Les 1231 critiques de Thierry Bellefroid sur Bd Paradisio...

Le canard de l'angoisse par Thierry Bellefroid
« Le canard de l'angoisse », album collectif. Aux éditions Fluide Glacial.

Comme le raconte très bien Gotlib dans l'avant-propos, il s'agit d'une variation sur le thème du cadavre exquis cher aux surréalistes. Variation car ici, chacun ne travaille pas dans l'ignorance de ce qu'ont fait les autres. Au contraire. Chaque nouveau dessinateur s'appuie sur ce qu'ont fait ses prédécesseurs et invente une suite de deux pages au récit qu'il reçoit. L'exercice -auquel tout le monde s'est livré au moins une fois, ne fût-ce qu'oralement- est évidemment hautement risqué. Et le résultat, comme prévu, n'a ni queue ni tête. Ce qui n'empêche pas quelques jolies trouvailles. A la lecture de l'album, on distingue d'ailleurs plusieurs styles d'auteurs. Il y a ceux qui continuent l'histoire -et tentent parfois de lui redonner un peu de sens, fût-ce dans l'absurde. Il y a ceux qui préfèrent inventer quelque chose : nouveau héros (ou nouvelle héroïne, comme c'est le cas de la Nadège inventée par Blutch et qui devient un personnage récurrent) ou nouvelle situation. Et il y a ceux dont le seul but est de foutre un peu le bordel. Ceux-là jubilent en réalisant une dernière case qui va mettre les autres dans l'embarras. A côté de ses défauts (l'absence totale de scénario est la principale) « Le canard de l'angoisse » recèle des qualités propres à ce genre d'albums et la moindre d'entre elles n'est pas de nous proposer un panorama complet des auteurs maison. Parmi eux se trouvent quand même quelques sacrées pointures. Les pages dessinées par Blutch, Goossens, Tha/Tharrats, Larcenet ou Gaudelette mettent en avant la double qualité des grands auteurs de Fluide Glacial : talent et personnalité. De la personnalité, le dessin des autres est loin d'en manquer. Qu'on prenne Maester, Solé, l'inimitable Binet, Moerell, Coyote, Tronchet, Ferri, Foerster, Carlos Gimenez, Lelong, Raynal... chacun a son style et pourtant, ensemble, ils forment une sorte d'école « Fluide ». Si cette fable délirante sur le bug de l'an 2001 a un intérêt, c'est bien celui de mettre en avant des signatures qui, ensemble, constituent une véritable écurie, une « marque de fabrique », celle que le magazine parvient à cultiver depuis 25 ans.
Le portrait ovale par Thierry Bellefroid
« Le portrait ovale » par Pascal Somon et Edgar Allan Poe. Chez Nucléa.

Paru au format italien, ce livre illustre l'une des Nouvelles Histoires Extraordinaires d'Edgard Allan Poe. Pascal Somon a eu la bonne idée de placer le texte original intégral en guise d'avant-propos. Le lecteur aura l'occasion de le lire (ou de le relire, pour ceux qui, comme moi, ont fait des Nouvelles Histoires Extraordinaires d'Edgar Poe l'un de leurs livres de chevet !) avant ou après avoir découvert son adaptation en BD. Mais faut-il parler de BD ? Dans les premières pages, oui, pas de doute. L'agencement des séquences muettes est pleinement un récit de bande dessinée. Nulle référence au texte de Poe, pas de phylactères non plus, l'exercice est presque gratuit. Une mise en bouche, en somme, qui doit nous faire accepter d'entrer dans un univers post-moderne différent de celui imaginé par l'auteur. Transposer Poe dans un cadre SF, pourquoi pas ? Mais surtout... pourquoi ? En avait-il besoin ? Le récit ne se suffisait-il pas à lui-même ? Manquait-il de modernité ? La réponse est non. Le choix de Pascal Somon est donc tout à fait personnel. Il débouche sur un univers bilalien qui épouse le style et les couleurs du « Maître » avec ce qu'il faut de maladresse pour ne pas supporter la comparaison. Bilal, bon prince (ou flatté de voir un dessinateur de dix ans son cadet le prendre pour modèle ?) a signé la préface. Mais le malaise est certain. A la lecture de cette belle histoire, on ne peut s'empêcher de penser que l'auteur frise le plagiat. En revanche, le choix des extraits du texte original mis sous forme de récitatifs dans l'album est assez judicieux. Il permet d'avoir les clés pour comprendre l'histoire, d'approcher la sonorité de Poe sans entrer dans la longueur du texte. Il ne fera pas nécessairement oublier que de la BD, on glisse dangereusement vers l'illustration, avec tout ce que cela comporte de risques de redondances. Le fait d'avoir transposé le texte dans le futur ne suffit pas à lui apporter une valeur ajoutée. En outre, on peut se demander pourquoi l'auteur s'est senti obligé de transformer le portrait ovale (qui donne quand même son titre à l'histoire) en portrait rectangulaire... Bref, je reste très perplexe devant cette adaptation, d'autant que Pascal Somon n'est pas un débutant.
« Quatre saisons en enfer », tome 2 de « John Doe » par Henriet, Baloo et Besson.

