Les 1231 critiques de Thierry Bellefroid sur Bd Paradisio...

Julien (Le fer et le feu) par Thierry Bellefroid
« Julien », tome 4 de la série « Le fer et le feu », par Eric Stalner. Chez Glénat.

S'achevant par un clin d'oeil à la série qu'il dessine chez Dargaud sur scénario de Pierre Boisserie (« La Croix de Cazenac », pour ne pas la citer), Eric Stalner signe donc avec ce quatrième volume la fin d'une saga historico-romantico-familiale qui ne fera pas partie du panthéon de la BD mais qui aura su mêler les ingrédients de la grande aventure à ceux de l'Histoire... sans oublier l'amour. Ce quatrième tome devait clore le récit. Ce qui veut dire apporter toutes les réponses et dénouer les écheveaux patiemment tressés pendant les trois précédents. L'exercice est parfois dangereux. Combien de lecteurs, impatients d'avoir enfin la fin d'une saga qu'ils lisaient depuis plusieurs années, n'ont-ils pas été déçus à la lecture d'un tome de conclusion ? Souvent indigestes, bavards, trop ramassés, ce sont les albums auxquels on ne pardonne pas leurs erreurs. Si elle n'étonne pas vraiment, la conclusion imaginée par Stalner ne déçoit pas non plus. Elle fait même une incursion inattendue du côté de la folie et de la cruauté. Mais elle en frustrera quelques-uns car après nous avoir fait courir derrière un certain document pendant plus de deux cents pages, on pensait être en droit d'attendre davantage de précision sur son contenu. Le dessin d'Eric Stalner, fidèle à lui-même -c'est-à-dire statique et parfois maniéré- semble parfois vouloir se libérer sans vraiment y parvenir. Pour ma part, je regrette le tandem qu'il formait avec son frère. Leurs styles se mélangeaient bien et leurs défauts respectifs avaient plutôt tendance à s'annihiler qu'à s'additionner.
La nuit du lièvre par Thierry Bellefroid
« La nuit du lièvre », par Georges Van Linthout et Yves Leclercq. Dans la collection « Encrages » des éditions Delcourt.

Ceux qui ont lu les trois tomes de Falkenberg parus au Lombard seront sans doute étonnés de découvrir ce récit en noir et blanc publié dans l'excellente collection « Encrages ». Parce que le ton, le propos, l'univers et même le dessin sont totalement différents dans « La nuit du lièvre ». Privilégiant une BD plus adulte, un ton radicalement noir et proche du polar américain, une période -les années cinquante- et un lieu -un trou perdu des Etats-Unis- qui ne rappellent en rien leur précédent essai commun, les deux liégeois sont à la fois plus à l'aise et plus intéressants dans cet exercice. Sans doute le doivent-ils non seulement aux choix décrits plus haut mais aussi à une narration bien construite, fonctionnant par flash-back successifs pour aboutir à l'explication d'une situation donnée en début d'histoire. Cette construction, pour artificielle qu'elle soit, emmène le lecteur dans une histoire en forme de poupées russes. Au bout du compte, on ressort de ce livre noir avec le sentiment d'avoir lu un honnête polar aux ingrédients tantôt classiques tantôt originaux (le combat de boxe truqué qui foire d'un côté, le coup de grisou qui fait détaler les lièvres de l'autre) servi par des personnages humains, attachants, tous englués dans leurs petits défauts. Le dessin hésite entre réalisme et caricature, pas toujours pour le plus grand bonheur du lecteur. Il plante de belles ambiances mais manque souvent de justesse dans les proportions. Georges Van Linthout a au moins eu le mérite de faire table rase de tout ce qu'il avait acquis au travers des trois tomes de Falkenberg. Loin du dessin classique et semi-réaliste proche de la ligne claire qu'il y avait développé, il privilégie cette fois les personnages et les lumière, approchant parfois la fraîcheur d'un Etienne Davodeau.
« Le tombeau de l'ange », tome 1 des Immortels, par Desberg et Reculé. Chez Glénat.

