Les 160 critiques de yvan sur Bd Paradisio...

Quatre ans après «L’échangeur» et muni de couleurs, Marc Vlieger nous livre un nouveau one-shot chez Delcourt. En quelques planches, cet auteur bruxellois bien sympathique, parvient à placer l’ambiance de son récit et ses différents personnages. Tout d’abord, à l’image de Davodeau ou Gipi, le graphisme de Marc Vlieger nous installe immédiatement dans cette ambiance de chronique sociale. Ensuite, les personnages principaux, Mélodie l’adorable grand-mère SDF et Ralph le chef de bande charismatique et sans scrupules, ne ratent pas leur entrée dans cette ambiance pleine d’authenticité. Si, à la base, ces deux personnages n’ont rien en commun, c’est de leur rencontre que découlera pourtant cette belle tranche de vie. Tout comme dans «Les petits ruisseaux» ou «La mémoire dans les poches», on retrouve donc à nouveau le troisième âge aux avant-postes dans cette histoire. Si, au départ, les paroles de Mélodie ne sonnent pas comme de la musique dans les oreilles de Ralph et de sa bande de voyous, au fil des pages, cette petite vieille atypique va lentement gagner la confiance de ces banlieusards aux âmes sombres. Malgré un message par moments un peu trop appuyé et un vocabulaire parfois légèrement trop développé pour des voyous, Marc Vlieger nous livre une histoire touchante et non-dépourvue d’humour. Une grand-mère qui décrocherait sans problèmes un rôle dans la série «Les Routes du Paradis», pour une invitation à écouter ces voix intérieures qui, dans le silence, nous font entendre l’essentiel et nous invitent à vivre un autre quotidien plein de richesses. Un album à classer en compagnie de tomes comme «Fritz Haber» ou «Pourquoi j’ai tué Pierre» dans cette collection «Mirages» de chez Delcourt qui s’embellit au fil du temps. Une collection qui n’est peut-être pas un gage de ventes astronomiques, mais qui semble bel et bien devenir un gage de qualité. Le genre de BD qu’il serait dommage de louper au milieu de ce Neuvième Art en surproduction.
Après le cycle de l’eau, cet album inaugure celui de la terre au sein de cette série prévue en cinq cycles qui couvriront respectivement l’eau, la terre, le feu, l’air et le vide. En essayant de franchir la périlleuse chaîne des sept monastères, Okko et ses et ses trois compagnons, Noburo (le mystérieux guerrier au masque rouge), Noshin (le moine jovial amateur de saké) et Tikku (le jeune pêcheur qui nous narre cette aventure), vont devoir faire face à de sinistres moines arborant un corbeau comme blason. D’entrée, on replonge dans ce japon médiéval fantastique aux décors somptueux. Hub continue d’exceller graphiquement, avec un dessin alliant lisibilité, dynamisme et souci du détail et des personnages attachants. Deux nouveaux personnages féminins très intéressants viendront d’ailleurs compléter notre quatuor déjà fort complémentaire. Malheureusement, au niveau du scénario, Hub, qui nous avait habitué à une alternance efficace entre action, humour et moments de repos, nous livre une première partie d’album beaucoup trop ennuyante. Nos compères sont ainsi envoyés d’une confrérie à une autre sans réel intérêt pour le récit. Accompagnée d’une narration en voix-off, cette visite guidée des monastères du coin nous rapproche plus de Morphée et de la mythologie grecque que de la mythologie du japon médiéval. Heureusement, une fois cette balade enneigée terminée, Hub vient nous réchauffer avec un récit dynamique et prenant, en nous gratifiant d’une bonne touche de fantastique qui saura tenir le lecteur en haleine jusqu’au tome suivant. Bref, après un magnifique cycle de l’eau, ce début d’album fait retomber cette série avec les pieds sur terre, pour finalement nous amener vers la terre promise dans une deuxième partie d’album plus dynamique.
