance est toujours là. Le terrain sur lequel s’avance Larcenet est cependant plus tangible pour l’ancien fait-diversier qu’est votre serviteur. L’errance de Polza est plus familière, de celles qui alimentent régulièrement la chronique judiciaire. Pour autant, la gêne subsiste. Car Larcenet s’engage en terrain miné. La quête autodestructrice de Polza Mancini, sa recherche effrénée de moments d’oubli de soi, son addiction au « blast », qu’il obtient par le biais de médicaments, de l’alcool ou de la drogue, restent suspectes à ceux qui prétendent comme moi conserver « l’illusion du contrôle », tout comme elles peuvent faire sourire ceux qui ont fait le tour de la question, ou tout du moins celui de la littérature estampillée Beat Generation.

« Blast » captive malgré tout. Il y a le passé de Mancini, révélé à petite touches, qui vient conforter la psychologie d’un personnage hors gabarit, « construit autour de la douleur. » Il y a ce regard particulier porté sur l’obésité, stigmatisée comme une tare par une société qui ne reconnaît plus que la norme mannequin. Il y a cette violence crue, réalité sans fard du monde de la nuit, qui s’invite dans l’utopie perturbée de Mancini. Il y a enfin le graphisme de Larcenet, son trait acéré, son sens de la lumière, ces moments de noirceur intense, ses fulgurances... Et ce rythme particulier, qu’il puise dans une lecture intensive de l’œuvre de Tanigushi, mais qui semble aussi se nourrir de Miyasaki. Et on joue le jeu. On se laisse prendre aux explications hallucinantes et hallucinées de ce bonhomme tordu par la vie, de cet être improbable dont l’humanité devient pourtant plus évidente à chaque page. Un homme accusé d’un crime dont on ne sait par ailleurs toujours rien – ou si peu – au bout des 400 premières planches.

Faut-il dès lors brûler ou adorer « Blast » ? La seconde option s’impose. Pour toute les raisons qui font que je l’admire, pour toutes les raisons qui font qu’il me dérange. L’outrance est toujours là, certains parti pris aussi. Mais il est du rôle de l’artiste de bouger les lignes, de bousculer ses lecteurs, de les amener sur des terrains plus glissants, de les mettre en danger, parfois malgré eux. Il ne faut pas lire « L’apocalypse selon Saint Jacky » par suivisme ou par snobisme, mais se l'approprier avec la volonté de comprendre un auteur qui met ses tripes sur la table. Un auteur qui signe avec « Blast » une œuvre plus courageuse qu’il n’y paraît. Il fallait bien la notoriété – et la singularité – d’un Manu Larcenet pour imposer un tel projet chez un éditeur grand public.
Les autres gens par Philippe Belhache
L’ouvrage était particulièrement attendu, porté par le succès critique de la bédénovella créée sur internet par Thomas Cadène. « Les autres gens » sont nés et vivent sur la toile depuis maintenant plus d’un an. Un blog BD parmi d’autres ? Que nenni. L’entreprise s’est distinguée d’emblée de ses aînées du web. Par sa conception, son ambition, sa mise en œuvre. Thomas Cadène a fait sien le principe des feuilletons populaire télévisuels pour proposer à ses lecteurs un rendez-vous quotidien – 36 cases en moyenne – dont il a assumé quelque 90 % de l’écriture.

Le pitch ? Une étudiante croise un riche héritier qui lui demande trois numéros pour compléter sa grille de loto. Les chiffres sortent, ils se partagent une véritable fortune. L’événement bouleverse bien entendu leur vie, ainsi que celle de leurs proches, provoquant les événements, les précipitant, les exacerbant… Ce récit au long cours n'est pas l'œuvre d'un seul homme. Il est illustré par une pléiade de talents issus de mouvances très diverses. Le résultat, nous avons déjà eu l’occasion de la dire, est étonnamment dynamique, la variété des approches graphiques participant à l’intérêt de l’expérience.