Si cette BD ne se vend pas, qu'est-ce qu'il faut faire, alors ? Les Immortels, c'est un peu de tout ce qui marche ailleurs, revu à la sauce Desberg/Reculé. Un peu des Stryges de Corbeyran, un peu du trait de Marini, un peu de la mise en page, des couleurs et du casting du Troisième Testament (l'explorateur, père de l'héroïne Rio, ressemble vraiment beaucoup à Conrad de Marbourg, lui-même pompé sur Sean Connery...). Desberg et Reculé se connaissent bien. Ils ont déjà réalisé ensemble deux tomes du « Crépuscule des anges » qui n'ont rien à voir avec les anges ici présents, en dépit d'un titre qui pourrait semer la confusion. Dans ce nouvel univers, Desberg nous montre un ange victime de sa compassion pour les hommes et nous propose une nouvelle variation de la lutte du Bien et du Mal. En jouant sur des époques différentes et sur l'opposition entre la Terre et les scènes se déroulant au paradis, il nous offre aussi la possibilité d'entrer dans la vie de ces anges et de jouer une carte un peu plus inédite : celle des sentiments amoureux entre ces êtres « divins ». C'est sans doute dans cette tentative d'humanisation des anges que résident les qualités d'un scénario somme toute assez classique. Mais comme Reculé a mis toute la sauce, épaississant son trait (parfois à la limite de faire du Pellejero comme cette vignette en bas de la planche 14 par exemple) et dynamisant son dessin, tout cela fonctionne plutôt bien. Le rythme y est, et même si l'on pense à Rossi ou à Marini au gré des pages, on doit reconnaître que le dessinateur du dernier tome du Cercle des Sentinelles (toujours avec Desberg au scénario, en remplacement de Wurm, qui avait créé la série) a fait des progrès. Le visage d'Ashra semble sorti tout droit du Crépuscule des Anges mais c'est bien l'une des rares répétitions que l'on trouve entre les deux séries, tant Reculé semble s'être réinvesti dans ce nouvel univers. On aimerait l'y voir débarrassé de ses influences.
« Juste un île », tome 1 de la série « Les compagnons de fortune ». Par Franz, aux éditions Delcourt.

C'est une farce, une grosse farce, que nous a concoctée Franz. « Les compagnons de fortune » utilise en effet toutes les ficelles du burlesque, même si les premières pages ne le laissent guère penser. Car c'est vrai que les débuts sont un rien difficiles. On ne s'identifie guère aux personnages et les situations ont un côté trop éculé pour qu'on suive l'histoire avec enthousiasme. La mise en page étriquée de Franz achève de consumer les bonnes volontés. Mais les lecteurs plus assidus sont récompensés ensuite, lorsque surviennent les véritables ingrédients de la saga d'Andrew. Il y a d'abord la rencontre de « la » sauvage sur son île déserte, baptisée Tim. Puis celle « du » pirate, « Pas-de-quartiers », qui va emmener Andrew avec lui. Ces deux personnages font basculer le récit et permettent à Franz d'enfin prendre ses distances avec toutes les autres aventures du genre. A partir de là, c'est une pièce de théâtre de boulevard qu'il nous joue sur le mode de la flibuste. Pour peu qu'on accepte la règle du jeu, on s'amuse, notamment grâce aux apartés de la plupart des personnages. Bon, d'accord, c'est gros, souvent même très gros. Et le scénario use de ficelles un rien trop évidentes (la fin est en effet très facile) mais c'est tellement inattendu dans l'univers de Franz (pensez donc, il n'y a même pas de chevaux dans cet épisode !)... Bref, un moment de détente sans prétention qui ne pourra se prolonger dans d'autres albums qu'à condition de jouer à fond sur l'humour. Car pour le reste, il y a dix exemples de BD de flibuste cent coudées au-dessus.
Pascin - tome 5 (Pascin) par Thierry Bellefroid
« Pascin Tome 5 » par Joann Sfar. A L'Association.

L'air de rien, Joann Sfar nous a déjà pondu plus de cent cinquante pages d'aventures « pasciniennes ». On commence à frôler le monument ! Il faut dire qu'en plus, ce cinquième opuscule est certainement l'un des plus réussis. S'éloignant de plus en plus de l'exégèse (qui n'a jamais été son but premier, d'ailleurs), Sfar promène « son » Pascin sous la lumière crue du Midi et joue pour une fois du pinceau presque autant que de la plume, s'amusant à traiter certaines cases au lavis. La planche 140 et surtout la 145 (magistrale !) nous montrent qu'il sait y faire lorsqu'il faut mélanger l'encre de Chine pure et l'encre délayée dans un même dessin. Les planches 134 et 135, si elles jouent en revanche sur l'encre de Chine non diluée, proposent une palette subtile qui trouve sa raison d'être dans cette première histoire « Villa America » où lumière et chaleur sont très perceptibles. Ce récit -le plus touchant depuis le début de la série- est superbement découpé et traité par Joann Sfar qui semble s'amuser comme un fou à faire cohabiter l'ingénuité de la jeune Ada et le trouble qu'elle provoque chez le peintre. Je crois que j'ai relu ces neuf pages trois ou quatre fois, tellement je les trouvais belles, équilibrées, artistiques.. et emplies de la tendresse complice que Sfar a pour ses personnages.
Portrait de femmes avec tueur par Thierry Bellefroid
« Portrait de femmes avec tueur », par Katou et Andréa H. Japp. Dans la collection « Petits Meurtres » des éditions du Masque.