Ce deuxième tome nous livre la suite de cette série adaptée du roman de Gaston Leroux. A l’aide de flashbacks bien dosés, Pascal Bertho continue de développer en parallèle l’histoire de ce bagnard au matricule 3216 lors de son transport à bord d’un bateau-prison, et le passé chargé d’aventures de cet homme dont rien que le nom fait trembler : Cheri-Bibi. Un second album qui va permettre d’en apprendre plus sur l’ami fidèle de l’ennemi public numéro un, La Ficelle, et sur la personnalité et les talents particuliers du Kanak. Alors que les événements lors du premier volet (Fatalitas) semblaient encore relever de la fatalité, Cheri-Bibi donne l’impression de prendre son destin en main depuis l’arrivée fortunée des passagers de la Belle Dieppoise parmi l’équipage. La chute de ce tome à beau être prévisible, cela ne gâche en rien la lecture. Au niveau du graphisme, le travail de Marc Antoine Boidin est toujours aussi efficace, alternant les tons lors des flashbacks. Bref, un tome qui confirme la grande qualité du premier tome et donne envie de vite connaître la fin des aventures de cet homme en quête de justice pour venger son honneur bafoué et qui est prêt à tout pour rejoindre sa Cécily.
Il aura donc fallu seulement sept ans au trio Chauvel, Lereculey et Simon pour nous conter la plus grande des légendes bretonnes : l'histoire du roi Arthur. Se connaissant déjà bien ("Nuit Noire", "Rails"), ces auteurs originaires de Bretagne, ont su rester fidèles à l'ambiance des vieux textes sur les légendes arthuriennes tout au long des neuf tomes de cette excellente série. C’est à l’aide d’une narration ancienne, basée essentiellement sur une voix-off qui accentue l'authenticité littéraire et qui donne un air de récit au coin du feu, que les trois se sont attaqués successivement à Merlin (Tome 1 : Myrddin le fou), Arthur (Tome 2 : Arthur le combattant), Gauvin le neveu d’Arthur (Tome 3 : Gwalchemei le héros), Kulhwch le cousin germain d’Arthur (Kulhwch et Olwen), les amants maudits Tristan et Yseult (Tome 5 : Drystan et Esyllt), la romance de Gereint et Enid (Tome 6 : Gereint et Enid), Perceval (Tome 7 : Peredur le naïf) et finalement Guenièvre, la princesse Picte et épouse d’Arthur (Tome 8 : Gwenhwyfar la guerrière). C’est en consacrant ce dernier tome à Medrawt, le fils de Morgwen (la sœur d’Arthur), que se termine l’immense travail de recherche des auteurs sur l'histoire des chevaliers d'Arthur. Une vague de violence, d’émotions et de guerre va mettre fin au règne d’Arthur et à l’âge d’or du peuple de Bretagne, avec la sanglante bataille de Camlan comme point d’orgue. Contrairement aux tomes précédents Chauvel utilisera la technique du flash-back pour la construction de cet ultime récit arthurien. C’est ainsi qu’il démarre l’album au moment où Arthur se voit interdire le retour en Bretagne après une expédition sur les terres de Llydaw avec ses plus vaillants chevaliers. A l’aide de retours en arrière Chauvel dévoilera petit-à-petit comment le neveu d’Arthur, qui avait réussi à sortir ce dernier de l’isolement après deux années de deuil, en est arrivé à cet acte de félonie. Agrémenté de l’usuelle chanson de barde dans un style graphique osé et tranchant avec le reste du récit, cette conclusion de série, plus barbare que les tomes précédents, déborde de personnages bien typés. Le travail de Lereculey au dessin et Simon aux couleurs est d’ailleurs particulièrement réussi lors des nombreuses scènes de batailles qui viennent décimer les plus grands guerriers de l’histoire bretonne. La préface de l’historien Jacques Le Goff et la postface de David Chauvel, replacent une dernière fois cette magnifique saga arthurienne dans son contexte historique.
