Les 1231 critiques de Thierry Bellefroid sur Bd Paradisio...

Rodrigo (Bois-Maury) par Thierry Bellefroid
« Rodrigo », tome 12 de la série « Bois-Maury ». Par Hermann et Yves H. Chez Glénat.

Sans doute le plus bel album depuis les débuts des « Tours de Bois-Maury », en 1984.

Avant de le lire, je l'ai feuilleté, page par page, pour le plaisir d'entrer dans le dessin d'Hermann. Les couleurs, comme à l'accoutumée, sont un véritable régal, même si de temps à autre, il m'a semblé qu'un rien moins de bleu n'eût pas nui à l'ensemble. Mais il y a surtout ces cases magiques où l'on se dit que personne ne peut faire mieux. L'arrivée à Tolède, page 8 ; les rêves de Rodrigo, pages 13 et pages 28 à 31 ; les deux premières vignettes de la page 26 ; la vue de Cordoue à la page 32 et celle de Grenade à la page 40 ; la scène dans la Mezquita de Cordoue à la page 33... sans parler de l'équilibre qui règne à l'intérieur même des planches ni du découpage sans faille qui saute aux yeux !

Et puis j'ai lu. Je suis entré dans cette histoire avec une aisance déconcertante. Les deux personnages principaux sont parfaits. Ce n'est pas un hasard s'ils sont père et fils. Le scénario est signé par le fils de Hermann avec qui il avait déjà réalisé « Liens de sang » dans la collection Signé des éditions du Lombard, une autre BD marquée par les liens de la filiation. Yves H. signe ici un scénario brillant, surprenant aussi, au regard des précédents opus de la série. L'histoire est à la fois magnifique et universelle parce qu'elle ne se contente pas de verser dans la fresque historique. Le combat des « Castillans » contre les Maures d'Andalousie, les hésitations de certains religieux à suivre la haine du musulman professée par le haut-clergé, leur admiration face à une culture qui a élevé l'art, la poésie et la science au plus haut alors même que la vieille Europe a sombré dans un certain obscurantisme... tout cela constitue une fabuleuse toile de fond à ce récit espagnol situé en 1325 ! Un récit qui est par ailleurs parfaitement dans l'esprit de la série. L'époque, les lieux, les personnages n'ont rien de dissonant. Bref, cette association père-fils trouve tout son sens dans cet album où l'aîné a pu donner le meilleur de lui-même dans le dessin et le plus jeune a jeté un regard neuf sur le scénario. On regrettera juste le recours à une ficelle grosse comme un câble d'ascenseur : les révélations du « méchant » en fin d'album qui donne la clé de l'énigme vite fait, entre deux râles. Mais pour le reste, un grand album !
Helvethika - tome 3 (Helvethika) par Thierry Bellefroid
« Helvéthika III » par Kalonji. Chez Pierre Paquet.

Enfin ça y est ! Après une très longue et très complexe mise en place qui a monopolisé plus de cent pages, le tome trois apporte des réponses aux nombreuses interrogations des lecteurs. Touffu, truffé de personnages, ce récit de politique-fiction situé aux confins de la confédération helvétique dans une dictature imaginaire du nom de St Hélène prend véritablement corps. Le nom de code qui a donné son nom à la série, « Helvéthika », cesse d'être un mystère savamment entretenu. Bref, le lecteur a soudain l'impression de recouvrer la raison et la vue. Il faut bien reconnaître que ce n'est pas désagréable ! « Hlevéthika » est un récit charpenté, captivant et bien raconté. A condition d'être patient. Kalonji nous propose un noir et blanc très personnel qui colle parfaitement à l'atmosphère lourde de son récit. Son dessin est sombre, tranchant, parfois presque désespéré. L'opposition des noirs très encrés et de décors ou de cases entières laissés dans un gris proche du crayonné confère à l'ensemble une facture très américaine. Et si la complexité du scénario peut rebuter de prime abord, l'auteur sait récompenser ceux qui l'ont suivi jusque-là. Il laisse augurer d'un dénouement cataclysmique dans le quatrième et dernier album !
Heidelberg (Les Romantiques) par Thierry Bellefroid
« Heidelberg », tome 1 des Romantiques. Par Lenaerts et Duchâteau.