Restait à savoir si le titre allait passer le cap d’une édition papier. Au contraire d'autres expériences du même type (citons l'excellent « Freak Angels » de Warren Ellis et Paul Duffield, traduit au Lombard), « Les autres Gens » a été formaté pour le seul web. Thomas Cadène s’est assuré que la mise en page respecterait ce qui était l’esprit de l’édition internet. Les cases conçues pour être vues image par image ou en scrolling ont été regroupées, dans la très grande majorité des cas, par six en gaufrier classique, offrant à lire un récit chapitré de manière régulière et cohérente. Du bonheur pour ceux qui souhaitent (re)découvrir sans limitation de temps cette histoire singulière et addictive – le site, rappelons-le, est payant – ainsi que pour ceux qui pour qui la lecture sur écran reste un concept. Ce recueil papier est de fait indispensable pour picorer unplugged - dans le bain avec un verre de vin - nymphes manga, trolls baveux et… Ha non, flûte, ça c’était pour les « Notes » de Boulet. Mais bon, le principe est le même. A consommer dans modération (« Les autres Gens » et les « Notes », hein, pas le vin).

Ce premier volume regroupe les 23 premiers chapitres, adossés à un prologue réalisé par Boulet.

Les auteurs : Aseyn (qui signe la couverture), Bandini, The Black Frog, Clotka, Alexandre Franc, Christophe Marchetti, Manu-xyz', Marion Mousse, Philippe Scoffoni, Singeon, Vincent Sorel, Erwann Surcouf, Tanxxx, Sébastien Vassant. Et l'incontournable Bastien Vivès - dont le superbe "Polina" vient de voir le jour chez KSTR - qui fut le premier à s'y coller.
Polina par Philippe Belhache
Bastien Vivès et KSTR poursuivent leur beau mariage, une union sans cesse renouvelée avec de superbes enfants à la clef, chacun avec ses propres traits. « Polina » a revêtu les habits d’un noir et blanc contrasté par un gris dominant, un dessin très fluide, parfois minimaliste, et pourtant chargé de tension.

Bastien Vivès s’est cette fois attaché au parcours initiatique d’une jeune fille particulièrement douée pour la danse. Polina, un prénom emprunté à l’artiste Semionova, dont il s'est inspiré du très joli visage. On suit la fillette aux prises avec la rigueur de l’apprentissage classique, puis avec la sévérité d’un professeur particulièrement intransigeant, « Monsieur Bojinski ». Polina va devoir effectuer ses propres choix, quitte à galérer avant de trouver la lumière, mais sans renier le passé, et on la voit grandir, se hisser vers la maturité.