En introduisant, en fin du tome précédent, le nouveau bourreau de Barro-City et la trinité de tueurs mexicains, les Villalobos, on sentait bien que les auteurs allaient encore nous réserver quelques surprises en cette fin de deuxième cycle. D’un côté le scénariste chilien Alessandro Jodorowsky continue de développer cette histoire de déchirement familiale tragique car, après la mère et les frères du manchot, c’est maintenant le père du videur de l’Infierno Saloon qui vient agrémenter le récit. Ajoutez à ces ‘belles’ valeurs familiales la sauvagerie des familles Cooper et Villalobos, la détresse de la famille Malone, ainsi qu’une femme-bourreau venue venger son père et vous obtenez un excellent western, bien noir et sans compassion. D’un autre côté, les auteurs continuent de nous servir leurs rebondissements pleins de violence jusqu’au dénouement de cette tragédie dérangeante et provocante. Car, afin de pouvoir reléguer Blueberry et Durango au rang d’enfants de chœur, Jodorowsky ne nous livre pas seulement des hommes d’une cruauté extrême et marqués physiquement par la dureté de leur environnement, mais également des femmes et des enfants qui sombrent dans la barbarie et nous emmènent au plus ‘Wild’ du Far West, aux limites de l’écœurement. Bref, se nourrissant des malheurs qui viennent inlassablement percuter le destin du Bouncer au fil des tomes, Alessandro Jodorowsky et François Boucq concluent avec brio cette tragédie familiale sans pitié dans ce western violent et malsain à souhait. LE western du moment !
Ce premier tome de «Gotham Central» chez Semic (la série étant reprise par Panini Comics à partir du troisième tome) nous plonge directement dans une ambiance de séries policières télévisées telles que «NYPD Blue» ou «Crime Scene Investigation». On se retrouve donc dans un récit policier de grande qualité et à la construction classique, mais qui puise son originalité du cadre où se déroulent ces enquêtes passionnantes. Car en situant leurs histoires dans le fief de Batman et de ses ennemis les plus célèbres (Mister Freeze, Joker, Double-face, etc.), Rucka et Brubaker vont réussir à installer une relation complexe et très intéressante entre les citoyens ‘normaux’ de Gotham City et ses personnages mondialement connues. En poussant le bat-justicier volontairement en arrière-plan de cette série, les auteurs se donnent la place nécessaire pour sortir les policiers du GCPD (Gotham Central Police Department) de l’ombre de Batman, permettant aux détectives qui préfèrent solutionner leurs enquêtes sans allumer le bat-signal de s’exprimer. Ils réussissent ainsi à établir une relation ambiguë entre les vrais flics et la chauve-souris. En développant la psychologie des membres du commissariat de Gotham City de façon subtile, on va s’imprégner de leurs doutes, tout en ressentant constamment la présence de ce justicier masqué, prêt à surgir de l’ombre à tout moment pour leur voler la vedette. Pour débuter cette série les inspecteurs du GCPD vont devoir contrecarrer le plan machiavélique de Mister Freeze, tout en essayant de retrouver le meurtrier d’une jeune babysitteur. Les rapports humains, le suspense et les apparitions de Batman sont savamment dosées et le style de Michaël Lark colle parfaitement au récit. Bref, ce premier tome séduisant offre un nouveau regard très consistant sur le monde de Batman, dans l’ombre de son super-héros.
Après "Incognito" et "Corps à corps", Grégory Mardon nous livre ici une chronique d’enfance au parfum autobiographique. Trois récits indépendants dans trois collections différentes de Dupuis (Aire Libre, Expresso et Double Expresso), qui tournent tous autour de son personnage fétiche Jean-Pierre Martin. Jean-Pierre a huit ans et va nous raconter ses aventures avec son copain Cyril, mais il va également partager avec nous son regard innocent sur les événements que lui sert la vie. Traduisant d’abord ses angoisses et ses problèmes dans ce monde imaginaire nourri de rêves qui protège les enfants du monde des adultes, il finira par se faire rattraper par la réalité et par comprendre cette leçon bien amère. Au niveau graphisme, Grégory Mardon nous sert un dessin qui contribue fortement à exprimer les sentiments du petit Jean-Pierre. De sa balade solitaire dans la forêt au statut de super-héros qu’il attribue à son père, grâce au graphisme, Grégory Mardon parvient à traduire de manière efficace et originale la réalité d’après la vision innocente de Jean-Pierre. Un récit intimiste, intelligent et sensible, auquel je reproche juste un scénario un peu trop simpliste et un léger manque de rythme.