Où l'on apprend l'origine du nom du héros. John Doe, nom donné aux Etats-Unis aux cadavres non-identifiés. J'ai presque envie de dire que l'intérêt de l'album s'arrête là. Quelle déception, après un premier tome qui nous proposait une course-poursuite délirante après un oeil de verre emporté par un chat et sur lequel devait remettre la main un tueur à gages. L'oeil avait chu d'un toit dans la cuisine d'un fabricant de pizzas à domicile et notre tueur avait passé tout l'album à pister les pizzas pour retrouver son précieux butin. Rythme et découpage proches du dessin animé, « Une pizza à l'oeil » m'avait beaucoup amusé. Et voilà que le tome deux vient poursuivre l'histoire sur un mode mi-sérieux mi-parodique qui ne convainc guère. La caricature de jeune parrain maffieux qui lance ses tueurs aux trousses de John Doe est poussée un peu loin ; on est dans les poncifs du genre jusqu'au cou et les gags s'empilent avec beaucoup de lourdeur. Le dessin reste efficace dans ce genre course-poursuite où la vitesse d'action doit s'imposer au lecteur, mais les scènes plus calmes semblent presque incongrues. Comme un soufflé qui retomberait avant la fin du déjeuner. Il faut dire que la mise en couleur ne fait pas dans la dentelle non plus. Bref, au tome trois, on saura si c'était le creux de la vague...
Les laminoirs (Zorn & Dirna) par Thierry Bellefroid
« Les laminoirs » tome 1 de la série Zorn & Dirna. Par Morvan, Bessadi, Trannoy et Color Twins. Chez Soleil.

Rien que pour la dernière case, on ne regrettera pas d'avoir lu l'album. Mais cet amusant clin d'oeil ne doit pas cacher que l'histoire est traversée de membres humains tranchés sans vergogne. C'est vrai que Jean-David Morvan a trouvé une belle idée. Et si la mort disparaissait, comment ferions-nous ? Que ferions-nous des corps fatigués, des vieillards impotents... mais néanmoins survivants ? Morvan va plus loin, puisqu'il imagine le terrible pouvoir qu'auraient dans ce monde-là deux petits gosses, seuls êtres capables de donner la mort. Et il s'amuse à imaginer leurs réactions face à ce pouvoir. Comment résister à l'envie d'en abuser ? Comment apprendre à en faire un usage généreux ? C'est tout cela que l'on trouve dans ce scénario qui combine originalité et aventure. On regrettera que la transcription de ces bonnes idées sur la feuille à dessin n'aie pas résisté à une spectaculaire débauche d'hémoglobine et d'images morbides, qui tombent parfois comme un cheveu dans la soupe au milieu du graphisme gentiment « manga » des deux dessinateurs. Les planches 15 à 21, par exemple, sont particulièrement « saucées ». Mais en dehors de ce petit bémol, la lecture de cette nouvelle série est un bon moment que l'on espère prolonger dans le futur.
« Beau-Ténébreux », tome 3 de la série Plume aux Vents, par Cothias et Juillard. Chez Dargaud.

Il n'est pas de pire lieu commun que de souligner les talents de grand dessinateur de Juillard. Pourtant, c'est le premier mot qui me vient à l'esprit à l'heure d'écrire ces quelques lignes. Par un dimanche pluvieux, je viens de relire les deux premiers tomes de Plume aux Vents avant de dévorer le « petit nouveau ». Et j'avoue que j'en reste pantois. D'autant que ce nouvel album comporte huit pages de croquis et crayonnés pour la possession desquels n'importe quel amateur de dessin serait prêt à échanger père et mère (je parle des originaux, hein, n'exagérons tout de même pas). Bref, André Juillard est un grand. Un très grand. Et on comprend qu'il ait fait école, car son style est aujourd'hui devenu une véritable référence pour de (trop ?) nombreux dessinateurs. Aucun n'arrive pourtant à rendre aussi habilement toute la justesse des décors, des costumes ou des attitudes d'une saga historique qui mène ses personnages de l'Auvergne des années 1600 (Les 7 vies de l'Epervier) à l'immensité des Amériques trente ans plus tard. Aucun ne parvient non plus à tracer des lignes d'une telle fluidité, à masquer le travail et la rigueur derrière une apparence de clarté innée. Aucun ne peut rivaliser avec ce souci du détail qui jamais ne handicape la lecture, ou ne prend plus de place qu'il ne le doit.