Un thriller psychologique comme on les aime. Une enquête « à l'américaine », avec serial killer complètement psychotique et fausses pistes en pagaille. Des héroïnes qui nous changent des pelletées de privés et autres enquêteurs du « effbihaïe » qu'on a trop vus ou lus. Elles sont deux. L'une est profileuse (un métier très à la mode) et l'autre est une spécialiste de la lutte antiterroriste qui échoue un peu par hasard dans ce tandem. Elles vont se retrouver face à une « épidémie » de cadavres savamment dépecés et mis en scène par un détraqué qu'elles doivent pousser à l'erreur. C'est classique et pourtant, on a l'impression de ne pas avoir lu « ÇA » souvent en BD. Peut-être la formation de biochimiste et de toxicologue d'Andréa H. Japp (aujourd'hui romancière chez Flammarion et aux éditions du Masque, où elle est directrice de collection) est-elle à l'origine de cette approche presque scientifique du serial killer à laquelle la BD ne nous a pas habitués. Toujours est-il qu'on dévore ce bouquin de près de 120 pages d'une traite. Le dessin de Katou (l'un des fondateurs des « Requins Marteaux ») est noir, sec et ombragé juste ce qu'il faut pour servir une histoire qui peut être considérée comme l'une des meilleures de la collection.
« Madame la lune », par Jean-Luc Loyer, Nathalie Ferlut et Thierry Leprévost. Chez Delcourt Jeunesse.

La collection Delcourt Jeunesse ne manque pas de talents. Elle est sans doute à ce jour la seule vraie collection de BD pour enfants (à ne pas confondre avec les livres illustrés pour enfants qui pullulent) à se maintenir avec régularité et qualité constantes. Ce « Madame la lune » nous emmène à la rencontre de personnages adorables, qui fabriquent les rêves des enfants, quelque part sur leur bateau, dans le ciel. Et qui découvrent soudain l'existence d'autres fabricants de rêves... mais méchants ceux-là, les fabricants de cauchemars. S'en suit une confrontation dans laquelle les trois personnages principaux vont montrer leur courage et leur détermination alors même qu'ils étaient dévolus aux tâches les moins prestigieuses sur le navire des rêves : pousser les étoiles dans le ciel à coups de râteau. C'est mignon tout plein, c'est forcément une BD qui pousse les enfants à explorer l'imaginaire et c'est très joliment dessiné. Ce qui ne gâche rien : le personnage central est une fille qui a un peu de mal à s'imposer dans un monde imaginaire, certes, mais un rien macho !
Protocole Oslo (Travis) par Thierry Bellefroid
« Protocole Oslo », le tome 4 de la série Travis. Par Duval, Quet, Schelle et Rosa. Dans la collection Neopolis des éditions Delcourt.

Fred Duval est un fameux scénariste. Que ce soit avec Carmen Mc Callum ou Travis, ses deux séries, il arrive à ferrer le lecteur dès les premières pages et à garder intact le suspense pendant plusieurs épisodes. Ses histoires sont denses, intelligentes, extrêmement bien découpées, populaires dans le sens positif du terme. Et ses héros sont attachants. Le souci du détail ajoute une touche de crédibilité à l'ensemble. Que dire d'autre sans paraître suspect ? Travis ne faiblit pas. Cet avant-dernier épisode du premier cycle nous emmène à un rythme toujours aussi musclé dans une station orbitale de l'ONU pour une négociation entre les deux grands groupes agroalimentaires rivaux -Transgenic et Baxter & Martin- où va se jouer une sérieuse partie de poker menteur. C'est Pacman -le hacker surdoué- qui tire les cartes, cette fois. Et qui en apprend un peu plus au lecteur sur le commanditaire des attentats qui se sont succédés depuis le premier album. On en saura juste assez pour imaginer la grande confrontation finale. Mais avec Duval, il faut s'attendre à des retournements de situation jusqu'à la dernière minute. Le moindre d'entre eux, dans cet album-ci, n'est pas de voir deux des plus fidèles ennemis de Travis -Pacman et Vlad- lui prêter main forte pour faire triompher le bon droit ! Mais pas la peine d'en dire plus, la lecture de ce quatrième album est un must pour les lecteurs de la série. Elle est hautement recommandable pour les amateurs de bonnes histoires de politique-fiction futuristes. Le dessin et surtout le découpage de Christophe Quet assurent le rythme côté visuel. Du travail de pros.
« Le dernier voyage d'Opa Julius », volume 1 de la série « Ingrid » par Isabelle Dethan, dans la collection Encrages des éditions Delcourt.