Comme cadeau de fin d’année, avec près de 90 pages, Joann Sfar nous livre un cinquième tome du "Le chat du rabbin" plus épais que les précédents. L’aventure étant au centre de ce nouveau récit, l’on va suivre l’extraordinaire périple d’un peintre russe exilé, qui, accompagné du Rabbin, du Chat, du Cheikh Mohammed Sfar et d’un vieil aristocrate russe, va tenter le voyage d’Alger jusqu’en Éthiopie en autochenille Citroën. En redonnant la parole au Chat, une belle présence au Cheikh Mohammed Sfar et en s’octroyant plus de planches pour s’exprimer, Joann Sfar met clairement tous les atouts de son côté dans ce nouvel album et tente ainsi d’insuffler un nouvel élan à la série. L’auteur ira même jusqu’à incorporer une rencontre entre nos aventuriers et le plus connu des reporters belges, n’hésitant pas, au passage, à parodier se dernier et son chien Milou (mais que fait Moulinsart?). Et comme toute aventure de Sfar au sein de cette série n’est finalement qu’une excuse pour s’adonner à une réflexion subtile, après avoir abordé la vieillesse et la mort dans le tome précédent, Sfar va ici s’attaquer à l’exil, aux réfugiés, au racisme, au fanatisme et au cloisonnement des peuples, toujours de manière non moralisante et très humaine. Bref, en baladant habilement un russe, un rabbin et un arabe au milieu de peuples africains pas toujours accueillants et en y incorporant une belle histoire d’amour entre le peintre russe et une jeune femme noire, Sfar parvient à nous livrer une habile plaidoirie contre le racisme. Et pourtant, même si cet album est à nouveau d’un niveau excellent, j’ai l’impression que cette série (récemment couronnée de l’Eisner Award du meilleur album étranger), s’essouffle un peu et que, même si Sfar parvient à garder la même profondeur et légèreté dans les sujets qu’il aborde, la recette bien connue a de plus en plus de mal à me surprendre.
Afin de conclure ce diptyque en beauté, Christophe Dabitch et Jean-Denis Pendanx continuent de romancer la biographie de René Caillé, alias Abdallahi, et les carnets de son laborieux voyage vers la ville mythique de Tombouctou en 1827. Alors que le tome précédent consacrait encore une partie de l’histoire aux préparatifs, ce deuxième album se concentre maintenant sur le pèlerinage éprouvant de 4500 kilomètres à pied, de cet aventurier français qui se converti initialement à l’Islam pour servir sa gloire personnelle, mais qui finira par trouver refuge dans la prière et la lecture du Coran pour survivre mentalement à la dureté de son périple. Une odyssée au sein d’un continent africain encore vierge de toute colonisation qui fera vaciller ce Charentais fils de bagnard physiquement, en flirtant avec la mort, mais également mentalement, en l’entraînant au bord de la folie. Une aventure qui va étaler les beautés non souillées de l’Afrique au lecteur, tout en lui ouvrant les yeux sur les négriers, et en imbibant ce premier Européen à revenir vivant de Tombouctou, ville interdite aux Blancs, de désespoir et de détresse au fil des pages. Une traversée du désert du Sahara qui parsèmera de doutes notre pèlerin concernant l’utilité de son exploit et qui laissera les auteurs dans l’incertitude quant aux réelles motivations de cet explorateur, pionnier de la colonisation française en Afrique ou humaniste anti-esclavagiste ? Le dessin en couleurs directes brûlantes et brillantes de Jean-Denis Pendanx, fait transpirer cette Afrique poussiéreuse à la chaleur palpable. La désolation de Tombouctou et la noirceur des pensées d’Abdallahi lors du retour contrastent magnifiquement avec la luminosité du désert et avec le décor final plein de quiétude, imaginé par les auteurs. Finalement, alors que cette fin d’année permet de retrouver côte à côte le cinquième tome du "Le chat du rabbin", qui offre une réflexion subtile sur le voyage d’étrangers allant d’Alger jusqu’en Éthiopie, et le deuxième tome de cette traversée du désert qui pousse un être humain au-delà de ses limites, on finit par se dire que c’est très beau de philosopher, mais qu’il n’y a quand même rien de tel qu’un témoignage poignant tel qu’Abdallahi.