Mais Plume aux Vents n'est pas qu'un chef d'oeuvre graphique. La suite des « Sept vies de l'Epervier » (on devrait dire : la suite « officielle » puisque comme chacun sait, Cothias a proposé chez Glénat et en compagnie d'autres dessinateurs Ô combien moins talentueux une série d'extensions à cet univers... sans compter un complément sous forme de romans déjà abondamment annoncé) est un récit magnifique, peut-être plus captivant encore que le précédent. Il y a dans Plume aux Vents des ingrédients que l'on retrouve ailleurs, notamment dans « Les pionniers du Nouveau Monde » de Jean-François Charles (et consorts...) mais l'histoire raconte davantage qu'une saga plus ou moins bien documentée sur les colons français des Amériques. Les personnages arrivent dans ces immensités et auprès des Indiens avec un vécu irremplaçable, qui leur donne cette profondeur et cette aura inimitables. La densité des caractères et des situations, la rigueur d'une documentation qui sait se faire oublier tout en étant à l'origine de quelques-unes des meilleures trouvailles de série (la fellation inconnue des Indiens pratiquée par « Gorge-Chaude » ou l'homosexualité acceptée qui permet la création d'un personnage aussi atypique que « Beau-Ténébreux »), tout cela fait aussi partie des recettes du succès. A tel point qu'on donnerait cher pour qu'André Juillard délaisse Blake et Mortimer (où il se force à être un autre) pour ne se consacrer qu'à Plume aux Vents. D'aucuns diront qu'après plus de vingt ans (si l'on tient compte des années « Masquerouge »), il a le droit de vouloir élargir son univers. Bien sûr, et ses albums solo (Le cahier bleu et Après la pluie) sont là pour en témoigner. Mais quand on a la chance de dessiner une série qui a su sans cesse changer de décors et rebondir sans jamais lasser...
« Le paradis des cailloux », premier tome de Samedi et Dimanche, par Vehlman et Gwen. Dans la collection Poisson Pilote des éditions Dargaud.

Comme c'est le cas pour la plupart des titres depuis le lancement de la collection, on ne rira pas aux éclats à la lecture de cet album, qui n'est pas un album de gags mais plutôt d'humour décalé, gentiment destiné à nous faire réfléchir tout en nous faisant sourire. Samedi et Dimanche (allusion au Vendredi de Robinson Crusoë pour ceux qui sont du genre à avoir besoin de sous-titres quand ils regardent un film en français !) sont deux petites bestioles charmantes. Samedi est un lézard rouge et Dimanche, un lézard vert. C'est le rouge qui va lancer le duo dans une folle course aux questions, un jour qu'il s'en pose des milliers à propos de tout et de rien (surtout de rien). L'album aurait pu s'appeler la course aux questions car la « questionnite aigüe » de Samedi est un excellent prétexte pour faire sortir nos deux lézards d'un quotidien un peu trop bien réglé. Ils vont rencontrer des réponses souvent très relatives en chemin, semer le doute chez Roberto, leur ami philosophe (excellent, le dialogue de la planche 20), mais aussi courir des jours et des nuits derrière de stupides puces sauteuses nommées a-bou-ga ou hésiter à se laisser pétrifier par le bonheur et j'en passe. Tout cela est plein d'une imagination débordante et joyeuse. Il y a des dialogues franchement savoureux entre les deux personnages principaux. Et des situations visuelles qui fonctionnent parfaitement. Peut-être Vehlamn est-il ici un peu moins bon que dans l'excellent « Green manor » récemment paru chez Dupuis avec Bodart au dessin, mais il reste si agréable à lire qu'on le lui pardonne aisément !
Au passage du Pourquoi-Pas par Thierry Bellefroid
« Au passage du pourquoi-pas » par Stanislas et Baraou. A L'Association.

Tout est permis au Passage du pourquoi-pas. Tout y est permis parce que le lieu est vierge. Le passage du pourquoi-pas, c'est une feuille blanche en forme d'impasse ombragée. Anne Baraou y jette des choses et des gens -des gens surtout, quoique le terme « gens » soit peu approprié à certains des personnages de ces courts récits- et leur invente des possibles. Au jeu de la mise en images de ces rêves étranges tantôt surréalistes tantôt gentiment terre à terre, on retrouve un dessinateur qu'on adore : Stanislas. Avec sa ligne claire en noir et blanc et ses petits nez pointus, il sait comme personne nous rendre vrai ce lieu de pure création littéraire. Un régal de finesse, tant dans le dessin que dans l'écriture. Car les petites phrases qu'Anne Baraou a délicatement ciselées tout au long de cet ouvrage sont comme des perles qu'on aligne en collier.
« Bon millénaire m'sieur Luberlu ! », premier tome de « Moustic », par Moski. Chez Dargaud.