Comme l’art difficile de la danse, Vivès laisse peu transparaître l’effort et la construction de ce récit, beaucoup plus complexe qu’il n’y semble au premier abord. D’où un régal de lecture malgré les quelques 200 pages de l’album qui ont nécessité 2 ans de préparation. Un ballet impeccable, sans un pas de travers.
L' Empire des Hauts Murs par Philippe Belhache
La Boîte à Bulles a eu la très bonne idée de reprendre dans son catalogue jeunesse ce joli titre de Simon Hureau initialement paru en 2006 aux éditions Delcourt. Il met en scène deux frères découvrant au détour d’une balade un ensemble de bâtiments en friche, petite ville dans la ville, espace préservé où ils peuvent vivre des aventures imaginaires. Le site n’est pas si inoccupé qu’il en a l’air. Une bande d’ados du coin y a déjà élu domicile, fantasmant une autre existence, organisant des fêtes à l’aide de l’impressionnant matériel de théâtre resté sur place. Après une période d’observation mâtinée d’hostilité, les deux frangins sont finalement adoptés par la bande. Et découvrent là un nouvel univers auquel ils s’attachent vite avec en filigrane les prémisses d’un amour naissant. Le site est cependant voué à la démolition. Avec cette perspective de voir les bulldozers enterrer les rêves des deux frères aussi sûrement que les murs de la bâtisse. Ce récit sensible s’inscrit dans la lignée de récits ancrés par Simon Hureau dans la réalité des villes de province. Laquelle, sous la plume de l’auteur de « Palaces », « Colombe et la Horde » et « Bureau des prolongations » (Ego comme X), mais aussi de « Tout doit disparaître » (Futuropolis) et du (très) culotté « Aspic Voisine » (la Boîte à Bulles), n’a pas toujours été aussi rose.
L'organisation (Parker) par Philippe Belhache
Parker repart en chasse. Passé les règlements de comptes avec ceux qui l’ont trahi, le truand sublime imaginé par Richard Stark (pseudonyme de Donald Westlake) s’est fait refaire le visage. Mais Parker reste Parker. Et il a besoin d’argent. Un casse foireux plus tard, le revoilà confronté à l’Organisation, syndicat du crime avec qui il avait déjà eu maille à partir par le passé. Et pour un homme comme Parker, il n’y a de défense valable que l’attaque… Tout comme « Le chasseur », « L’organisation » est un récit tiré au cordeau, sombre et jouissif, ancré dans la mythologie du crime de la fin des années 50. Cooke le traite comme tel, jouant sur l’ambiance vintage, les dialogues et la bichromie pour donner à lire et à voir, concentré de polar bien serré. Rien de passéiste, cependant, dans le traitement. Déjà très libre dans le découpage, Cooke se montre particulièrement inventif dans la narration des casses menés au détriment de l’Organisation, offrant une touche ludique à un ensemble solidement tenu.

NB : La traduction est signée de Doug Headline, journaliste, éditeur et cinéaste, également scénariste (il a récemment adapté « La princesse du sang », de son père Jean-Patrick Manchette, pour Max Cabanes). Il succède dans l’exercice à Tonino Benacquista.
Sarkozix est devenu chef suprême de la Gaule. Il règne sans partage, son épouse Carlabrunix à ses côtés, épaulé par son conseiller Fillonnix. Il y a de l’écho ? Normal. Parce que la série pastiche ouvertement l’univers d’Astérix. Mais aussi (surtout) parce que tout n’y est prétexte à brocarder ces animaux politiques qui nous gouvernent dans la réalité vraie de la Gaule d'aujourd'hui.

Ce deuxième volume des « Aventures de Sarkozix » permet à ses concepteurs – Guy Delcourt lui-même, qui en a confié les rênes au scénariste béarnais Wilfrid Lupano – d’y aller franco sans s’embêter avec un surplus d’explication. L’actualité, il faut dire, est un vrai réservoir de sujets, un de ceux dont on ne risque pas de voir le fond : politique sécuritaire, crise financière, budget en berne, mais aussi l’élection de Barack Obama, retour de Villepin en politique, le fiasco de l’équipe de France de football, l’affaire Woerth-Bettencourt… Tout y passe.

Le résultat ? Plaisant, même s’il y manque parfois une goutte de ce vitriol dont usent si bien Jul, Luz, Lefred-Thouron ou Pétillon. L’humour y est de fait plus ancré dans la tradition de la bande dessinée franco-belge au sens large que dans la culture Charlie-Canard Enchaîné ou même du dessin de presse en général. Cela n’empêche pas les « Aventures de Sarkozix », même un ton en dessous, de toucher au but. Parce qu’il évite ainsi l’effet d’accumulation qui rend certains recueils indigestes à tout autre lecteur qu'encarté LCR. Parce qu’il rassure le lectorat par sa forme tout en balançant sur le fond. Parce que Bazille et Maffre, côté graphique, tirent bien leur épingle du jeu, entre caricature politique et référence au village gaulois. Il n’en faut parfois pas plus pour faire passer un message militant à un large (é)lectorat.
On connait surtout Charles Masson, médecin et dessinateur, pour ses romans graphiques engagés, pamphlets tout autant que témoignages, que sont « Soupe froide », « Bonne santé » ou « Droit du sol » (Casterman). Il est plus rare de voir illustrer ainsi les mots d’un autre. Et cette collaboration avec Chloé Von Arx s’avère pour le moins surprenante. Leur propos ? La recherche de l'autre. Mais une recherche assistée par ordinateur. Le duo s’attachent au pas de Léa, jeune et jolie décoratrice, qui décide de chercher l’âme sœur sur Meetic, tant pour tromper la solitude que pour sacrifier aux rites sociaux. Les auteurs ne s’attardent que peu sur les différentes propositions qui lui sont faites, pour ne s’attarder que sur le cas Noé, personnalité extravertie et intrusive.