Après « Tante Henriette ou l'éloge de l'avarice », Isabelle Dethan avait le choix entre deux options. Ou continuer d'explorer une veine semi-biographique saluée par la critique (mais pas par sa famille, dont un membre la traîne en justice ). Ou renouer avec les univers de ses deux premières séries -Mémoire de sable et Le roi cyclope-, travail sans doute moins personnel mais assurément plus « vendeur ». Elle a choisi la voie la moins commerciale. Et à ce titre, on ne peut que l'en féliciter... ainsi que son éditeur qui aurait pu lui demander de revenir à une collection et un format plus visibles. Passé ce constat, il faut reconnaître que le travail réalisé par Isabelle Dethan sur ce nouvel épisode de la vie de sa famille dépasse largement en qualité celui -pourtant déjà remarquable- effectué sur « Tante Henriette ». Il y a dans ce premier volume des « aventures » de sa mère allemande une véritable générosité et un ton parfois bouleversant. Je l'avoue -et cela ne m'arrive pas souvent-, j'en ai eu les larmes aux yeux.
Grâce au prisme de l'enfance, Isabelle Dethan arrive à faire passer des sentiments et des événements qui, plus de cinquante ans après la fin de la guerre, ne sont pas aisés à faire partager aux « vainqueurs » que nous fûmes. Comment se prendre de pitié ou de compassion pour une famille allemande qui assiste à la débâcle de ses armées, qui découvre l'occupation, les rationnements, la privation de liberté ? Isabelle Dethan y parvient sans forcer le trait, avec une sensibilité, une justesse de ton, une légèreté exemplaires. Son dessin toujours aussi remarquable ne fait qu'y aider un peu plus. Choisissant un lavis proche des tons sépias, elle se rapproche étonnamment de « La guerre d'Alan », le récit fleuve entamé l'an dernier par Emmanuel Guibert et qui raconte... la vie d'un GI américain durant la même période. Les deux livres sont appelés à se compléter. Avec un graphisme très différent, ces deux auteurs de talent ont choisi de raconter une histoire d'hommes et de femmes, pas une histoire de guerre. Tous les deux se sont laissés guider par l'amour qu'ils avaient pour leur principal protagoniste. Guibert pour son ami, Alan Ingram Cope. Isabelle Dethan pour sa mère, Ingrid. A lire absolument.
L'Or Bleu (Stéphane Clément) par Thierry Bellefroid
« L'or bleu », une aventure de Stéphane Clément, par Ceppi. Aux Humanoïdes Associés.

Dixième tome des aventures de Stéphane, du moins si l'on prend en compte la numérotation des Humanos. Car les anciens lecteurs de la série auront remarqué que l'un des sept premiers albums parus entre 1977 et 1986, « La malédiction de Surya », n'a pas été réédité dans la nouvelle collection grand format des Humanos. Résultat, ce tome 10 est en fait... le tome 11. Mais n'ergotons pas. Ce « dixième » tome des aventures de Stéphane Clément renoue avec les meilleurs moments de la série. Pas seulement parce qu'on y retrouve un très ancien protagoniste, Ömer, ni même parce que Stéphane retourne à Istanbul où ont véritablement commencé ses aventures (après un premier album qu'on pourrait qualifier de mise en place (Le Guêpier), « A l'Est de Karakulak » inaugurait en effet une série d'histoires qui allaient mener le héros de la Turquie à l'Inde et créer l'engouement pour les aventures de Stéphane). Si l'on peut dire que cet épisode renoue avec les meilleurs moments de la série, c'est surtout parce que Daniel Ceppi y donne toute la mesure de son talent de « reporter de fiction ». S'appuyant sur des éléments d'actualité (ce qu'il fait d'ailleurs depuis toujours), il plante le décor d'un épisode à la fois grave, palpitant et intéressant qui emmène le lecteur au-delà de la simple aventure. Stéphane est à nouveau plongé dans une histoire qui le dépasse. Mais cette histoire, c'est l'Histoire elle-même. Ceppi imagine en effet une révolte unifiée de l'ensemble des Kurdes répartis sur les quatre pays que sont la Syrie, la Turquie, l'Iran et l'Iraq (on en trouve aussi en Arménie et dans une moindre mesure au Liban, mais les quatre pays choisis pour cette histoire forment réellement ce qu'il est convenu d'appeler le Kurdistan). Et il construit une sorte de piège qui va se refermer sur Stéphane et le faire participer de près à une sordide page de politique fiction. Les ingrédients sont solides, les bases sur lesquelles s'appuient l'auteur suisse ne sont pas laissées au hasard. Au coeur de la question qui unit cette mosaïque d'Etats et de peuples : l'eau, que l'on sait être un des enjeux essentiels au Proche Orient. Bref, la trame est sans faille. Mais il n'y a pas que ça. En 1995, « Pondicherry, filiation fatale », le premier album des aventures de Stéphane Clément après neuf ans d'absence renouait avec les décors de la série initiale, mais pas avec l'ambiance. Plus encore, les deux suivants s'éloignaient géographiquement de l'univers du premier cycle de sept albums et semblaient trop inspirées par la lecture des journaux. Cette fois, tout y est. Les lieux et les gens. L'ambiance et la sincérité. Peut-être le ton est-il plus grave qu'à l'époque. Peut-être faut-il y voir l'envie de Ceppi de proposer une BD passée de l'adolescence à l'âge adulte à l'instar de ses protagonistes. Toujours est-il que « L'or bleu » est une histoire remarquable et que le dessin de Daniel Ceppi, toujours plus réaliste, s'attache volontairement à l'efficacité de son propos plutôt qu'à des critères esthétiques (ni Bosphore ni Basilique sainte Sophie ni minarets de la mosquée Süleymaniye dans cette nouvelle vision d'Istanbul, par exemple). Dommage qu'après tant d'années de pratique, il ne maîtrise toujours pas les regards de ses personnages. Mais c'est bien peu de choses...
La Solimère (Aquilon) par Thierry Bellefroid
« La solimère », tome 1 de la série Aquilon, par Istin, Michel et Paitreau, chez Soleil.