La relève de Boule et Bill commence à pointer le nez, chez Dargaud. A côté de l'excellent Jules d'Emile Bravo ou du Merlin de Sfar et Munuera, voici, une vraie BD pour enfants qui convainc d'emblée. Il faut signaler que comme les deux précédentes, elle se présente sous forme d'histoires complètes et non de gags. Les tentatives du genre semblent jusqu'ici nettement moins convaincantes, mais n'est pas Roba qui veut...
Moustic est une histoire à la fois drôle et tendre, aventureuse et onirique. Grâce à l'irruption du fantastique dans son récit, Moski renverse toutes les situations et relance constamment le rire et l'attention du lecteur. Sa recette ? C'est un petit animal, Ratzy, qui ressemble à un fennec mais qui n'est autre qu'un Ratapus, une bestiole donnant vie aux objets sur lesquels elle éternue. Avec cet animal à ses côtés, Moustic peut vivre les aventures les plus folles et les plus merveilleuses. Il y a un petit côté marsupilami dans la création de ce quadrupède. Mais la comparaison s'arrête là. Pour le reste, on retrouve un humour parfois proche de celui de Jojo (de Geerts, chez Dupuis) sans pour autant que Moustic soit « pompé » sur qui que ce soit. Les situations sont cocasses, les personnages attachants et la deuxième histoire (il y aura dans chaque album une première histoire de 38 pages et une seconde, plus courte, dans laquelle Moustic essaiera de se trouver une « nouvelle » maman), bien que moins aboutie, est assez mignonne. Vous l'aurez compris, pour un premier album, il s'agit d'une jolie surprise.
« Comme s'il en pleuvait », tome 5 de Monsieur Jean, par Dupuy et Berberian. Aux Humanos.

Que n'a-t-on pas encore dit ou écrit à propos de Monsieur Jean ? Désormais élevé au rang de « classique de la BD », l'écrivain imaginé par Dupuy et Berberian poursuit son petit bonhomme de chemin après une aventure hors-format dans la collection Tohu Bohu désormais dirigée par ses concepteurs. Et ce que de nombreux lecteurs pensaient impossible il y a trois ans à peine s'est matérialisé sur la feuille : Monsieur Jean est papa. Un papa qui connaît quelques moments de doute et de frustration dans la grande ville de New York, seul avec sa fille, pendant que Cathy, sa compagne, semble avoir trouvé le parfait équilibre.

Mais bien vite, cet univers un peu trop ronronnant se peuple de personnages connus et de repères géographiques parisiens : Jean rentre dans la famille. Et sa famille, chacun sait qu'elle ne s'arrête pas à papa-maman. Félix, Madame Poulbot et les autres sont de retour. Tous, dans des situations où on ne les attendait pas. Le miracle opère. On se laisse emporter par la dépression de Madame Poulbot et sa riposte énergique. Ou par les rêves de music hall de Félix, décidé à ressusciter Fernand Reynaud sur scène pour retrouver une santé financière... et conserver la garde du petit Eugène. On rit des dialogues en « kotop » du même Eugène, le roi de la « gameboa ». On s'amuse du quiproquo qui enflamme les medias au moment de la sortie du troisième roman de Jean. On compatit devant les lourdes tentatives de drague de Félix. Le dessin, lui, est toujours aussi beau (les premières pages new- yorkaises viennent rappeler tout le talent d'affichistes de Charles et Philippe !). Il donne toute sa mesure dans les scènes de rêve (ou de cauchemars ?) qui traversent l'album d'un bout à l'autre. Entre fantaisie et observation, nos compères connaissent la musique. Mais ils ajoutent cette fois un poil de gravité qui leur va bien. Les grands-parents collabos de Félix viennent bousculer les certitudes et nous interroger sur la valeur de l'argent. Le bonheur n'est pas dans le pré. Mais dans l'amour. Et ça, Dupuy et Berberian le savent depuis longtemps.
« Le dernier printemps », premier tome de « Amours fragiles », par Beuriot et Richelle. Chez Casterman.

Philippe Richelle ne se contente pas de l'excellente série « Les coulisses du pouvoir » avec son complice Jean-Yves Delitte (avec qui il a déjà réalisé « Donnington » paru chez Hélyode). Son autre complice, Jean-Michel Beuriot, avec lequel il a fait les beaux jours d'(A SUIVRE) est de retour. A deux, ils signent l'un des plus beaux albums de l'année. Certainement la plus belle histoire sur fond de guerre depuis l'inoubliable « Sursis » de Gibrat. Avant toute chose et comme le titre de la série l'indique, c'est une histoire d'amour que Richelle a voulu raconter. Et pour cela, il nous parle d'abord d'une liaison adultérine qui lie un soldat de l'armée allemande à une Française, sous l'occupation. Très vite, cependant, cette histoire cède le pas à un long flash-back. Il durera tout l'album.