Léa se laisse tenter par une aventure qui l’intrigue et l’effraie tout à la fois. Elle fait ainsi la connaissance du bonhomme et de son cercle d’amis, personnalités aussi intransigeantes qu’excessives, qui vont faire basculer sa vie dans la quatrième dimension. Difficile d’en dire plus sans déflorer un récit qui déroute tout autant qu’il dérange, dont le final très ouvert, un poil malsain, porte son lot de questions. La narration va crescendo, de la découverte du média aux doutes de Léa, de la première rencontre aux premiers dérapages, entre enthousiasme fugace et consternation durable, engrenage dont l’héroïne travaille en vain à conserver le contrôle. Chloé Von Arx et Charles Masson animent avec talent cette histoire ordinaire qui ne l’est déjà plus, récit apparemment décalé mais terriblement ancré dans le réel. Les auteurs ne vont pas jusqu’au fait divers. Mais tout reste possible au moment où l’histoire s'échappe des 128 pages du récit....

Un bémol ? La couverture, qui ne donne pas réellement envie d'aller plus loin...
Le Chanteur sans nom par Philippe Belhache
Quelques mois après « Topless », très beau polar aux accents jazzy (chez Glénat itou), le duo Le Gouëfflec-Balez nous revient avec une nouvelle pépite. « Le chanteur sans nom » est une biopic romancée, mi-historique m-fantasmée, d’un chanteur de cabaret affublé de cet étrange pseudonyme, se produisant en outre avec un loup sur le visage. Il a suffit d’une note sur le blog du scénariste, également musicien, pour que l’affaire s’enclenche. Un commentaire, puis deux, témoignages de personnes qui l’ont côtoyé de près, ont suffi à aiguiser sa curiosité, d’attiser l’envie de raconter cette histoire hors normes. Pas question pour autant d’en faire une hagiographie à la gloire d’un talent oublié.

Roland Avellis, puisqu’il avait finalement un nom, ami de Piaf et d’Aznavour, n’est pas un personnage facile à cerner. Hâbleur, profiteur, un peu (beaucoup ?) escroc, il était l’un de ces personnages dont on dit qu'ils sont « bigger than life », bouffant littéralement la vie, la sienne mais aussi celle des autres. Irresponsable, paresseux, profiteur mais aussi séducteur, drôle et talentueux, cet ancien télégraphiste qui avait démarré une carrière de chanteur dans les cabarets de Pigalle a connu la notoriété grâce à son personnage de Fantômas des ondes, créé pour les besoins d’une émission radiophonique avant la Seconde Guerre mondiale. Avant de tomber dans l’oubli, de faire un peu de taule, de vivre quelques années aux crochets de Piaf puis de taper l'incruste chez des particuliers. Il est décédé dans les années 70 après être passé par les affres d'une déchéance pathétique.

