Les 129 critiques de Jean-Marc Lernould sur Bd Paradisio...

Le serpent d'Hippocrate par Jean-Marc Lernould
La ligne éditoriale de Futuropolis permet une belle liberté à des auteurs plus ou moins jeunes, sortes de cartes blanches étonnantes qui ne sont pas si fréquentes dans des maisons qui ont pignon sur rue. Fred Pontarolo n’est pas un auteur né de la dernière pluie (il a son actif « Naciré et les machines » chez Casterman, « Acarus » chez Glénat, « James Dieu » déjà chez Futuropolis) et pourtant il conçoit avec « Le Serpent d’Hippocrate », une oeuvre autant originale par son thème que par son graphisme.

On va passer très vite sur le scénario puisque la moindre révélation gâcherait le plaisir de la lecture. Un médecin de campagne, époux et père de famille, craque pour l’une de ses patientes, mariée à un militaire. Le soldat bourlingue dans diverses missions aux quatre coins du globe, et quand il rentre au pays, elle dit qu’il la frappe, qu’il la viole, et des dessins de sa fillette montrent une vie de famille pour le moins tourmentée. Le médecin craque pour cette femme qui devient sa maîtresse, mais comment l’aider? En tuant le mari?

Il y a des images de cauchemar, des silhouettes épouvantables qui apparaissent ici et là, d’étranges nuages noirs qui ne sont que des visages aimés ou haïs. Hormis les dessins d’enfant, que l’auteur a confié Dorothée Jost (1), on a sous les yeux du gris et du sépia qui n’annoncent pas l’optimisme. Fred Pontarolo y ajoute une façon très particulière d’esquisser des visages très angulaires, comme si la moindre rondeur était évacuée, et quand parfois les amants se retrouvent, c’est l’aquarelle qui dégouline en bas de page. Un album déroutant, qui nous met quelques claques dans la figure, révèle jusqu’au bout des surprises, et jusqu’au bout aussi une belle maîtrise.

(1) Son blog mérite le détour, avec des photos très intéressantes (dont un travail à partir des insectes) : http://dorotheejost.canalblog.com/ Cela ne doit pas nous faire oublier le site de l'auteur : http://fredpontarolo.canalblog.com
La série était partie sur les chapeaux de roue, et puis le tome 2 m’a déçu, avec des super héros indestructibles chargés de faire basculer à eux seuls la Première guerre mondiale, dans la boue et les charniers des tranchées : cela relevait des comics américains et de leurs procédés scénaristiques, alors que l'on pouvait être plus ambitieux. Et pourtant les auteurs se sont nettement repris avec ce troisième volume.

Il n'y a pourtant pas de grosses surprises, avec une équipe de trois gaillards bioniques côté français, qui font un boulot d’enfer. En face, les Allemands commencent à trouver la parade avec un molosse sans état d’âme aux allures de scaphandrier façon Jules Verne. On se demande d’ailleurs à quoi ressemblerait la BD d’aujourd’hui sans Jules Verne et les produits dérivés du « Seigneur des anneaux ». Reste que ce tome 3 traite de la première utilisation des gaz mortels à Ypres, d’où le terme d’Ypérite. Un gaz foudroyant, une « innovation » tellement inattendue que l’on a recommandé dans un premier temps aux soldats de se couvrir le visage d’un chiffon imbibé d’urine, tandis que les premiers revers de vent retournait aux envoyeurs leurs miasmes mortels.

Le volume trois tient bien la route, alors que l’on aurait pu se passer des multiples appels de notes, traductions de l’allemand inscrit dans les bulles. Enrique Breccia fait encore des merveilles au dessin dans ce contexte affreux de 1915, avec une capacité de représenter l’horreur quotidienne de l’époque. Rappelons que les gaz et l’enfer des tranchées ont tué des Irakiens et des Iraniens des dizaines d’années après, et que les "Sentinelles" ne restent que des tigres de papier.