1932. A Berlin, le soldat du début d'album n'est encore qu'un adolescent boutonneux, timide et pétri de littérature. Il s'appelle Martin Mahner. Son père est un sympathisant nazi notoire. Et il n'est pas le seul. Mais Martin veut croire en des lendemains meilleurs et refuse la doctrine d'Hitler. Richelle plante admirablement le décor. La famille Mahner est emblématique. Un fils adolescent que ses lectures, ses fréquentations et son idéal poussent à rejeter le fascisme. Un père qui n'a pas digéré les humiliations subies par l'Allemagne et qui suit les rêves d'Hitler comme des rêves de revanche sur l'Histoire, mais qui aura ses doutes, aussi, quand viendra l'heure. Et une mère effacée, qui prend le parti du silence. Beaucoup plus subtils qu'il y paraît, beaucoup plus fragiles aussi, les Mahner incarnent parfaitement la famille type d'Allemands d'avant-guerre. Et leurs voisins juifs tombent à point nommé pour ébranler leurs petites certitudes. Le talent de Richelle est de distiller tout ça sur fond d'histoire d'amour impossible. Avec un héros tiraillé entre sa timidité, ses convictions, son amour absolu et l'honnêteté qui le conduit à ne pas céder aux avances d'une femme qu'il n'aime pas. Les rôles sont distribués avec beaucoup de justesse et joués avec une grande sensibilité par les protagonistes. Le contexte est parfaitement exploité sans être pesant. L'histoire, magnifique, ne magnifie personne et fait la part belle aux petites (et grandes) faiblesses dont sont victimes les hommes lorsqu'ils doivent faire face à des périodes aussi troublées. Bref, ces 84 premières planches somme toute assez tragiques se lisent d'un trait et vous emmènent dans une Allemagne à la fois peu sympathique (l'incident qui oppose Karl Erlinger à Martin et Katarina en dit long sur le climat de l'époque) et fascinante. Le dessin de Beuriot privilégie limpidité et ambiances. Ses couleurs rappellent le travail de Juillard (sur « Le cahier bleu » et plus encore sur « Après la pluie ») mettant en avant une palette d'aquarelle simple et presque nostalgique. Certaines pages sont magnifiques. Principalement la scène du ballon, au début (planches 7 et 8) et l'impression générale que laisse l'album est celle d'être entré, le temps de sa lecture, dans un monde subtil, complexe... et vrai !
« Imaginaire : 1/Raison : 0 », tome 1 de « Norbert l'Imaginaire », par Guéret et Vadot. Dans la collection Troisième Degré des éditions du Lombard.

Deuxième livraison de Troisième Degré. En attendant l'arrivé de Foerster et de ses « Silex Files » qui risquent d'être décoiffants. Aux commandes de ce « Norbert », deux jeunes auteurs pas forcément inconnus, du moins en Belgique. Nicolas Vadot écorche l'actualité chaque semaine dans le magazine « Le Vif L'Express » qui est la version belge de L'Express français. Et Olivier Guéret est un critique de cinéma reconnu. Ensemble, ces deux faux débutants ont donc voulu donner vie au rêve que nourrissait Nicolas Vadot : entrer dans l'usine que constitue un cerveau. Et pas n'importe quel cerveau, celui de Simon Glonek, leur héros. Jouant sur les codes (notamment le rouge des verres de lunettes de Simon) pour permettre au lecteur de s'y retrouver, les auteurs s'amusent à passer du dedans au dehors. C'est une gymnastique un peu éprouvante au début, mais elle devient vite automatique. A l'intérieur du cerveau de Simon, on trouve de tout : exécutants, dictateur, comité d'éthique, prisonnier politique, monstre et unités anti-terroristes. L'idée n'est pas totalement neuve. D'autres ont exploré les recoins du « mental » humain et se sont permis de jolies allégories du genre. Mais Vadot et Guéret vont plus loin. Avec cette histoire où amour et logique s'affrontent comme s'affrontent le Capitaine et Norbert (ou l'hémisphère droit et le gauche), ils tentent de rejouer le petit théâtre du monde. On est donc aussi bien en prise avec l'extérieur à l'intérieur du cerveau de Nora ou de Simon que « dans la vraie vie ». On y trouve les mêmes ingrédients : complots, répression, presse.. tout ce que Vadot aime croquer lorsqu'il ne fait pas de la BD ! Bref, Norbert l'imaginaire est à la fois une fable, une métaphore et un exercice de style. Il lui manque peut-être un petit quelque chose pour devenir émouvant. Car si l'on salue l'imaginaire des auteurs (et leur humour parfois salvateur qui s'exprime tant au travers de jeux de mots souvent tordus qu'au travers de joyeux délires sur les paroles de Joe Dassin) on cherche en revanche un peu d'émotion pure dans tout ça. Parfois proche d'un monde comme celui de Rêverose, Norbert reste avant tout une démonstration. C'est son seul défaut.
La meilleure des mères (Murena) par Thierry Bellefroid
« La meilleure des mères », tome 3 de la série Murena. Par Dufaux et Delaby. Chez Dargaud.