Arnaud Le Gouëfflec met en scène cette chasse au fantôme avec la complicité… du fantôme même du Chanteur sans Nom. Il en dévoile la personnalité par petite touches, confidence après confidence, alternant le récit du personnage lui-même avec les témoignages de proches : la propre fille d’Avellis, mais aussi sa dernière compagne, des amis, Charles Aznavour lui-même... Il reconstitue ainsi les derniers moments de cette « cigale » flamboyante, mauvais père, ami encombrant, petit escroc... mais suffisamment sympathique pour que personne n’ait réellement l’air de lui en vouloir. Olivier Balez accompagne cette quête d’identité de son trait sensible, optant pour une approche entre réalisme et caricature, portant l’Histoire ou la dérision, la confidence ou la rodomontade. Lui qui sait si bien poser les ambiances de polar – il n’est que (re)lire « Topless » ou même « Angle Mort » (KSTR) pour s’en convaincre – excelle ici à mettre en image le destin de ce personnage à l’énergie folle, à transcrire la poésie sous-jacente du scénario de Le Gouëfflec, une poésie qui transcende jusqu’aux moments les plus sordides de l’existence d’Avellis. Un moment de bonheur.
Aucune perte (Les Winners) par Philippe Belhache
Difficile de s’y retrouver dans la jungle des séries d'hupour « corporatiste » de l’éditeur Bamboo. Le bon et le moins bon s’y côtoient sans grande possibilité, pour le lecteur, de s’y retrouver. Et même si l’humour est avant tout une affaire de goût - et d’adhésion à l’univers décliné – force est de constater que « Les winners » appartient à la seconde catégorie. Un titre et un concept tels que ceux-là auguraient d’une accroche un peu mordante. Il n'en est rien et la déception est au rendez-vous. Quelques gags sonnent juste, mais l’ensemble reste trop mou, impression globale renforcée par le parti graphique adopté par Bruno Madaule. Nous sommes loin de l’énergie déployée par « les Profs », « les Rugbymen » ou même « Les pompiers ». Et pour ce qui est de la satire appliquée à l’entreprise, on en restera à notre référence maison, « Dans mon open space » de James (trois tomes chez Dargaud).
La chanson douce (Lloyd Singer) par Philippe Belhache
Quatre ans ! Il aura fallu quatre ans et de nombreux avatars éditoriaux pour que sorte enfin cet album, charnière du second cycle des aventures de Makabi. Ou plutôt de celles de Lloyd Singer, les éditions Bamboo ayant choisi, en récupérant la série dans son catalogue « Grand Angle », de lui offrir une nouvelle identité en même temps qu'un nouvel habillage graphique.

Le dernier tome de la série d’origine a lui-même été retitré dans un souci de cohérence, passant de « Juke Box » à « Quantico ». Le récit était en effet tout autant – sinon plus – axé sur la quête d’identité de Lloyd Singer, plongé dans l’univers peu hospitalier de l’académie du FBI, que sur ses entretiens avec la victime défigurée d’un tueur en série au long cours. « La chanson douce » change de braquet, orientant radicalement le propos sur l’enquête. Brunschwig n’en reste pas moins fidèle à la ligne narrative complexe qu’il avait développée dans le précédent album, constants allez-et-retours passé-présent, articulés autour d’un moment clef. Avec, pour la bonne forme, la suite des mésaventures de la famille Singer, dont les blessures pèsent toujours sur l’équilibre de Lloyd.