Il ne suffit pas d'appeler une série « Les romantiques » pour en épouser l'esprit. Les lecteurs de « Sambre » qui se fieraient à ce titre pour espérer retrouver un peu de l'atmosphère dont Yslaire les prive depuis si longtemps risquent d'être déçus. Duchâteau s'aventure en terres difficiles et s'y prend à la manière d'un guide de recettes de cuisine. Le résultat est catastrophique. « Heidelberg » est un album ennuyeux, les faits s'enchaînent de manière invraisemblable, les personnages sont inconsistants et l'intrigue est cousue de fil blanc. Quant au dessin d'Eric Lenaerts, lisse jusqu'à l'extrême et souvent encré de manière trop prononcée, il ne concourt guère à susciter l'émotion. Surtout avec des couleurs aussi mièvres, ce qui n'arrange vraiment rien...
« Le sage du ghetto », Donjon Parade N°2, par Sfar, Trondheim et Manu Larcenet. Chez Delcourt.

Il devient difficile de suivre la fantastique épopée « donjonesque » tant ses créateurs sont prolifiques. Une chose est sûre, en revanche, la nébuleuse a beau s'étoffer tant et plus, elle reste passionnante à observer et délicieuse à lire. On rit beaucoup dans ce deuxième Donjon Parade. Normal, c'est le but de cette série parallèle à Donjon Zénith dans laquelle on retrouve Marvin, Herbert, le gardien et tous les autres, pour des histoires humoristiques. Tout est bon pour plonger le lecteur au coeur d'un humour toujours plus fou et jamais vulgaire... même lorsqu'il s'agit de raconter un concours de pets au chevet d'un vieux sage sur le point de mourir ! L'inventivité des deux têtes pensantes du projet -Trondheim et Sfar- ne semble pas avoir de limites. Ces deux-là « donjonent » comme ils respirent. Le résultat est purement jouissif !
Lectures macabres par Thierry Bellefroid
« Lectures macabres », par Trillo et Risso. Chez Albin Michel.

Sous-titré « histoires à ne pas vivre la nuit », ce « Lectures macabres » est un album décevant, qui étonnera les nombreux fans de « Je suis un vampire ». Non seulement les histoires présentées dans ce recueil sont faibles, mais elles font appel à des ficelles très visibles pour ne pas dire prévisibles. Trillo est ici en pilotage automatique, on croirait un travail de commande ou une BD purement alimentaire. Le premier récit se tire en longueur et le lecteur en a compris le principe -immuable- dès la fin de la deuxième page. Les suivants ne valent guère mieux. Heureusement, il y a le noir et blanc tranché de Risso. Mais il ne sauve pas l'album d'une évidente médiocrité ! Dommage, surtout quand on sait de quoi ces deux-là sont capables...
Myetzko par Thierry Bellefroid
« Myetzko », par Toppi. Chez Mosquito.

Deux histoires à la fois très différentes et très proches. L'une nous entraîne aux confins de la taïga sur les traces d'un petit bureaucrate prétentieux, grand chasseur devant l'éternel. L'autre nous emmène sur le front de la Galicie où deux soldats austro-hongrois semblent entretenir des liens étranges avec la chance. Leur point commun : le fantastique. Et le trait stupéfiant de Toppi, qui sculpte les visages, taille la matière, réinvente le noir et blanc à chaque page.
Dans la première histoire, la plus courte, il manie aussi l'ironie avec beaucoup d'aisance. On se doute de la rencontre que va faire le chasseur au fin fond de la forêt ; les habitants l'avaient prévenu que le chaman qui y vit n'aime pas les étrangers. Mais l'issue de l'histoire et l'humour qui s'en dégage, là est la vraie surprise ménagée par l'auteur. Quant au second récit, même si on peut assez vite en deviner l'issue présentée comme inéluctable par les personnages eux-mêmes, il brille par son inventivité graphique et son habileté à mêler le fantastique au monde des tranchées. Bref, ces deux histoires valaient bien un album. Après le très réussi Sharaz-De, on pouvait craindre de n'être que déçu. Ce n'est pas le cas, au contraire. En véritable sculpteur, Toppi cisèle les volumes et crée un monde personnel, à nul autre pareil. A chaque fois un ravissement !
Entre deux rives (Chinaman) par Thierry Bellefroid
« Entre deux rives », tome 5 de la série Chinaman, par TaDuc et LeTendre. Chez Dupuis.