Coloriste de nombreuses séries, Hubert ("Le legs de l'alchimiste") étale à nouveau ses talents de scénariste dans cette première partie de dytique que nous livre la collection Poisson Pilote. Un scénario qui nous plonge dans le Paris d’entre-deux-guerres des années 30, avec ses ruelles, ses costumes et surtout ses maisons closes. On y suit les aventures de Blanche, qui suite au meurtre de sa sœur et à la perte de son travail de bonne, décide de se faire engager dans un bordel de luxe afin de retrouver le meurtrier. Mais sous ses allures de polar glauque sur fond de maison de passe, le récit parvient tout de même à dégager une certaine fraîcheur grâce à des personnages attachants et un graphisme plein de légèreté. La naïveté et le tempérament de Blanche siéent à merveille à son personnage et tranchent de façon cocasse avec son nouvel environnement de travail, tout comme sa volonté de préserver à tout prix sa virginité. Ce mélange subtil entre la dureté de l’histoire et la légèreté des personnages et du dessin constitue la véritable force de cet album et permet aux auteurs de développer un suspense prenant dans une ambiance joviale et d’aborder des thèmes difficiles sans tomber dans la vulgarité. On ne peut donc que souligner le mérite du graphisme plein de finesse des Kerascoët (pseudonyme breton du couple d’auteurs Marie Pommepuy et Sébastien Cosset), qui installe un décalage jovial et subtil entre le fond et la forme, dans un style qui se marie parfaitement à cette belle collection. Excellent !
Missy par yvan
Missy a beau ne pas avoir de visage, son corps tout en rondeurs sait faire vibrer les hommes la nuit. L’histoire, basée sur la quête amoureuse de cette danseuse de charme, a beau être simple, son originalité attachante réside principalement dans une représentation graphique osée. L’équilibre psychologique de Missy est fragile et balance entre ses succès nocturnes où ses admirateurs scandent son nom à haute voix, et ses déceptions matinales où ses amants l’abandonnent sans souffler le moindre mot. Un contraste douloureux qui poussera Missy du régime au désespoir. Le dessin de Hallain Paluku et les couleurs de Svart ne lâchent jamais les courbes généreuses de Missy, sans jamais lui donner de visage. L’expression non-verbale de ces corps aux formes généreuses vole ainsi la vedette à des visages qui se voient reléguer aux oubliettes. Une absence qui ne constituera jamais un manque au fil de la lecture tellement ce graphisme audacieux parvient à exprimer tout ce qui a besoin de l’être. Bref, Missy est l’histoire charnelle d’une danseuse de cabaret dans un monde de fantasmes, pour un récit sensuel et plein d’émotions qui ne dérape jamais dans la vulgarité. Missy est peut-être un pari osé à la base, mais il s’avère finalement être une vraie réussite.
Après "Les petits ruisseaux", Pascal Rabaté nous livre son deuxième petit chef-d’œuvre de l’année chez Futuropolis. Alors que pour "Les petits ruisseaux", Rabaté prenait encore le dessin à son compte, il confie ici cette tâche à un autre amateur de chroniques sociales : David Prudhomme. Dans "La marie en plastique", Rabaté nous met en présence de trois générations d’une famille, vivant sous le même toit et dresse le portrait jubilatoire des interactions quotidiennes des membres de cette famille plutôt traditionnelle. En avant-plan de cette caricature familiale subtile, il place Mamie Emilie, grenouille de bénitier, et Papi Edouard, communiste militant. Les deux grands-parents ne savent plus se pifer et viennent perturber l’équilibre fragile de cette famille type. La tension entre les deux vieux va monter au fil des pages pour atteindre son point d’orgue lorsque Mamie Emilie décidera d’imposer une vierge en plastique achetée à Lourdes sur la télévision du salon. Le cadre est celui d’un petit village rural, le ton est léger et les situations assez comiques mais tellement vraies. A première vue le dessin de David Prudhomme m’a plutôt repoussé, mais après lecture je dois avouer qu’en plus d’une bonne lisibilité, son trait donne une touche d’authenticité supplémentaire à chacun des protagonistes de ce récit. Et finalement on finit par se dire que ces tronches de travers et ces corps aux proportions pas toujours esthétiques donnent un sérieux plus au côté caricatural et amusant à cette première partie de diptyque. Et si avant lecture on pouvait reprocher à Futuropolis d’aborder cette histoire en deux tomes, la fin surprenante de ce premier tome nous fait vite changer d’avis.