Le trait d’Olivier Neuray donne sa cohérence à l’ensemble, offrant une vraie densité à ce personnage atypique, apparemment insignifiant mais crédible dans l’action, tourmenté, enfermé dans ses propres contradictions, d'autant plus courageux qu'il surmonte quotidiennement ses peurs. Les deux auteurs laissent une fois de plus leur création en situation de crise, jouant avec le lecteur, sacrifiant volontiers à la tradition du cliffhanger. Pas question, cependant, d’attendre quatre ans le tome 6, « Seuls au monde », qui doit clôturer ce second cycle des aventures de Lloyd « Makabi » Singer. L’affaire est d’ores et déjà dans la boîte, la parution en est prévue pour le mois de juin. Un tome 7 est même en cours de préparation, nous apprend l’éditeur, mais avec un autre dessinateur, Olivier Martin, aux côtés de Luc Brunschwig.
Les montagnes hallucinées par Philippe Belhache
Adapter l’univers de Lovecraft tient toujours du pari risqué, tellement l’univers du bonhomme est étrange, et la représentation de « l’indicible » difficile à appréhender. I.N.J. Culbard, paradoxalement, s’en tire plutôt bien. Paradoxalement parce que ce graphiste « old school », parallèlement investi sur l’adaptation des Sherlock Holmes de Conan Doyle (chez Akiléos également), a choisi d’assagir les choses, posant les personnages et les dialogues, confortant l’ambiance sans tomber dans d’esbroufe. Culbard n’en fait pas moins preuve d’une certaine inventivité dans la mise en scène des paysages et des cités, les privilégiant dès que possible, les laissant s'affranchir de la case jusqu’à envahir les espaces interstitiels et aérer ainsi les pages. Et cela passe. On se laisse séduire par les aventures vintages de ce groupe d’explorateur découvrant en Antarctique les restes d’une civilisation bien plus ancienne que l’humanité. Et les secrets monstrueux qu’elle portait en elle… « Les montagnes hallucinées » en format roman graphique - le texte d'origine date de 1931 - constitue une porte d’entrée intéressante et surtout « accessible » à l’univers du créateur du mythe de Chtulu. On ne peut cependant s’empêcher, après coup, d’imaginer ce qu’aurait pu faire un graphiste plus audacieux, à l’instar d’Andréas avec son superbe « Descente » (Rork 6, au Lombard), de ce récit au potentiel énorme. Il ne sera pas forcément nécessaire, cependant, d’attendre très longtemps pour le (ré)envisager en termes de démesure visuelle. Le cinéaste Guillermo del Toro, qui a notamment signé deux « Hellboy » et « Le labyrinthe de Pan », nous en laisse miroiter l’adaptation pour 2013.
Succule Pizza (Freaks' Squeele) par Philippe Belhache
C’est fête pour les (nombreux) fans de l’œuvre de Florent Maudoux, variation déconnante sur le thème des académies de super-héros. Le quatrième tome paru cette fin janvier, juste à temps pour le festival international de la bande dessinée d’Angoulême, est rejoint coup sur coup par une édition collector, accolée à un jeu de plateau (à paraître le 10 janvier), et par un récit bonus d’une trentaine de pages mettant en scène la mère de Xiong Mao, inséré dans le nouveau titre collectif du label 619, « Doggy Bags ».

« Succube Pizza » vaut déjà le détour en lui-même. Maudoux y mixe les ingrédients qui font le succès de cette série atypique depuis ses origines : narration faussement bordélique, graphisme réaliste ultradynamique, influences comics et manga assumées, humour et références geeks en pagaille... Et in fine un brin d’érotisme plutôt bienvenu. L’entreprise aurait pu dérailler depuis belle lurette. Maudoux en tient solidement les rênes, soldant certaines de ses intrigues, ouvrant d’autres portes, se laissant aller à l’envi à la digression. Il peut se le permettre, le format généreux de 140 pages l'autorisant à toutes les fantaisies, même des courses poursuites de plus 20 pages.