Première série à avoir suivi le départ de l'ancien directeur éditorial des Humanos, Sebastien Gnaedig, aux éditions Dupuis. Force est de constater qu'elle s'y trouve plutôt bien. A vrai dire, Chinaman est même davantage « chez lui » au sein de la collection « Repérages » qu'il l'était, perdu au milieu du catalogue des Humanoïdes Associés !

Ce cinquième album est à la fois l'un des moins captivants et l'un des plus intrigants de la série. La trame de l'histoire est éculée. La jeune femme escortée par le justicier qu'elle « déteste » sur la base d'un jugement hâtif, la poursuite sans fin pour échapper à la vengeance de desperados sans pitié, la conquête des territoires reculés de l'Ouest.. tout ça est vu et revu. Le fait d'y avoir placé un Chinois à la place d'un blond aux yeux bleus ne change pas fondamentalement le point de vue. Ca le change lorsqu'on confronte Chinaman à la nation indienne. Ca le change aussi lorsqu'on aborde des questions comme le « racisme ordinaire », l'indifférence d'un homme habitué à être jugé avant d'être compris. Et si l'histoire est intrigante, c'est parce qu'elle débouche sur une issue tout à fait inattendue au regard des précédents épisodes. Chinaman va-t-il se transformer en une sorte de Buddy Longway à la chinoise ? Difficile de dire ce que LeTendre a derrière la tête. Mais on a envie de le savoir... En attendant, cet album un rien ronronnant reste d'une agréable lecture et doit beaucoup au dessin de plus en plus affiné de TaDuc.
Un îlot de bonheur par Thierry Bellefroid
« Un îlot de bonheur », par Chabouté. Chez Paquet.

Un jour, Christophe Chabouté est arrivé, sur la pointe des pieds, par la petite porte. Son, livre « Quelques jours d'été » révélait un ton et une patte faits pour l'émotion. Presque confidentiel, l'album allait connaître un destin inattendu, puisqu'il allait recevoir l'Alph-Art Coup de Coeur, qui couronne l'oeuvre d'un « débutant » à Angoulême. Réimprimé en plus grand format, visible sur les rayons de la FNAC et chez les bons libraires, le livre a vécu une seconde vie, et son auteur est sorti de l'ombre. Puis vint « Zoé ». La filiation entre Chabouté et Comès sembla définitivement établie. Comès étant lui-même le fils spirituel de Pratt, on pouvait presque tracer un arbre généalogique de ces dessinateurs finalement reliés à l'Américain Milton Caniff, né en... 1907 ! Mais Chabouté s'est plu à brouiller les pistes. « Pleine lune » d'abord, « Sorcières » ensuite, deux albums parus comme « Zoé » dans la collection Intégra de Vents d'Ouest (la collection où Rabaté a pris ses quartiers, pour situer...) ont pu faire croire aux lecteurs que Chabouté entendait définitivement chasser sur les terres de Comès. Mais loin de la sorcellerie et des campagnes reculées, « Un îlot de bonheur » vient démentir cette impression. L'album est par ailleurs sans doute le plus réussi à ce jour dans la production de cet Alsacien. C'est en tout cas un lien évident avec le « Quelques jours d'été » qui l'a lancé.

« Un îlot de bonheur » raconte une rencontre. Une rencontre magnifique et pourtant d'une incroyable simplicité. D'un côté, un clodo qui n'a pas oublié le fils laissé derrière lui. De l'autre, un petit garçon introverti qui souffre des disputes incessantes que se livrent ses parents. La rencontre a lieu sur un banc, au parc. Il y a quelque chose du Petit Prince dans cet album. « Apprivoise-moi, dit le renard ». C'est ce que les deux protagonistes de ce très bel album vont s'employer à faire pendant 120 pages : s'apprivoiser. La leçon est belle, touchante et vraie. Le trait en noir et blanc tranché de Chabouté n'empêche nullement l'émotion d'affleurer. Au contraire, son dessin va à l'essentiel et s'approche du regard du petit garçon, il capte chaque message non-dit entre les deux personnages, nous fait entrer dans leur début d'intimité. Avec une extrême justesse de ton, « Un îlot de bonheur » se présente comme un conte superbe sur le partage et la tolérance. Et prouve au passage que Chabouté n'a pas fini de nous étonner !