Soleil exploite bien son fonds de commerce. A tel point qu'on finirait par confondre les séries entre elles. Interchangeables, les récits sont basés sur une recette immuable, qu'on a presque envie d'appeler « La Méthode Arleston ».
-Prends un univers imaginaire plus ou moins féerique. Installes-y des peuples en guerre les uns avec les autres. Trouve un élu, invente-lui une quête. Ajoutes-y une dose de muscles, de la baston, un rien d'humour, voire une compagne aux formes généreuses (ce n'est pas le cas ici). Tu es prêt pour être publié dans Lanfeust Mag est faire parler de tes héros dans les cours de récré.
Bon, je caricature un peu. Et je reconnais à Arleston un talent certain de conteur d'histoires que n'ont pas nécessairement tous ses clones, de plus en plus nombreux. J'ajoute qu'Aquilon n'est pas plus mauvais qu'un autre et qu'il trouvera sans aucun doute son public dans cette veine que Mourad Boudjellal exploite en éditeur avisé. Voilà qui devait être précisé.
Alors, venons-en à cette nouvelle série imaginée par Jean-Luc Istin. Je reconnais que ce qui m'a un peu énervé à la lecture de cet album, c'est le recours à un vocabulaire qu'un lecteur normal peut difficilement digérer en une lecture. Créer un univers ne se limite pas à rendre compliqués tous les mots employés par les protagonistes. Encore une fois, ce jugement est un peu exagéré, je l'admets. L'univers d'Aquilon ne se limite pas à ça, c'est vrai. Mais Istin complique à souhait un récit qui jusque là est somme toute assez simple. Et en refermant la dernière page, on se demande s'il fallait 46 pages pour que Gal et Aquilon chevauchent ensemble vers... la prochaine digression avant leur chasse aux « vennkiz ». Bref, je suis modérément convaincu. Même si le dessin de Guy Michel m'a semblé très en rapport avec le type d'histoire, ménageant quelques effets efficaces, comme la découverte de la « reine-mère ». Peut-être la violence exagérément crue des pages 18-19 a-t-elle du mal à passer. Ou peut-être que j'étais levé du pied gauche. Allez savoir...
NDE (Fox One) par Thierry Bellefroid
« NDE » troisième volume de la série Fox One, par Olivier Vidal et Renaud Garreta. Paru chez Wilco Editions.

Fox One, c'est un peu le Buck Dany des temps modernes. Une BD qui mêle l'aviation à des histoires ancrées dans leur temps. Ici, la disparition d'une quinzaine de tonnes de plutonium, transporté secrètement sur un cargo français faisant route vers le Japon. Du plutonium que les pilotes du porte-avions Charles de Gaulle croisant en Mer de Chine vont tenter de récupérer, bien sûr. Deux héros : Mattéo Conti et Hannah Bergson, la première ayant mystérieusement disparu au cours d'une mission de reconnaissance et le second étant suspecté de ne plus être tout à fait opérationnel depuis que la disparition de sa coéquipière l'obsède. Un « méchant » de service, au sein de l'escadrille, qui vendrait sa mère pour faire « tomber » Mattéo. Et un typhon qui vient jouer les « shaker » dans tout ça. Voilà les ingrédients de ce thriller technologique dont les auteurs revendiquent avoir passé un certain nombre d'heures avec des pilotes de chasse sur des bases aériennes comme sur des porte-avions, et avoir potassé un maximum de documentation. Avec les 80.000 albums qu'il affirme avoir vendus pour les deux premiers tomes, l'éditeur ne doute pas un instant détenir une poule aux oeufs d'or. Il est vrai que face à des concurrents de plus en plus faiblards, ce thriller aéronautique fait figure de challenger. Le dessin hyper réaliste de Renaud Garreta est proche de la photo et rend très bien les notions de vitesse ou de fureur des éléments. Et la crédibilité est poussée à l'extrême, avec tout ce que cela comporte d'exagération (termes techniques surabondants avec renvois en bas de page.) Bref, ça fonctionne. Et cela prouve au passage que le créneau a encore de l'avenir. En revanche, la douzaine de pages qui termine l'album ne m'a pas tout à fait convaincu. Le titre -« NDE » pour Near Death Experience- laissait présager une histoire où l'un des protagonistes flirterait avec la mort. Mais ce final qui arrive sans prévenir et laisse le lecteur interrogatif avait-il vraiment sa place dans l'histoire ou vient-il, en « guest star », rehausser un scénario qui pouvait paraître trop conventionnel sans ça ?
Viva Pâtàmâch ! par Thierry Bellefroid
« Viva Pâtâmâch ! ». Par Capron et Killoffer.