Que trouve-t-on dans ce tome 4 ? L’auteur clôture (temporairement) l’affrontement qui oppose les étudiants de la Faculté des Etudes Académique des Héros – dont font partie Xiong Mao, Ombre et Chance d’Estaing, les protagonistes principaux – et ceux de l’Académie Saint-Ange, avant d’ouvrir sur une deuxième « saison ». Mais les choses ont changé. Le trio vedette a fait son trou. Les ex-tocards se rebiffent et entendent bien reprendre le contrôle de leurs vies. Pas sûr cependant que le scénariste facétieux qu’est Maudoux les laisse faire comme ça. L’homme approfondit par petites touches le caractère de ses personnages, les fait mûrir, mais ne renonce pas pour autant à tirer le tapis pour leur compliquer la tâche, fidèle au cocktail humour-action fondateur de la série. Et même s’il ralentit le jeu des références ciné-tv-bédé, il n'en glisse pas moins quelques clins d'œils savoureux, tout en entretenant une véritable interaction avec ses lecteurs. Quoi de plus jouissif, finalement, qu’une série B qui s’assume comme telle ? Et sans complexe avec ça…
Une par une par Philippe Belhache
La Boîte à Bulles reprend dans son catalogue ce titre de Johanna Schipper paru initialement en 2005 aux éditions de l’An 2. Johanna, qui adoptait alors le pseudonyme de Nina, y déroulait une galerie de personnages liés par le cœur et le corps, qui se dévoilent petit à petit par leurs pensées érotiques, leurs fantasmes ou leur désir profond, bien plus que par la représentation de leurs ébats. Ce voyage intime permettait à l’auteur d’explorer différentes facettes des relations humaines au sein d’une narration jouant volontiers avec la symbolique - souvent empruntée à l'histoire des arts - et les codes poétiques. Quitte à flirter, parfois, avec l’emphase.

« Une par une » se voit augmenté neuf planches en couleur, placées en exergue, révélatrice du cheminement artistique et personnel – peut-on réellement séparer les deux termes ? – de Johanna. L’artiste y fait exploser une palette de couleurs éclatantes, éclairage formant contraste avec le noir et blanc très sobre des pages plus anciennes. Elle introduit surtout, dans ce corps à corps d’amants se retrouvant après s’être déchirés, les codes de cette pensée chamanique qui sous-tend son œuvre depuis « Nos âmes sauvages » (Futuropolis). Un parti pris intrigant, souvent déroutant, véritable plus-value de cette nouvelle édition.
Surprenant mélange des genres que ce Barzoon Circus. Le récit se présente d’emblée comme une sorte de X-Files mâtiné de Mission : Impossible ancré dans l’Amérique des années 30, interventions musclées menées par un groupe d’agents plus ou moins secrets présentant eux-mêmes des capacités paranormales. Un air de déjà vu ? Sans doute, mais ce n'est pas rédhibitoire. Cette première enquête menée dans un petit bled célébrant la citrouille permet l'exposition d'un groupe a priori hétéroclite, aux caractères différenciés affirmés, mais aux contours encore mal définis. L’album est cependant enlevé, le graphisme dynamique de Jean-Michel Darlot accompagnant un scénario rythmé de Johan Pilet. « Barzoon Circus » n’a certes pas le punch d’un « W.E.S.T » (Dargaud), son alter ego du côté obscur, mais il a pour lui un ton et un univers visuel qui ont de quoi séduire.
Sophia délivre Paris par Philippe Belhache
Petit retour en arrière pour évoquer ce petit bijou paru en septembre dernier. « Sophia libère Paris » est un hommage parodique, plutôt osé aux pulps de l’âge d’or. Pourquoi osé ? Parce que Libon et Capucine ne se refusent rien, aucun frein, aucune outrance, jouant volontairement des clichés pour mieux les saborder. Caricature en veux-tu en voilà, dialogues pompeux, xénophobie à deux balles, situations plus kitchs et invraisemblables les unes que les autres, héros « bigger than life », capable de retrouver, avec l'aplomb d'un Doc Savage, une aiguille dans une botte de foin congolaise avec un plan digne d’un écolier de CP ou d’un Allan Quatermain dépressif… Tout est bon.

L’argument ? 1870. L’héroïne Sophia et son amie Rima découvrent que les Prussiennes – l’ennemi honni, mal intentionné, frustre et mal fringué – préparent un plan d’attaque d’envergure. Elles ne projettent rien moins que de… racheter Paris. Sophia se trouve alors contrainte de retrouver, au cœur de l’Afrique, la seule notaire capable de rédiger l’acte de propriété qui tirera la France de ce mauvais pas immobilier (sic). S’ensuit une somme de perles que Capucine et Libon enfilent avec constance pour former un collier improbable. D’autant qu’ils ont choisi de faire de Sophia un univers exclusivement… féminin. Pas l’ombre d’un homme au long des 156 pages de ce délire continu qui ne souffre pas de temps mort.