La dame de Prague (Arcanes) par Thierry Bellefroid
« La dame de Prague », tome 2 de « Arcanes », par Pécau, Pignault et Rabarot. Chez Delcourt.

Roland Pignault a repris seul le dessin partagé sur le premier tome avec Frédéric Campoy. Arcanes est reparti après une longue absence. Pécau ne s'en plaindra pas. Il semble beaucoup s'amuser sur cette série qui louche à la fois sur le terrain de l'action et celui du fantastique. A partir des tarots, Pécau a imaginé un monde passionnant bien que parfois un peu technique où s'affrontent Stargate et les Familles. L'apparition de celles-ci ne manquera pas de rappeler d'autres séries aux lecteurs. Mais l'originalité du propos de Jean-Pierre Pécau reste le principal atout de sa série.

Après un remake de « Apocalypse Now », le deuxième album prend davantage de distances d'avec le cinéma et nous propose quelques personnages et images chocs. La meilleure trouvaille de l'album est sans doute cette section de bonnes soeurs flingueuses qui courent derrière Euripnos. Le personnage de Pandora est lui aussi intéressant. Il sera même l'objet d'un album à part dans une série à venir, « Arcanes majeurs », qui racontera la création de Stargate. Trépidante, jouant habilement sur l'enchevêtrement d'éléments contemporains et fantastiques, « Arcanes » est une BD plus fouillée qu'elle peut le paraître, de prime abord. Pour tout savoir sur cette guerre implacable autour de tarots bien étranges, je vous renvoie au dossier paru dans le Pavillon Rouge N°5 de ce mois d'octobre.




« Le guide du zizi sexuel » par Zep et Hélène Bruller. Chez Glénat, dans la collection « Les trucs de Titeuf ».

Titeuf avait déjà son magazine (« Tchô »). Il a maintenant sa collection personnelle. Il le mérite bien. Au-delà d'un succès commercial grandissant, la renommée de ce personnage qui est ce que Gaston Lagaffe fut aux précédentes générations tient à l'universalité de son humour. Titeuf fait rire tout le monde. Parce qu'il parle du monde tel qu'il est et parce que Zep a un humour inné, qui s'exprime tant par le dessin que par les mots. Ces deux qualités se retrouvent dans ce « Guide du zizi sexuel », outil indispensable pour les 9-13 ans qui se posent des questions sur tout ce qui a un rapport au sexe. Les textes d'Hélène Bruller vont droit au but. Simples, efficaces, ils ne cachent rien et répondent aux questions les plus concrètes, en n'oubliant pas d'aborder la prévention, indispensable préalable lorsqu'on s'adresse aux jeunes adolescents d'aujourd'hui. Mais à côté de ces textes sérieux, l'humour de Zep désamorce ; il induit inévitablement le rire. Titeuf est le personnage idéal pour accompagner cette littérature directe mais intelligente destinée à vos enfants. Et les illustrations sont si drôles que vous ne résisterez pas à lire vous aussi ce « Guide du zizi sexuel » !
« Le pays des Larmes », tome 3 de la série Monsieur Mardi-Gras Descendres. Par Liberge. Chez Pointe Noire.

Un album magistral ! Rien qu'au plan graphique, Liberge livre dans ce troisième volume quelques-unes de ses plus belles planches. Des exemples ? La très belle scène des pages 18 à 20, avec la rencontre d'une très jolie femme aux confins de l'espace, ou les visions de Garenne dans le chapitre intitulé « Orgueil ». Mais il y en a bien d'autres. Chaque page apporte son lot de cases magnifiques de virtuosité et d'imagination. Eric Liberge donne à ce troisième album le souffle qui manquait au deuxième tome. Non seulement il poursuit son histoire, mais il lui donne une dimension onirique et mystique à travers les cinq premiers « Cercles de Larmes » visités par son héros. La profondeur de cette histoire est telle qu'il n'est pas inutile d'en refaire une seconde lecture. Liberge s'interroge sur les fantômes et les passions parfois inavouables que nous laissons derrière nous à l'heure de notre mort. Son purgatoire est de plus en plus menacé de révolution et d'anarchie. Et dans ce joyeux bordel de squelettes où il est parfois difficile de savoir qui est qui, chacun prend ce qu'il veut en fonction de son niveau de lecture.
Ralph Aparicio (Quarterback) par Thierry Bellefroid
« Ralph Aparicio », tome 2 de la série Quarterback, par Chauvel, Kerfriden et Araldi. Chez Delcourt.