L'auteur de Rancho Bravo et de Chiquito La Muerte nous a habitués à des histoires décalées, gentiment déjantées. Cette fois, on a envie de dire qu'il s'est surpassé. Roseville, entièrement sous la coupe d'une sorte de dictateur éclairé déguisé en grand industriel sauveteur de la ville, il fallait l'inventer. Dans cette « bulle » vivant en totale autarcie, tout le monde mange, mâche et emploie du bubble gum. Il sert de nourriture exclusive mais aussi de matière première pour les bretelles de cartable comme les films de cinéma. Un « premier de classe », Roger, va vouloir inscrire son nom dans l'histoire et mettre ses connaissances au service de ce beau produit. Il gravit très vite les échelons du pouvoir et devient le bras droit de Rosemou, l'inventeur de la pâte à mâcher, mais aussi le tyran qui règne sur la cité. Commence alors une rocambolesque descente aux enfers qui va durer plus de dix ans, pendant laquelle « Monsieur Roger » va approcher la terrible vérité. Un conte presque moral, une histoire à la fois surréaliste et très politique où l'on reconnaît les qualités de Capron. Mais aussi un récit mis en images par l'un des créateurs de L'Association trop rare en BD : Killoffer. Traînant derrière lui une (injuste ?) réputation de dessinateur en retard, Killoffer a mis trois ans pour venir à bout de cette histoire. Le résultat est déconcertant. L'album se présente comme un moyen format en noir, blanc et... rose. Le rose étant la couleur de la pâte à mâcher qui est presque l'une des héroïnes de l'histoire. C'est original, esthétiquement discutable mais sûrement beaucoup moins innocent qu'il y paraît de prime abord. Viva Pâtâmâch est un récit dense, qui se prolonge sur 130 pages et nous propose une réflexion sur le pouvoir, le mensonge, la manipulation.
Entretiens avec Edmond Baudoin par Thierry Bellefroid
« Entretiens avec Edmond Baudoin », par Philippe Sohet, aux éditions Mosquito.

Récemment, quelqu'un me demandait quel était l'auteur de BD pour lequel j'avais le plus d'admiration. Sans réfléchir, un nom s'est imposé, un seul : Edmond Baudoin. Perplexité de mon interlocuteur. Il n'avait visiblement jamais entendu parler de mon auteur de bandes dessinées fétiche. Baudoin est en dehors du circuit commercial et le restera. Mais il n'est pas pour autant ce que l'on peut appeler un auteur « underground ». Il suit simplement sa voie. Ou plutôt son chemin, pour reprendre cette image qui traverse toute son oeuvre et dont il use tant et plus dans ces entretiens. Baudoin est un artiste, un vrai. La première chose que j'ai remarquée chez lui, c'est un trait, son trait. Ces dessins incroyablement simples que le pinceau compose à même la feuille, sans crayonné. A près de soixante ans, Baudoin est aussi un auteur en recherche perpétuelle. Il ne se contente ni d'une oeuvre prolifique (et dispersée) ni d'une pensée unique. Il cherche. Il interroge. Il nous interroge. Et surtout il nous émeut. Parce que Baudoin, ce n'est pas que ce trait extraordinaire qui m'a fasciné dès la première fois que je l'ai vu. C'est aussi -c'est surtout- un homme qui a mal aux hommes. Ecorché vif mais désespérément accroché à l'amour et à l'art comme à une planche de salut. Tout cela, je le savais ou peut-être je le sentais avant de lire ce livre d'entretiens. Car Baudoin se raconte dans ses BD et dans les livres auxquels il collabore comme illustrateur. Mais je ne me doutais pas un instant de la surprise qui allait être la mienne à la lecture de cette interview d'un peu plus d'une centaine de pages. Philippe Sohet fait preuve à la fois d'une connaissance encyclopédique de l'oeuvre du Niçois et d'une sensibilité indispensable pour entrer dans son univers. Résultat : Baudoin se raconte, avec une incroyable humilité, une sincérité sans doute encore plus grande que dans ses livres. Et il ne parle pas que de lui. Il parle des hommes et des femmes qui l'ont marqué -Pasolini, Le Clézio, Vargas, Giacometti, Tahar Ben Jelloun, Jean Genet, Kamel Kélif, Picasso, Nietzsche et tant d'autres. Il parle du monde autour de lui -l'Algérie d'hier et d'aujourd'hui, la violence, Vitrolles, Nice, Villars, Cuba, Beyrouth et l'Egypte. Il parle du corps, de la danse, de sa mère. (... « elle ne se souvenait plus que de trois airs et quand je les chantais, son oeil s'illuminait un peu (...) Là, vaguement, elle parvenait encore à frapper dans ses mains, à faire comme font les idiots ; il y avait quelque chose qui remuait en elle et c'était extraordinaire ! Naturellement, je chialais : je chantais, je riais. »)
La lecture de cet ouvrage ne peut laisser personne indifférent. Et si vous n'avez jamais lu une BD d'Edmond Baudoin, vous ne pourrez qu'avoir envie d'aller en acheter une après cette « confession » à la fois grave, sensible, émerveillée et douloureuse. Une confession qui vous fera entrer dans la musique intérieure d'un des auteurs les plus complets que la BD ait connus ces trente dernières années. Baudoin, ou l'éloge de la fragilité. Baudoin, ou l'homme que la courbe d'un chemin peut bouleverser. Baudoin, cet artiste qui a un coeur en forme d'encrier.
« Les cosmonautes du futur, le retour ». Par Larcenet et Trondheim. Dans la collection Poisson Pilote chez Dargaud.