Le quatrième volume aura pour théâtre d’opérations les Dardanelles.
Les coqs (Double Masque) par Jean-Marc Lernould
Le tome 4 date de 2008, donc le suivant, qui se trouve dans les bacs depuis le début du mois, commençait à se faire attendre, mais il est vrai que Jean Dufaux a toujours quatre fers aux feux, et que Martin Jamar peaufine son dessin. Les auteurs ont pris le temps, et cela se ressent dans le bon sens du terme.

Depuis le début de la série, qui se concentre sur la montée en puissance de Napoléon 1er, on a affaire à une dualité : le futur empereur, un visage de la gloire à son apogée, mais d’un autre côte un double, la Fourmi, roi de la racaille dont le règne sur les bas fonds de Paris est sans égal. Tous deux ont reçu dans leur adolescence une étonnante visite, celle d’une femme voilée qui leur a remis un masque blanc, sans conséquence semble-t-il, mais qui au fil des ans incarne le destin de ses deux personnalités.

Dans ce tome 5, Bonaparte tente de s’imposer comme Napoléon, l’empereur,et la mise en scène de son sacre, la préparation de la cérémonies avec toutes les préséances qu’elle impose (ne serait-ce que la bénédiction du pape) est déjà une usine à gaz. On y rajoute les fourberies de Fouché et d’autres agents secrets qui oeuvrent dans l’ombre, sans compter un parti chouan et royaliste prêt à occire le Corse, des amours croisés, et l’ombre et lumière qui sont enfin face à face.

Tout compte fait, cela fait des belles entorses à l’histoire mais avec d’excellents rebondissements et une série qui palpite. Et Martin Jamar? Le dessinateur effectue un boulot impeccable qui avait été entamé avec « Les Voleurs d’empire », d’ailleurs primé. Le tout est un plaisir avec cet album décisif, et il serait sympa que le tome 6 soit dans nos mains le plus tôt possible.
Les intégrales de « Jessica Blandy » ressortent au fur et à mesure, et on en a pour quelques années à recapitaliser cette aventure dans notre bibliothèque, puisqu’il y a la bagatelle de 24 albums, entre le fondateur « Souviens toi d’Enola Gay » et « Les Gardiens ». Une belle série, qui est aussi rescuscitée par « La Route Jessica », une extension de cette belle vingtaine d’albums, mais une vraie suite qui se dirige vers un réel aboutissement. On appelle cela pompeusement des spin-off, ce qui est un terme plus logique pour la série « XIII », qui place des personnages clef sous d’autres perspectives. Pour « Jessica », il s’agit d’une route de longue haleine, qui s'achève avec ce troisième volume.

Jessica est une blonde adorable et capable de vous casser en deux puisqu’elle a été formée pour ça. Pour autant, elle ne décanille pas ceux qui se mettent en travers de son chemin, et au cours de ses aventures la belle Américaine a rencontré davantage d’amis de qu’ennemis. Sauf qu’un seul ennemi qui voudra vous ruiner la santé va s’attacher à éliminer tous vos proches. Il y a toujours à la poursuite de Jessica un tueur à gages et sa fille, et la morveuse est aussi impitoyable que le papa, plus une infirmière à la seringue mortelle. La blonde et son fil se sont réfugiés dans une communauté religieuse proche des Amish, mais leur présence sème le trouble tandis que leurs poursuivants font une moisson de cadavres. Une trame qui rappelle le film « Witness », avec Harrison Ford, avec davantage de cynisme chez les différents personnages.

L’album est violent, très dur par moment, indispensable pour ceux qui suivent « Jessica » depuis qu’elle a appris à se battre. La tension est peut-être plus forte dans cette extension, mais on conseille de faire un break pour lire les 24 albums d’origines, retrouver la genèse de cette aventure, et la prolonger en prenant cette ultime étape de « la Route ».
Carnet de bord, carnet de voyage, carnet de rêve d’enfants d’un Emmanuel Lepage qui a grandi avec des noms géographiques à tomber par terre : les Kerguelen, Amsterdam, Crozet, l’île aux Cochons et celle de la Possession. Des îlots aussi, confettis perdu dans l’hémisphère sud, parfois habité par des semblants de base scientifiques, toujours battus par les vents, d’un froid polaire puisque l’Antarctique n’est pas si loin. Des endroits où a priori on n’irait pas passer ses vacances, mais quand on a lui proposé l'opportunité de ce voyage, il a suffit d’une demi-heure à Emmanuel Lepage pour faire ses valises et larguer les amarres, profitant du Marion Dufresne, un navire en partance pour une mission scientifique.