Isabelle Cochet a cédé la place à Christophe Araldi. Résultat : dès la première page, on est frappé par le traitement différent de la couleur. Mais l'utilisation plus visuelle de l'informatique n'explique pas seule ce changement. Malo Kerfriden a travaillé son dessin entre les deux albums. Et le résultat est très encourageant. La plupart des gros défauts du premier tome ne sont plus qu'un souvenir. Le dessin est plus fluide, plus vif et surtout beaucoup mieux proportionné. Même la mise en page y a gagné. Quant au lettrage, qui laissait réellement à désirer dans le premier album, il a lui aussi subi un lifting complet. Toutes ces qualités viennent renforcer une histoire qui ne demandait qu'à accrocher le lecteur. Quarterback s'annonce comme un excellent thriller. Et même si la frustration est grande à la fin de ce deuxième tome qui ne nous permet encore que de deviner l'ampleur de la grande arnaque qui a conduit au meurtre de Wade Mantle, on prend beaucoup de plaisir à suivre Chauvel dans sa narration nerveuse et charpentée.
« L'étrange rendez-vous », une aventure de Blake et Mortimer, par Ted Benoît et Jean Van Hamme, aux éditions Blake et Mortimer.

Il est toujours difficile, pour le critique, d'aborder un tel album. D'un côté, un certain public de nostalgiques manque totalement de distance par rapport à ce type de nouveauté. Il est prêt à tout acheter et à tout aimer, pour autant que cela lui rappelle les délices de son enfance ou de son adolescence. De l'autre, quelques irréductibles ne supportent pas l'idée que l'on touche à l'univers de Jacobs, encouragés par le refus d'un Hergé de voir poursuivre son œuvre. Enfin, il y a le club de plus en plus affirmé des « anti-Van Hamme », qui grossit à mesure que le succès du scénariste s'affirme. Bref, ceci n'est qu'un avis noyé dans la masse des critiques d'internautes, forums de discussions et autres conversations de salon qui ne manqueront pas de se multiplier dès ce samedi 29 septembre, date officielle de la mise en vente de l'album (mais il y a eu tant de prépublications qu'on se demande qui ne s'est pas encore forgé un avis...)

Je l'ai déjà écrit, je ne crois pas qu'il faille absolument conserver les récitatifs redondants pour coller à l'esprit de la série. Mais apparemment, c'est ce que certains attendent. Alors, soit. Acceptons cela comme un axiome de base et passons. Van Hamme nous propose une histoire qui rompt sur deux choses au moins, avec l'univers original de nos deux héros. Un, elle se déroule aux Etats-Unis. Deux, on y trouve des petits hommes verts, qui ont tout d'extraterrestres hideux. Bigre ! Y a-t-il déjà matière à envoyer le scénariste sur un bûcher ? Pour ma part, je ne le pense pas. Je crois que Van Hamme a réussi la meilleure des trois reprises tentées depuis la résurrection de la série. Même en confrontant ses héros à un nouvel univers, il arrive à se fondre dans l'esprit de Jacobs. Non seulement en s'inspirant du Secret de l'Espadon pour créer son histoire et ses personnages, ce qui est déjà habile. Mais en outre, en plaçant son récit entre deux récits de l'époque « jacobsienne », en 1954.

Au final, « L'étrange rendez-vous » n'est pas un album désagréable à lire, même s'il est truffé de petites choses énervantes, de grosses ficelles et de propos parfois très dispensables (genre : « Puis, tandis que Mrs Kaufman s'occupe de débarrasser la table... »). Le plus énervant est sans doute que tous les rebondissements sont annoncés avec gyrophare et sirène, au point qu'il est vraiment difficile d'être étonné par quoi que ce soit. En revanche, l'intrigue possède sa propre cohérence et renvoie bel et bien à l'univers de Jacobs (d'autant que les extra-terrestres ne sont finalement pas si extra-terrestres que ça). On s'étonnera de découvrir une femme dans cette nouvelle aventure, mais le temps de la censure étant révolu, les auteurs n'ont pas pu s'empêcher d'importer cette pièce d'origine indienne dans leur histoire. Soit, on n'en mourra pas. Mais on verrait volontiers un dépoussiérage général de la série, dans ce cas-là. Car à quoi bon faire des concessions à la modernité dans un sens et rester désespérément suranné pour le reste ?