Rien à dire, c'est du grand art. Le premier album était déjà d'une étonnante justesse de ton et d'un humour délicieux. Le second est tout simplement encore meilleur ! Bon, on croit qu'on ne nous aura plus ; on le sait, maintenant, que Gildas et Martina sont les seuls humains entourés de robots. Et pourtant, Larcenet et Trondheim nous retournent encore une fois comme une crêpe au gré d'un récit plein de fantaisie, d'humour potache et de rebondissements. Les trouvailles se succèdent à un tel rythme qu'on ne sait jamais ce que nous réserve la case suivante. C'est totalement jouissif et la lecture de l'album s'apparente plus à une plongée en apnée dans le cerveau fou de deux créateurs de délire qu'à la simple lecture d'une BD. Il y a des moments vraiment géniaux, comme la course-poursuite en vaisseau qui passe par le musée des Mawissiens puis par le métro avant de s'achever bêtement contre un réverbère. Il y a ce langage de cour de gosses qu'on avait déjà tant aimé dans le premier album (la première page avec la scène de la corde et la deuxième avec l'entrée en scène du professeur Vatter donnent le ton). Il y a cette tendresse parfois inattendue et tellement bien observée (quand Gildas sauve son emmerdeuse de soeur qui n'est pourtant qu'un robot). Bref, tous ces ingrédients de la comédie humaine croqués avec un humour généreux qui font de ces cosmonautes du futur un pur régal.
Le fusil dans l'eau (Jeremiah) par Thierry Bellefroid
« Le fusil dans l'eau », une aventure de Jeremiah, par Hermann, dans la collection « Repérages » des éditions Dupuis.

Bon, d'accord, Esra nous manque et ce ne sont pas deux motos qui nous la feront oublier. Mais en dehors de ça, il faut bien admettre que Jeremiah a connu de moins bonnes aventures. « Le fusil dans l'eau » est l'un des meilleurs albums de ces dernières années et prouve qu'on peut en être au tome 22 et ne pas s'essouffler (à méditer par certains, ça...). Hermann -que l'on sait infatigable travailleur et intéressé par le défi technique que peuvent lui amener ses nouvelles histoires- a de toute évidence eu envie d'autre chose. Il a opté pour le bayou et nous a concocté un récit faussement classique dans une famille bien glauque sur fond de marais nauséabond. Un secret convoité par des inconnus postés à proximité de la maison où se sont réfugiés Jer' et Kurdy, un secret qui sème la zizanie au sein même de leur famille d'accueil composée d'une galerie de portraits peu banale... un secret en forme de petit tas de billets verts, on s'en doute... et le tour est joué. Avec des ingrédients finalement assez simples, Hermann vous construit une ambiance à couper au couteau de boucherie, des atmosphères visuelles exceptionnelles (ce vert couleur malachite dans les marais, qu'on trouve un peu partout dans l'album mais que les pages 4 et 41 magnifient encore plus que les autres...), une tension exacerbée par des caractères forts et caricaturaux mais pourtant crédibles, une petite fille rousse qui louche, une grand mère nymphomane et imbibée... on ne s'ennuie pas à la lecture du « fusil dans l'eau ». On aurait plutôt envie de dire : « respect, Monsieur Hermann. Respect ».
« Kid Korrigan, Le physique de l'emploi » par Corbeyran et Lejonc. Chez Delcourt.

Difficile de savoir si cet album va trouver son public. Guy Delcourt a pris un risque sur ce coup-là (même si le nom de Corbeyran devrait suffire à attirer la curiosité de certains lecteurs inconditionnels du scénariste bordelais) mais on ne le lui reprochera pas. Avec Kid Korrigan, Eric Corbeyran boucle quelque part la boucle de son univers enfantin (Les Soupetard ou Sales Mioches) même s'il ne s'agit pas ici de BD pour enfants. Mais c'est dans la même partie de son imaginaire que le scénariste a puisé l'inspiration. A l'opposé du « Chant des Stryges », il a décapé ses idées à l'extrême, cherchant à toucher dans la simplicité. En sont sorties des histoires d'une planche proches de l'aphorisme et de la réflexion philosophique. Kid Korrigan est donc tout sauf un héros de BD. C'est un petit lutin qui converse avec un son ami dragon et se propose de nous faire sourire tout en nous faisant réfléchir. C'est délicieux, frais. Il n'y pas un mot de trop, c'est spirituel et chaque page ménage la surprise. Mais ne limitons pas le propos au scénario. Régis Lejonc a sa part de responsabilité dans la réussite de l'entreprise. Son dessin épuré et le recours aux seules couleurs proches du brun et de l'ocre assurent une cohérence et une efficacité aux « gags » (le mot ne convient pas tout à fait) imaginés par son comparse. On retrouve la stylisation et le trais épais que Régis Lejonc avait déjà développés dans l'une des deux histoires dessinées sur une adaptation de Corbeyran pour le collectif « Paroles de taulards » mais il y a ici un véritable travail de création d'univers et de recherche de simplicité qui font mouche. On espère que le public récompensera ce joli travail de duettistes.
« Arrêtez le carrelage », une aventure du Poulpe, par Patrick Raynal et Joe G. Pinelli. Chez 6 Pieds Sous Terre.