Ce bateau sera l’un des personnages principaux du récit, ne serait-ce parce qu’il a navigué plus d’une fois dans ces eaux inhospitalières, et parce que sa silhouette accroche l’œil sur le carnet de croquis de l’auteur. Un auteur qui doit d’abord se familiariser avec l’équipe du bord, des hommes et des femmes plus ou moins expérimentés, avec même des touristes. Des hommes, Lepage en verra d’autres une fois sur place, des communautés soudées par des mois passés loin de tout, parfois à cran lorsque les fruits et légumes frais que l'on espérait depuis des moins sont bons à jeter à la mer, des communautés dont le dessinateur, fin observateur sait bien qu’on ne les rejoint pas en claquant dans les doigts. D’où son sentiment de frustration, de ne pouvoir partager plus de temps (le périple de Lepage a duré environ un mois, ce qui est à la fois long et court au regard de ceux qui restent sur place).

Par contre le dessinateur-rêveur a bien trouvé les îles de son enfance, des paysages sublimes dont les couleurs valaient bien ce voyage, même si le vent et la pluie s’ingénient à noyer le travail de l’aquarelliste. Lepage craque pour sa première aurore boréale mais n’ignore pas pour autant l’histoire cruelle de ces îles qui ont broyé tant d’hommes, notamment lorsque des industriels y ont jeté, et même abandonné des pêcheurs de baleines. Frustré Lepage? Pas tant que ça au regard des ces 160 pages de portraits, de paysages, de rencontres. L’auteur de « Muchacho » et de « La Terre sans mal » poursuit son aventure humaine, et sait la partager.
Hyde par Jean-Marc Lernould
Hyde est un village d’Écosse, au dix-neuvième siècle, à un jet de pierre du Loch Ness. Petite bourgade dans laquelle va se retrouver durant plusieurs semaines un jeune voyageur qui vient de faire les frais d’une agression, et dont la mémoire est complètement à l’ouest. Tout juste se rappelle-t-il que le métier de journaliste est dans sa capacité. Hyde, c’est aussi le nom dont les habitants vont affubler l‘amnésique, faute de mieux, mais malgré l’accueil d’un trio truculent aux tronches patibulaires (d'anciens pirates semble-t-il), cela va aller de mal en pis, avec une hécatombe parmi les civils de l'endroit, avc deux journaux appartenant à deux clan rivaux et qui vont prendre Hyde en étau, lui qui ne demande qu’à épouser la fille de l’un de ces notables mais que l’on va vite remettre à sa place. Et en plus d’avoir le cul entre deux chaises, notre amnésique est toujours dans les parages lorsqu’un crime est commis, et sa situation au sein du village devient carrément invivable.

L’album est franchement déconcertant puisqu’il nous balade longtemps avant d’avoir un début de réponse, mais c’est plutôt là le signe d’un bon scénario. Il faut accepter le cheminement d’Heurteau, très sinueux, qui justement n’élucide pas tout. Par contre les trois ou quatre dernières pages retombent dans des chemins maintes fois empruntés, et le recours à un fameux éventreur qui sévirait à White Chapel arrive comme un cheveu sur la soupe dans cet album qui méritait une meilleure fin.
La Commedia des Ratés par Jean-Marc Lernould
Olivier Berlion adapte ici un roman de Tonono Benacquista (pas lu mais cela ne saurait tarder) qui établi une sorte de passerelle entre les Italiens immigrés en France de la deuxième génération (avec parents nés fin des années 30 ou au début des années 40) et la «Mère patrie » qu’ils ont relativement peu fréquenté. La semaine dernière dans l’émission de France Inter « La Tête au carré », l’invité Tobie Nathan parlait, au détour de son livre sur les rêves, d’une immigration italienne dont les intervenant s’étaient volontairement coupés de leurs origines (et du fascisme), alors que leurs enfants ou petits-enfants sont aujourd’hui habités par un désir de retrouver leurs racines et de se réapproprier la langue natale (voir par exemple le succès des jumelages et cours de langue dans des départements comme le Lot-et-Garonne).