Pour commencer, je reste un peu dubitatif par rapport à l’autocollant ‘nouveau cycle’ qui orne la couverture de ce septième tome. Bon, c’est vrai que d’un côté la quête de la croix de l'apôtre Pierre est terminée, ainsi que le voyage au Moyen-Orient. On retrouve donc un Scorpion de retour à la case départ, toujours à la recherche de ses origines et avec un Trebaldi encore un peu plus au sommet du pouvoir de cette Rome du dix-huitième siècle. Mais, d’un autre côté, on a beau retrouver un tome sans Rochnan et un Scorpion sans croix de Pierre ou parchemins, cette séparation de cycles parait tout de même un peu artificielle tellement la continuité des aventures des tomes précédents semble évidente. On retrouve nos personnages là où on les a abandonné dans le tome précédent et avec une quête et un environnement qui me semblent inchangés par rapport au début de la série. Même si, dans la lignée des tomes précédents, Desberg nous livre un récit plein d’aventure, d'action et de conspirations sur un rythme effréné, les révélations sont très prévisibles et la quête d’Armando Catalano, dit le Scorpion, semble stagner. Néanmoins, entre les Trois Mousquetaires et Zorro, cette série continue de s'imposer comme une des meilleures aventure du genre "cape et d'épées". Côté graphisme il faut une nouvelle fois féliciter un Enrico Marini qui, malgré le format «standard» sous lequel est édité cette série, parvient à s’exprimer pleinement et nous livre à chaque fois un dessin magistral, pourvu de couleurs somptueuses. Bref, un excellent tome qui abandonne certains protagonistes dans de sales draps et le lecteur en plein suspense.
Avec ce premier tome d’une série qui devrait en compter cinq, Simon Andriveau revisite le 17ème siècle de façon originale et entre par la grande porte dans le monde du neuvième art. A cheval entre un contexte historique et une histoire fictive, entre un contexte social d’époque et une narration plus contemporaine audacieuse, mais non dépourvue d’humour, Simon Andriveau va explorer les mystères du siècle de Louis XIV. Usant de personnages historiques, tel le Masque de Fer, et de personnages fictifs hauts en couleurs, ce nouveau venu de la bande dessinée va réussir à créer une histoire passionnante autour d’une intrigue qui remet en cause la légitimité du Roi Soleil. L’histoire est celle d’un pauvre paysan nommé Alphonse, qui se retrouve malgré lui témoin d’un crime pouvant faire tomber la monarchie et qui finit par trouver refuge chez des gitans afin d’échapper à la poursuite des trois assassins. L’admirable dessin de Simon Andriveau nous plonge entièrement dans la France du XVIIème siècle et nous livre en prime des personnages attachants et expressifs, dont je trouve que certains ont une petite touche ‘Loisel’ (peut-être à cause d’une certaine ressemblance au pirate de "Peter Pan"). Les décors sont splendides et malgré un style que l‘on sent influencé, Simon Andriveau parvient à créer un univers personnel et surprenant. Rapprochez donc votre pif de gueux de cet écran, car cette série est à suivre de très très près !
Avec l’aide de Joseph Béhé ("Le décalogue", "Double Je", "Chimères", "Le légataire", etc.), Erwann Surcouf et Amandine Laprun nous livrent un premier album très réussi au sein de cette collection Intégra de Vents d’Ouest. Cet album de 136 pages, construit autour d’une narration en voix-off du personnage nommé Luigi est découpé en 12 chapitres, qui illustrent chacun un des passages d’une lettre écrite par Luigi à l’attention de son cousin Salvatore. L’histoire tourne autour d’Erminio Peroni et dresse le bilan de la vie de cet instituteur Milanais qui finira tant bien que mal par s’intégrer au sein du petit village sicilien de Monte Luccia. Une petite communauté repliée sur elle-même, sous l’emprise d’un maire manipulateur et tyrannique, et caractérisée par des habitants prisonniers de leurs traditions et de leur propre bêtise. Cette quête d’intégration au cœur de la Sicile des années 60 surfe sur des thèmes difficiles tels que le racisme, l’intolérance, la différence, la violence parentale, l’infidélité et l’amour, et parvient à dégager des émotions fortes sans jamais tomber dans l’exagération. Les protagonistes sont particulièrement bien réussis, et c’est en mélangeant dureté de caractère et faiblesse d’esprit qu’ils finissent par fermer une à une les portes du bonheur, forçant Erminio à jeter un regard plutôt amer et nostalgique sur sa carrière, sur ses amitiés, sur ses amours et sur cette allergie aux figues héréditaire qui servira de catalyseur à toutes les frustrations accumulées dans cette Sicile au racisme autochtone. Le dessin noir et blanc vient accentuer le côté inhospitalier de Monte Luccia et de ses habitants, tout en arrivant à nous plonger dans l’ambiance italienne d’époque. Un récit en toute simplicité, plein d’humanisme et qui ne laisse pas indifférent.