Album après album, Philippe Delaby confirme qu'il a de l'or dans les doigts. Son style est classique, certes, mais saisissant de réalisme. Dans ce troisième volume, le dessin s'est encore affiné, fourmillant de détails tout en restant d'une grande lisibilité. Quant à l'histoire, calquée sur l'Histoire... elle se suffit à elle-même ! Jean Dufaux a choisi de raconter la Rome antique dans tout ce qu'elle a de plus effrayant et fascinant à la fois. Néron et Agrippine : fameux casting ! On est constamment surpris par la cruauté, l'absence totale de scrupules des personnages, par la soif de pouvoir et de sang qui les domine, par le peu de valeur d'une vie. Au bout de ce troisième tome, j'avoue être totalement réconcilié avec un genre qu'Alix semblait avoir figé pour l'éternité et que ce duo renouvelle... en puisant à la source. Rien à dire, c'est du beau travail !
Vestiges (Le chant des Stryges) par Thierry Bellefroid
« Vestiges », le tome 5 du Chant des Stryges, par Corbeyran et Guérineau. Chez Delcourt.

Mais qu'est devenue Isabelle Merlet ? On lancerait bien un avis de recherche tant l'absence de la coloriste du Chant des Stryges se ressent à la lecture de cet album ! Remplacée par Ruby, Isabelle Merlet a donc quitté le navire après quatre albums. Et le résultat, pour cet avant-dernier tome du premier cycle, est une mise en couleur avec des effets qui se veulent modernes mais qui sont d'une désespérante platitude. Dommage. Pour ma part, ces visages lisses comme Michael Jackson sortant d'un lifting et entourés d'un halo clair autour des yeux m'ont un peu gâché le plaisir. Enfin, ne résumons pas cet excellent album à sa mise en couleur, ce serait lui faire injure. L'histoire, comme toujours, est captivante. Et Corbeyran est de moins en moins chiche sur les apparitions de Stryges, que Guérineau transforme à chaque fois en grands moments de BD. Les trois « pôles » de l'enquête suivent chacun leur piste... et accumulent des points. L'Ombre d'un côté, Josh et Graham de l'autre, Nivek au milieu ; les morceaux du puzzle commencent à s'assembler. D'autant que Corbeyran ménage dans cet album un petit retournement d'alliance qui donnera du sel au dernier épisode du cycle. On attend ça avec impatience, comme on attend une quatrième série dans l'univers strygien, annoncée pour la fin 2001. Au dessin, on trouvera Marc Moreno, dont les clients de Canal BD peuvent voir en avant-première quelques dessins dans l'album hors-collection intitulé « Les Stryges, mythes et réalités », joint au tome 5 dans un très joli coffret.
Rural ! par Thierry Bellefroid
« Rural ! », par Etienne Davodeau. Dans la collection Encrages des éditions Delcourt.

Il fallait le faire et il l'a fait. Davodeau, le plus « social » de nos auteurs de BD, le Ken Loach du neuvième art, est tout simplement passé au stade du documentaire. Le terme reportage serait inexact. Comme dans le documentaire, il y a ici une notion de longueur dans le temps, mais aussi de point de vue personnel qui vont au-delà du reportage. Pourtant, la méthode de départ est la même : s'immerger, avec un carnet et un crayon, dans une réalité et la décrire.

J'avoue ne pas être un spécialiste de l'agriculture et encore moins du bio. A ce sujet, chaque page de cet ouvrage, ou presque, m'a appris quelque chose. Etienne ne s'est pas contenté de raconter l'histoire de ces quelques agriculteurs et habitants menacés d'expulsion par la construction d'une autoroute. Par un travail de fourmi, il a réussi à nous faire pénétrer leur univers au jour le jour. Le résultat, c'est un album de près de 140 pages réalisé en plusieurs mois, une plongée rurale comme l'indique son titre, qui ne laissera pas le lecteur indifférent. Pour moi, l'objectif est atteint. Non seulement je ne me suis jamais ennuyé (Davodeau distille parfaitement les informations « didactiques »), non seulement j'ai appris beaucoup de choses, non seulement j'ai lu cette BD de la même manière qu'une fiction (ce qui veut dire qu'on y trouve les mêmes ingrédients : suspense, trame, personnages, etc...) mais en plus je me suis attaché à son univers, ses protagonistes, son propos.
Avec « Rural ! », Etienne Davodeau ne fait oeuvre ni de journaliste, ni de cinéaste, ni d'écrivain, ni même d'auteur de BD. Il fait tout ça à la fois !
La mission (Wayne Shelton) par Thierry Bellefroid
« La mission », tome 1 de Wayne Shelton, par Van Hamme et Denayer. Chez Dargaud.