Sophia, héritière de Barbarella dont la plastique doit beaucoup à Sophia Loren et Gina Lollobrigida, y est une héroïne d’envergure quasi mythologique (la couverture en témoigne), qui utilise son corps comme arme, dans des combats-ébats où le saphique se le dispute à l’épique. Les corsages explosent, les personnages se dénudent, les corps s’entremêlent plus souvent que dans un épisode d’Angélique. Le décalage parodique est tel que ce « Sophia libère Paris » n’est jamais vulgaire, juste volontairement outré. Un pétage de plombs jouissif, dont la lecture nécessite cependant un peu de recul. Considérer « Sophia » au premier degré sans un minimum de références reviendrait – de la même manière que les récents « OSS 17 » revus et corrigés par Jean-François Halin – à passer à côté du livre. Voire à se méprendre - lourdement - sur les intentions des auteurs.
Nous le souhaitions, nous l’attentions, il est arrivé. Ce titre est l’exemple type de ce que la bande dessinée peut produire d’intelligent dès lors qu’elle n’est pas directement dépendante des chiffres de vente en librairie. « Animal lecteur » est à l'origine une rubrique du journal de Spirou, publiée en marge du sommaire, qui a pris le temps de s'installer dans les pages de l'hebdomadaire, depuis sa création en janvier 2006. Salma et Libon utilisent cet espace atypique – nous sommes sur un strip vertical – pour tirer à boulets rouges sur le petit monde de la bande dessinée. Sans pitié, mais avec discernement et pertinence : surproduction, séries à rallonges, critiques schizophrènes, collectionneurs compulsifs, clients incultes et faux spécialistes, snobs de tout poil... Tout y passe. Avec cette particularité de ravir les spécialistes sans pour autant perdre les autres en route. Le premier tome touchait juste, cette seconde livraison est de la même inspiration. Les intégristes du linéaire uniforme râleront sans doute - Dupuis conserve le format original de la rubrique pour sa parution en album - mais cela fait partie du jeu.
Tout va mieux.. (Marzi) par Philippe Belhache
Marzena Sowa repend le fil de ses souvenirs d’enfance en Pologne, avec un sixième récit moins ouvertement politique que les deux précédents. L’enfant qu’elle était alors a vu son existence marquée par l'engagement – partagé par ses parents – du syndicat Solidarnosc face au pouvoir en place. Le combat est gagné, Lech Walesa finit par être élu président. Tout va mieux, donc. Mais est-ce réellement le cas ? La Pologne, désormais affranchie du régime soviétique, fait petit à petit connaissance avec la société de consommation, avec ses avantages, mais aussi ses inconvénients. Marzi considère toutes ces nouveautés avec fascination et circonspection, tout en cessant, doucement mais sûrement, d’être simplement une enfant. Elle fait connaissance avec la ségrégation sociale, le scoutisme, Twin Peaks, la langue française, l’éducation sexuelle, les films d’horreur... Et fait l'apprentissage de la mort avec le décès de sa grand-mère. Ce passage de l'enfance à l’adolescence est comme de coutume traité avec dynamisme et douceur par Sylvain Savoïa, dans le cadre pourtant peu évident d’un gaufrier strict de six cases par pages. Son trait semi-réaliste excelle toujours à restituer les émois de Marzi tout en conservant force et crédibilité aux scènes impliquant les adultes. Cet équilibre délicat fait toute la force de cette série attachante qui s’applique à considérer la Pologne des années 90 par le regard – forcément subjectif – d’une enfant. La lecture de « Tout va mieux… » reste un moment précieux, à l'instar des autres tomes de la série.
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