Mes critères de sélection pour les albums publiés par Futuropolis sont très simples depuis quelques mois : ils publient et moi j’achète ! Ah, que c’est sympa d’avoir un éditeur qui trie les navets du caviar à la source, pour nous servir que le meilleur. Cet album-ci va nous plonger dans un petit village délabré, un petit bled à l’atmosphère pesante qui semble figé dans le temps. Un trou perdu de Basse-Normandie, déserté par ses petits commerces, et peuplé d’habitants médisants contaminés par le malaise ambiant. Au milieu de cet endroit désaffecté, on va suivre des adolescents à la recherche de sensations afin de tuer l’ennui et de s’extirper du mal-être quotidien. Un groupe de jeunes désillusionnés qui vont essayer de vivre en dehors des normes et des habitudes des villageois. Alors que Simon Hureau démarre son récit de façon assez (voir trop) lente, au rythme de la morosité du quotidien des deux lycéennes, ces dernières vont, au fil de leurs explorations de plus en plus malsaines, faire accélérer le récit et le faire basculer dans l’horreur. Un changement de rythme et d’ambiance qui m’a sorti d’une première partie légèrement ennuyeuse pour me scotcher jusqu’à la fin du récit. Une deuxième partie plus angoissante et oppressante, à l’image de ce poids lourd qui vient acculer les différents protagonistes, alors qu’il n’a apparemment aucune raison d’être. Le dessin et surtout cette colorisation rosâtre qui fait penser aux retouches horribles des rééditions de «City Hunter», rebutent au départ, mais on finit par s’habituer à ce graphisme qui retransmet finalement très bien l’ambiance triste et pesante du scénario. Un tome j’ai abandonné avec un mélange d’incompréhension et de satisfaction.
Après avoir fait passer Jade et le couple Nelson des harems d’Istanbul au larges savanes et grands fleuves africains, Dufaux va, tout comme lors du premier cycle, envoyer Kim Nelson sur les traces de sa grand-mère. Ayant abandonné l’utilisation du flash-back dans ce cycle africain de quatre tomes afin de gagner en lisibilité, Jean Dufaux et Ana Mirallès vont donc dédier ce tome à Kim après avoir consacré le précédent à Jade. Mais malgré ce passage à une époque contemporaine, Kim va réveiller d’anciens mythes et légendes en voulant percer le mystère de la disparition de la plupart des membres d’une expédition qui ont accompagnés son aïeule, Jade. Dufaux, qui s’est déjà souvent laissé inspirer par l’Afrique et ses sorciers dans d’autres récits, peut donc étoffer son intrigue dans un environnement qu’il affectionne et qu’Ana Mirallès dessine à merveille. Jean Dufaux aime également donner une touche de mystère et de fantastique à ces récits et aidé par les atmosphères africaines d’Ana Mirallès, c’est avec aisance qu’il parvient à plonger le lecteur dans la sorcellerie, les envoûtements, la chaleur et la beauté de l’Afrique. Côté graphisme Ana Mirallès parvient de nouveau à nous faire contempler chaque case à l’aide d’un dessin qui respire la sensualité et des couleurs chatoyantes. A noter qu’une version de l’album accompagné de 6 magnifiques ex-libris est également disponible. Bref, mis à part un petit astérisque légèrement frustrant en milieu de tome nous référant vers un troisième cycle (consacré à l’Inde) pour plus d’explications concernant les vraies raisons de la présence de Kim en Afrique, je n’ai pas grand-chose à reprocher à ce tome qui nous fait voyager vers le milieu de ce cycle africain.