Bruno Brazil est de retour ! Il s'appelle Wayne Shelton. Scénariste : LE faiseur de best sellers, Jean Van Hamme. Dessinateur : Christian Denayer. Après le dessin assez mièvre de Génération Collège, le père de Yalek, des Casseurs et d'Alain Chevallier renoue avec les scènes d'action et les gros camions (y compris sur la couverture, d'ailleurs). Rien à dire, ça lui va mieux. D'autant que Van Hamme lui a concocté une histoire sur mesure.
Parti d'un fait réel, le scénario est donc un hommage à peine déguisé à feu Bruno Brazil. Ce n'est pas la première fois que Van Hamme louche sur l'oeuvre de Greg. C'est peut-être la première fois qu'il s'en inspire aussi ouvertement. Le héros, un moustachu (c'est rare, de nos jours, parmi les héros de BD) aux tempes grisonnantes qui quitte rarement son imper, accepte un très juteux contrat dont l'objet est la libération d'un Français prisonnier dans une petite -et fictive- république de l'ex-URSS. A la manière du Commando Caïman, Wayne Shelton va se constituer une équipe pour partir à l'assaut de la forteresse. Il va même mettre tout l'album à la constituer, cette équipe. Un joli prétexte pour nous emmener un peu partout et nous distiller du frisson et de l'action à toutes les pages. Problème : le héros n'est pas très sympathique. Et tout ça ne « sue » pas l'humour. Mais Jean Van Hamme connaît son affaire. Wayne Shelton devrait rencontrer le succès. Et donc... d'autres épisodes après l'inévitable N°2 ?
« Pourquoi cette nuit est-elle différente des autres nuits ? », tome 1 de la série « Les olives noires » par Sfar et Guibert, dans la collection « Repérages » des éditions Dupuis.

Personne n'a oublié « La fille du professeur », qui avait révélé l'immense talent graphique de Guibert et l'imaginaire débridé de Joann Sfar au grand public. Aujourd'hui, tout le monde apprécie leur contribution essentielle au renouvellement de la BD française. En solo, en duo ou en association à géométrie variable, Joann multiplie les projets et ne cesse de surprendre. Plus discret mais tout aussi intéressé par le fait de travailler avec des partenaires qui sont avant tout des amis, Emmanuel a prouvé qu'il était l'un de ceux avec lesquels il faudrait compter dans les années à venir. « Le Capitaine écarlate » et « La guerre d'Alan » ont assis son talent. Il manquait toutefois encore l'album où ces deux-là pourraient livrer ensemble le meilleur d'eux-mêmes. Et ce n'est pas avec cet album qu'ils arrivent mais carrément avec une série dont ce « Pourquoi cette nuit est-elle différente des autres nuits ? » n'est que le prologue. Un prologue magistral, touchant, drôle, caustique, magnifiquement mis en scène et « joué » par les personnages qu'Emmanuel a mis sur le papier.
« Les olives noires », c'est du Sfar pur jus. On y retrouve à la fois une prédilection pour l'histoire juive, un ton résolument moderne, un traitement mêlant parfaitement humour et émotion. Mais l'album ne serait pas le même sans l'intelligence et la sensibilité qu'apporte Emmanuel Guibert. Un gaufrier basique à six cases, un dessin qui s'approche des visages et nous fait partager émotions, frayeurs, interrogations et même... humour. Et tout ça sans le moindre artifice. C'est ça, Guibert. L'efficacité au service de l'histoire, la mise en scène confiée au seul crayon et non au tube de colle... Résultat, un album vibrant, vivant, léger et grave à la fois, qu'on a envie de relire aussitôt refermé.
Il y a dans le traitement des deux soldats déserteurs un humour désespérément salutaire. Pour nous faire « avaler » l'injustice de ces deux Gaulois enrôlés de force dans l'armée romaine et craintifs face au sort qui les attend, Sfar choisit la carte de l'humour (et de l'amour). Cette légèreté dans le désespoir, cette façon de rire dans le malheur (ils se font quand même circoncire, les pauvres) est sans doute l'une des manifestations de l'humour juif qui caractérise Joann. S'y ajoute ici une volonté de traiter de l'Histoire antique avec un langage contemporain. Ce traitement amplifie encore le côté décalé, drôle mais aussi personnel de l'album. Emmanuel Guibert apporte sa pierre à l'édifice. Ses deux soldats sont terriblement expressifs, proches de nous aussi (l'un des deux est même une copie assez conforme de Christophe Blain). Quant au héros, le petit garçon qui a perdu sa maman (comme Sfar, voir interview sur ce site !) et que le destin va à son tour séparer de son père, il prend des traits proches de ceux que l'on pourrait prêter à Sfar lui-même, enfant. Dans un jeu de zoom avant délicat et dosé, Guibert nous rapproche de ses yeux, de ce regard pur et triste à la fois, bouleversant d'humanité. Il n'y a qu'à lire les quatre cases reprises en quatrième de couverture pour voir à quel point ces deux-là ont du talent quand ils conjuguent leurs qualités respectives !
Rapaces - tome 3 (Rapaces) par Thierry Bellefroid
« Rapaces III » par Dufaux et Marini. Chez Dargaud.