« Pour avoir le droit de poser son cul dans une Triumph, faut en connaître les entrailles à fond. Etre capable de diagnostiquer chacune des invraisemblables pannes...de tomber le moteur sur le bord de la route, et... après avoir rangé les pièces sur un grand mouchoir blanc, de le remonter tout en laissant assez de jeu pour que la mécanique vive librement. Tout en éliminant les vibrations intempestives. » Voilà le genre de phrases qu'on trouve au détour des pages du Poulpe. Ou encore « ce pays est trop beau, c'est sûrement qu'on lui veut du mal ». Faut-il encore présenter le Poulpe, succès incontestable de la littérature dont les éditions 6 Pieds Sous Terre ont entrepris l'adaptation en BD avec déjà 6 albums confiés à des tandems (ou trios) différents à chaque fois ? Cette fois, Raynal et Pinelli emmènent Gabriel Lecouvreur dit Le Poulpe en Bretagne. Il y a du vent sur la lande et des embruns le long des côtes, ça sent le petit village de pierre oublié pendant l'hiver et les goélands qui tournoient dans les nuages. Pinelli traduit exactement cette ambiance faussement bucolique qui convient au récit noir (comme la nuit dans laquelle le dessinateur aime tant se perdre), un récit lui-même moins important que les relations humaines dans lesquelles il plonge les protagonistes. Pinelli a en outre eu la chance de travailler avec l'un des pères spirituels du Poulpe (que Jean-Bernard Pouy a créé et qui a connu depuis 150 romans sous des plumes plus ou moins connues). Patrcik Raynal, auteur de romans noirs depuis vingt ans et directeur de la Série Noire de Gallimard depuis dix, connaît la musique sur le bout des doigts. Et ça se sent !
Un petit coin de paradis par Thierry Bellefroid
« Un petit coin de paradis » par Le Brun et Yeb, Comix N°19 des éditions du Cycliste.

Un très beau récit de 24 pages en noir et blanc qui nous prouve que ces auteurs sont prêts pour « le grand saut ». Le dessin de Le Brun est soigné et tourmenté à la fois. L'univers de Yeb lui fournit l'occasion d'en montrer l'étendue. Un homme émerge d'un étang, il est accueilli par son nounours qui l'entraîne dans une drôle de masure, genre maison hantée. Dedans, Franck, le héros, retrouve tous ceux qui ont compté dans sa vie. Et sous les yeux de Bolino -le nounours-, il règle quelques comptes avec son passé. Ce récit initiatique et onirique à la fois semble nous proposer une vision très personnelle du « paradis » (ou de l'enfer ? , se demanderont certains) On s'aperçoit à la fin qu'il était plus subtil que ça.
Sinatra par Thierry Bellefroid
« Sinatra » par Igort. Chez Amok.

Igor Tuveri sort de l'anonymat à la toute fin des années 70. Pendant la décennie qui suit, il collabore à de nombreux magazines avant de se tourner vers le marché japonais (il travaille pour Kodansha milieu des années 90) et la peinture. Le voilà qui réapparaît avec une BD d'une beauté stupéfiante, premier volet d'une trilogie noire en bichromie. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'Igort est là où on ne l'attendait pas ! Ce polar sombre dans lequel le héros opère une descente aux enfers proche du suicide pour tourner le dos à la solitude doit beaucoup à un traitement graphique absolument exceptionnel. Difficile d'ouvrir ce livre et de ne pas craquer. La bichromie basée sur l'utilisation du bleu ciel et du noir est à la fois surprenante et totalement maîtrisée. Il y a des pages qui exercent une véritable fascination sur le regard (dans les chapitres trois et cinq, surtout) à tel point qu'il faut prévoir deux lectures de cet album. La première n'épuise pas la force d'évocation du dessin. D'autant que la narration s'exprime aussi à travers un texte bien écrit et une mise en page très originale. Le lecteur en a donc pour son argent et explore sur les traces d'Igort des thèmes à la fois intimistes, graves, difficiles à traiter. Sinatra est un très bel album. C'est aussi une démonstration de ce qu'un grand dessinateur peut faire avec un mélange de lavis traditionnel, de pastel et de marqueur noir et du bleu. Remarquable !
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