Deux ans après la parution de la première partie de ce diptyque, Emmanuel Lepage nous livre la suite des aventures du jeune Gabriel de la Serna sur 90 superbes planches. Alors que Gabriel était venu pour peindre la Passion du Christ, c’est lui qui va commencer son chemin de croix à travers la jungle nicaraguayenne pour y découvrir, au milieu de ses doutes et de sa souffrance, cette foi qu’il recherchait vainement. Peintre observateur dans le tome précédent, il troque maintenant ses pinceaux pour les armes et se dédie corps et âme à cette cause de liberté qui l’anime : liberté d’un peuple, mais également la libre expression de ses désirs sexuels. A travers les attirances sexuelles de Gabriel, Emmanuel Lepage va en effet aborder le thème de l’homosexualité avec pudeur et délicatesse. L’épilogue de ce combat révolutionnaire qui anime ce pays en quête de liberté viendra cependant démontrer qu’il est malheureusement plus facile de changer un régime que de changer les mentalités. Virtuose du dessin et magicien de la colorisation, Emmanuel Lepage va réussir à nous plonger dans la moiteur de ce climat tropical, au milieu de protagonistes en sueur et dont l’expression des visages parvient à libérer des émotions qui deviennent quasi palpables. Des planches en parfaite symbiose avec l’environnement et les sentiments des protagonistes, des planches qui souffrent, transpirent et passionnent et élèvent le récit à un niveau proche de la perfection. Bravo !
L’Amérique Latine ne laisse pas Emmanuel Lepage indifférent, car après ses Carnets de Brésil parus chez Casterman et une traversée de l'Amérique du Sud d'est en ouest en pleine jungle amazonienne dans «La terre sans mal» en duo avec Anne Sibran, c’est en solo et à nouveau dans la collection Aire Libre qu’il s’attaque ici à un diptyque se déroulant au Nicaragua. Tout comme dans «La terre sans Mal» on retrouve cette quête initiatique d’une personne ayant du mal à se faire accepter par un peuple étranger, ainsi que des décors époustouflants au sein d’une bande dessinée dépaysante. Mais, alors que l’histoire de «La terre sans Mal» me semblait un peu fade et n’exploitait pas complètement tous les éléments du scénario, ce premier tome de «Muchacho» est un vrai régal. Derrière une trame somme toute assez banale on retrouve l’histoire forte d’un jeune homme qui se cherche au milieu de ses origines, de sa foi et de son art. Un jeune homme qui en ouvrant les yeux va découvrir l’injustice qui l’entoure et qui va lentement se dissocier du milieu bourgeois dont il est issu, face à ces paysans de la jungle nicaraguayenne qui étouffent sous le poids de la dictature militaire. Et si Gabriel parvient à exprimer ses désirs, sa foi et sa passion à travers son art, c’est surtout grâce au graphisme époustouflant d’Emmanuel Lepage. Un graphisme exceptionnel qui nous plonge dans la chaleur et l’humidité de la jungle nicaraguayenne et qui insuffle une véritable âme à cette histoire bouleversante. Un dessin et une colorisation qui se nourrissent du Nicaragua et de la force des personnages et qui relèguent le texte au second plan. Vivement le deuxième tome !
Moins d’un an après la parution du premier tome, on continue à suivre les quelques familles qui peuplent la petite paroisse rurale de Notre-Dame-des-Lacs dans le fin fond du Québec des années 1920-30. L’équilibre de cette petite communauté campagnarde québécoise qui reposait essentiellement sur le curé et le Magasin Général tenu par Marie, se voit maintenant perturbé par l’arrivée d’un étranger à moto. Malgré l’arrivée de Serge, l’histoire en elle-même reste d’une grande simplicité, et continue de mettre en avant le caractère des différents personnages hauts en couleurs et remplis d’humanité et de générosité. On prend non seulement plaisir à retrouver la quiétude et la solidarité qui animent cette microsociété harmonieuse, mais également à découvrir les talents culinaires de Serge à l’approche des fêtes de Noël. Le dessin hybride Loisel – Tripp continue de faire mouche avec Régis Loisel au crayonné des planches et Jean-Louis Tripp à l’encrage et à la finalisation des dessins. Grâce à la contribution du montréalais Jimmy Beaulieu, le tout est également pourvu d’une narration franco-québécoise compréhensible des deux côtés de l’Atlantique et riche en expressions locales savoureuses. Initialement prévue en 3 tomes, cette tranche de vie québécoise devrait finalement en compter 6. A noter également que CanalBD a réalisé un coffret permettant de réunir les deux premiers albums de cette série et a déjà prévu d’en réaliser un deuxième pour les deux tomes suivants.
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