Côté dessin, Ted Benoît ne sera jamais E.P. Jacobs, mais le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on sent qu'il y travaille. Comme toujours, des imperfections parfois rudes pour l'œil du lecteur demeurent malgré les efforts du dessinateur, mais le plus gênant tient dans le choix de couleurs, dominées par un rouge d'assez mauvais goût. La couverture, elle, est très réussie. Evidemment, tous les admirateurs de Ted Benoît auront quand même l'impression qu'il gâche un peu son talent. Ce qui vaut d'ailleurs aussi pour Juillard. Mais la pérennité de la série est à ce prix.
Chas (Le Poisson-Clown) par Thierry Bellefroid
« Chas », tome 4 de la série « Le poisson-clown » par David Chauvel et Fred Simon. Chez Delcourt.

Après un ban d'essai tout à fait honorable (« Rails », paru sous forme d'intégrale en noir et blanc dans la collection Encrages), Chauvel et Simon ont entrepris une nouvelle saga américaine qui aura mis... six ans à trouver son épilogue. Avec « Chas », quatrième et dernier album de ce cycle d'aventures, « Le poisson-clown » entre de plein pied dans les classiques de la collection Sang-Froid. Dès le premier album, le climat et le personnage central de l'histoire, Happy Wimbush, avaient séduit. Restait à ne pas rater la fin. Chauvel se tire parfaitement de cet exercice en évitant l'écueil d'un album explicatif aux textes pesants et à l'action secondaire. Non seulement il se passe des choses dans ce « Chas », non seulement la narration est parfaite, emmenant le lecteur d'un bout à l'autre de l'histoire sans jamais le perdre ou l'ennuyer. Mais le tour de passe-passe final est parfait ; il rend l'intrigue plus solide encore. Bref, une bonne histoire que le dessin de Fred Simon habille à sa manière, faussement naïve mais d'une grande clarté. En témoignent les huit pages de cahier graphique de la première édition.
« Les amants décapités », tome 1 des « nouvelles aventures de Mic Mac Adam », par Luc Brunschwig et André Benn. Chez Dargaud.

Séduit par les propos tenus par Brunschwig dans une interview, André Benn s'est adressé à lui sans même avoir lu « Le pouvoir des Innocents » ou « L'esprit de Warren ». « C'est l'homme que je cherchais pour reprendre la série » avoue-t-il d'emblée. Et c'est vrai que la rencontre a porté ses fruits. Mic Mac Adam, abandonné par Desberg et Benn en 1987 après plus de trois cents pages d'aventures dans Spirou, connaît aujourd'hui davantage qu'une résurrection : une seconde naissance.

La force de Luc Brunschwig, on la connaît. A travers toutes les séries qu'il anime, on a pu découvrir deux constantes : l'épaisseur de ses personnages et sa maîtrise de la narration. Il en fait ici une nouvelle fois la preuve. Que savait-on de Mic Mac Adam, en 1987, après neuf ans d'existence ? Rien, ou presque. Le personnage était creux. Sans personnalité et presque sans passé (une vague cousine était apparue dans « La dernière chasse », une aventure de 1984 reprise dans « Les classiques du rire » consacrés à Mic Mac Adam par Dargaud en 96. Mais Phyllis, la cousine en question, s'était retrouvée assassinée au bout de... deux pages !) Brunschwig s'est donc attelé à construire un passé à son héros. Il le ramène sur les lieux de son enfance pour mieux nous plonger dans l'horreur : Mic doit identifier les corps de ses parents, disparus dix-huit ans plus tôt dans les marais d'Hillkirk. Le scénariste réussit le grand écart entre cette nouvelle approche plus psychologique et le respect du contexte de la série dans son ancienne mouture. Enquêteur de l'étrange en kilt (une sorte de Fox Mulder à l'écossaise avant la date, Mic Mac Adam ?...), Mic va se trouver confronter à un épais mystère dans lequel les différents protagonistes sont loin d'avoir tous levé leur masque. Brunschwig parvient à installer un climat de thriller à la Jean-Christophe Grangé avec corps momifiés et décapités sans pour autant sombrer dans l'horreur ou le glauque. Cela tient en partie au registre de l'émotion et de la tendresse dans lequel baigne le héros, plongé dans les souvenirs heureux et les lieux de son enfance. Cela tient aussi à la distance que Benn parvient à mettre dans son dessin. Une distance qui a toujours caractérisé la série mais qui, jadis, se doublait d'une bonne dose d'humour, aujourd'hui relégué au second plan. La noirceur de l'histoire et le trait « gros nez » de Benn se complètent admirablement pour nous faire retrouver ce qui faisait l'essence de la série, un mélange de mystère et de légèreté unique en son genre.