Difficile de nier le talent époustouflant d'Enrico Marini. Le dessinateur de Rapaces le prouve cette fois encore : il sait tout faire. Et il dessine les ambiances, campe les couleurs directes, travaille les lumières comme personne. Rapaces vaut avant tout pour ce témoignage d'un grand dessinateur qui, en plus des qualités que je viens de citer, est aussi un maître des scènes d'action. Chaque page est remarquablement équilibrée, nourrie d'un rapport à la couleur qui ne cesse de s'affiner au fil des albums. Pour le reste, ce troisième tome est clairement un album de transition. Le scénario ne fait pas de surplace, mais il n'avance pas à pas de géant pour autant. Dufaux s'amuse quand même au passage. « Ses » créatures en viennent à se demander s'il ne serait pas temps de préserver la race humaine dont les derniers specimens sont en voie d'extinction. A part ça, pour résumer l'ensemble, disons que les forces du mal se livrent un combat sans fin, ce qui permet à Marini de continuer à dessiner les combattants dans des tenues de latex ultra sexy en leur faisant des biscottos d'enfer. Bref, tout le monde est content.
« Farces macabres », tome 2 de Comptine d'Halloween, par Callede, Denys et Hubert. Dans la collection Sang Froid des éditions Delcourt.

Deuxième volume de cette trilogie très hollywoodienne. Betsy continue sa descente aux enfers. Les cadavres se ramassent à la pelle dans cet album où l'on commence à comprendre ce qui motive le tueur. Il faut dire que l'histoire démarre par un flash-back qui permet de mieux saisir ce que les auteurs avaient jusque-là volontairement laissé dans l'ombre. Tout comme le premier opus, ce deuxième tome nous emmène dans une histoire de serial killer à l'américaine, bourrée de références cinématographiques et de clichés, mais qui fonctionne grâce à un bon découpage et à son personnage central, la fragile comédienne prise dans une toile aux enjeux inquiétants. Le suspense est bien construit. Et sans parler de chef d'oeuvre, on recommandera la lecture de ces deux albums aux fans de films du genre et de romans de Stephen King.
« De cendre et d'or », tome III de la série « Le Triangle Secret », par Convard, Falque, Gine, Kraehn, ... Chez Glénat.

Annonçant discrètement la mise en place de la collection « La loge noire » confiée à Didier Convard, ce tome trois a pour invité Jean-Charles Kraehn. Comme ses prédécesseurs, il offre un panorama de deux mille ans de duperie en postulant que l'Eglise a toujours caché ce qu'on pourrait appeler « le mensonge originel » : Jésus a envoyé son frère jumeau sur la croix. Partant de là, intrigues de pouvoir et documents secrets (dont le Cinquième Evangile écrit de la main du Christ) vont se croiser pendant des siècles jusqu'à ce qu'un historien par ailleurs franc-maçon se mêle de découvrir la vérité. L'intrigue construite par Convard est solide, même si ce troisième album est celui qui me semble le moins utile au récit. On reste cependant captivé par cette enquête policière menée par-delà les siècles et par les personnages principaux tout à fait crédibles dans leurs rôles respectifs. Dommage que le dessin de Falque ne convainque pas davantage. Dommage que le propos certes sérieux mais pas pour autant dénué d'intérêt soit parfois un peu noyé par un intellectualisme forcené. Pour le reste, rien à dire, on attend d'avoir les sept albums de la série en mains pour les relire d'une traite !
Petits miracles par Thierry Bellefroid
« Petits miracles », par Will Eisner, chez Delcourt.

Si vous ne croyez pas aux miracles, peut-être conviendrez-vous qu'il est temps de revoir votre jugement à la lecture de cet album. Ici, les miracles n'ont pas grand chose à voir avec la foi. Ils se produisent presque à l'insu de tous et prennent l'apparence « d'heureux hasards » (mais s'agit-il vraiment d'autre chose ?). Eisner décrit comme personne les rues et les gens de son enfance new yorkaise, campant des personnages et des situations qui flirtent avec le merveilleux. C'est d'une poésie et d'un génie confondants. Il faut dire qu'Eisner n'a plus de leçon de dessin à recevoir de personne depuis quarante ans, au moins. Sa patte, qui élimine tout élément inutile de la page pour se concentrer sur la lisibilité du sujet, est l'une des plus belles qui soit. Difficile de ne pas aimer.
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