Que dire du dessin de Benn ? Ceux qui ont lu ses derniers albums (Woogee, chez Dargaud) retrouveront dans ce nouveau Mic Mac Adam toute l'évolution récente d'un travail devenu plus réaliste au fil des ans. Mais il est évident que Mic n'est pas Woogee pour autant. Benn s'est remis en question et il propose une fusion des genres qui lui réussit très bien. On regrettera parfois que les cases ne soient pas plus grandes, mais la profusion d'idées et la richesse du scénario ont amené les auteurs à faire le choix d'un album dense, afin de ne pas dépasser les 2X46 planches pour raconter leur histoire. A bien y regarder, on trouvera quelques ressemblances entre les personnages féminins de cette histoire et le trait de Dany, mais l'ensemble reste dans la lignée de ce que Benn a toujours fait : une ligne faussement « Marcinelle », proche d'un Wasterlain et d'un Mittéi et pourtant très personnelle. Il avoue avoir travaillé comme un fou. Ça se voit !
La théorie du chaos par Thierry Bellefroid
« La théorie du chaos », par Pierre Schelle. Dans la collection Encrages des éditions Delcourt.

Pauvre Pierre Schelle. Il y a fort à parier qu'on lui parle plus de sa couverture que du contenu de son album. Il faut dire que publier, après les événements du 11 septembre, un album au nom si évocateur avec une image de l'Empire State Building en couverture semble relever de la provocation ou de l'opportunisme. Bien entendu, il n'est est rien. Pierre Schelle a même mis cinq ans à concrétiser son projet. Le résultat est magnifique. En noir et blanc et sans phylactères -ou presque, puisque de rares bulles contenant elles-mêmes des dessins parsèment l'histoire- le coloriste de Nash, Travis et Golden City réussit à nous emmener de la Chine à New York et vice-versa avec une habileté étonnante. Sur la base de cette simple phrase : « D'un battement d'ailes en Chine, un papillon peut provoquer une tornade sur New York », Schelle a imaginé des enchaînements d'événements tout à fait fous. Dans un style nerveux et virevoltant, il nous propose d'être la caméra invisible assistant à l'enchevêtrement inévitable des choses dans le grand tout qu'est l'univers. C'est brillant, rythmé, inventif et très bien découpé.
Rififi à la Bastille ! (Beluga) par Thierry Bellefroid
« Rififi à la Bastille », tome 1 de Beluga, par Maury et Robberecht. Chez Casterman.

Robberecht a dû lire Gil Jourdan dans sa jeunesse. Il y a dans ce Beluga une tentative de renouer avec le mélange d'action, d'intrigue policière et d'humour dont Tillieux était le champion absolu. Mais Robberecht, lui, choisit de se placer du côté des « méchants ». Oh, ils ne le sont pas vraiment. Ils sont juste du mauvais côté de la loi. Ils volent, ils arnaquent, ils trafiquent dans le quartier de la Bastille. Beluga, le héros, en fait partie. Et pour cette première histoire, cette sympathique petite bande de « gentils voleurs » se fait mettre au pas par la maffia russe. L'histoire est bien menée, surtout grâce à de bons dialogues. On se demande en revanche si le dessin d'Alain Maury était le meilleur pour la mettre en valeur. Le repreneur de Johan et Pirlouit semble avoir du mal à trouver ses marques en dehors de l'univers de Peyo auquel il est rivé depuis une quinzaine d'années. Le résultat est donc mitigé. Et le succès a peu de chances d'être à la clé, du moins pour ce premier opus.
Emma (Police by night) par Thierry Bellefroid
« Police by night 2 ». Par Alex Varenne. Aux éditions du Balcon.

Retour express pour Kris Laser. A peine le premier album de Police By Night a-t-il quitté les présentoirs que voici le second. Il faut dire que la matière est là, Varenne ayant imaginé ces histoires pour le magazine japonais Morning. Il n'y a plus qu'à les éditer en français. Et les éditions du Balcon s'y emploient.

Plus noir et plus glauque encore que le premier tome, ce second Police By Night est composé de deux histoires destinées à mettre en avant la plastique de victimes féminines plus désirables les unes que les autres et les comportements sadiques de criminel(le)s sans scrupules. L'inspecteur Kris Laser arrache parfois les petites culottes avec les dents, c'est dire si ces récits politico-policiers sont plus érotico que policiers ! Reste la manière Varenne, une signature faite de vivacité, de noir et blanc tranché et de sourde angoisse. Mais il a quand même fait mieux !
Esta (Finkel) par Thierry Bellefroid
« Esta », tome 6 de la série Finkel, par Gine et Convard, chez Delcourt.

Si comme moi vous avez beaucoup aimé le premier cycle de Finkel, vous ne pourrez pas vous empêcher de craindre une déception au moment d'ouvrir cet album. Pourtant, après quelques pages, vous serez si parfaitement replongé dans l'univers imaginé par Convard et magistralement rendu par le dessin de Gine, que vous en oublierez vos craintes. « Esta » démarre fort. Comment faire à nouveau de Finkel un héros à part entière, alors qu'il nage à peu près dans le bonheur ? En le privant de sa fille et en menaçant sa compagne ! Convard y est allé fort ! Et grâce à un scénario riche en événements dramatiques (mais parsemé de scènes d'amour plus nombreuses que jamais), il relance une quête pleine de suspense et de nouveauté. Assurément une excellente surprise !
Tartines de Courant d'Air par Thierry Bellefroid
« Tartines de courant d'air » par Bibeur Lu et Rabaté. Chez Vents d'Ouest.

Voilà un titre qui ne trompe pas sur la marchandise. Au contraire. Si vous ne connaissez de Rabaté que sa très sérieuse adaptation d'Alexis Tolstoï (Ibicus, trois albums parus), vous serez particulièrement désappointé à la lecture de ce livre, paru dans la même collection, « Intégra ». En revanche, si vous avez lu « Les pieds dedans », « Un ver dans le fruit » et « Les yeux dans le bouillon » pour ne citer que les plus connus, vous retrouverez avec plaisir le Rabaté léger, fin observateur des petites gens et des misères de la vie quotidienne.

« Tartines de courant d'air » s'intéresse à une bande de copains mi-squatteurs mi-fainéants mi-jouisseurs (je sais, ça fait déjà trois moitiés, un peu beaucoup pour une seule unité...) qui regardent le temps passer en poursuivant quelques rêves aux contours plus ou moins flous, comme faire voler des maquettes d'avion, se retrouver pour des barbecues dans un terrain vague, draguer à la foire ou faire l'amour à la voisine de pallier. Il y a quelques moments d'une grande tendresse dans cet album qui est peut-être l'un des scénarios les moins caustiques livrés par Rabaté dans le domaine de la « chronique sociale » où il excelle. Il y a des moments très drôles aussi (la course de poubelles nocturne, l'entretien d'embauche, etc...). Mais l'ensemble est tout de même un peu inégal. Sans doute ne fallait-il pas 126 pages pour raconter cette jolie histoire d'amitié et de jeunesse insouciante. Evidemment, on le pardonne facilement aux auteurs. Bibeur Lu propose un dessin réjouissant, très aéré, tantôt inspiré par Jijé et Tillieux, tantôt proche d'un Thierry Culliford (« Germain et nous... ») ou même d'un Cabu. Et les expressions argotiques ainsi que la galerie de personnages truculente de Rabaté vont font très vite oublier les quelques longueurs de l'album.
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