On entre de plain pied dans ce schéma avec Antonio, qui un jour de visite à ses parents en banlieue parisienne est attendu par un copain d’enfance, Dario, « un vitellone d’exportation », analphabète, qui demande au premier -de la classe en son temps- de lui écrire une lettre bien mystérieuse à une certaine Raphaëlle. D’autant que Dario est retrouvé assassiné peu de temps après. Antonio mélange une embauche d’enquête qui monte en puissance, aiguillonné par la méconnaissance flagrante de Sora, le village familial d’origine. Comment concevoir que l’inculte Dario ait pu investir dans un carré de vigne à Saro, et qu’il les lègue à Antonio dans un but bien précis dont les lecteurs devront attendre la révélation dans le deuxième tome? D’autant que ces quelques pieds de raisin semble attirer la convoitise excessive de certaines personnes. Et il y a aussi par bribes, la drôle de guerre du père d’Antonio dans l’Albanie des années 40.

Olivier Berlion remue le passé déjà exhumé par Tonino Benacquista, avec des passages savoureux comme cette recette des pâtes all’arrabbiata (avec sauce tomate bien relevée) minutée au zapping TV! Une histoire dense et bien redécoupée par Olivier Berlion, et une BD/polar à déguster.
Le procès (Destins) par Jean-Marc Lernould
« Destins » vient de publier les tomes 8 et 9 de son côté « bleu ». Pour ceux qui prennent la série en cours, Frank Giroud, excellent scénariste et non moins bon commercial, comme son éditeur, exploite le filon des séries à tiroir, qu’il a d’ailleurs été l’un des premiers à créer avec son « Décalogue » (1). Ici, Giroud décline le « et si » permettant aux personnages de pencher vers tel ou tel avenir selon leurs décisions, style battement de l’aile du papillon, et confie ensuite chaque album aux bons soins d’un scénariste et d’un dessinateur. A lui la partition, à eux l’interprétation, avec deux racines principales, les « couvertures bleues » (l’héroïne Ellen accepte sa culpabilité lors d‘un meurtre) et les « couvertures rouges » (le déni).

Le problème du procédé est de faire de l’hétérogénéité des auteurs une œuvre cohérente, ce qui est loin d’être le cas ici. Autant de racines autour d’un tronc commun permet d’éditer rapidement les tomes successifs, et les lecteurs, qui rongent leur frein un an durant - parfois plus (cf « les Passagers du vent », mais on en veux pas à Bourgeon…) - en attendant la suite d’une série, pourraient se frotter les mains d’un rythme plus rapide. Mais on se lasse aussi des hauts et des bas.

On aborde ici le début du procès d’Ellen, incarcérée depuis de longues semaines, et qui refuse d’esquisser le moindre mot à son mari lors des séances de parloir. Les avocats de la défense et de l’accusation rivalisent de stratagèmes, voire de pièges limite légaux pour influencer sur le choix des jurés, primordial aux Etats-Unis davantage qu’en France. Paradoxalement, le dessin plus fouillé de Berlion permet d’y voir plus clair et le parti pris de la tendance polar, bien cadrée par Lapierre, amènent une respiration qualitative à la série.
Family van (Destins) par Jean-Marc Lernould
« Destins » vient de publier les tomes 8 et 9 de son côté « bleu ». Pour ceux qui prennent la série en cours, Frank Giroud, excellent scénariste et non moins bon commercial, comme son éditeur, exploite le filon des séries à tiroir, qu’il a d’ailleurs été l’un des premiers à créer avec son « Décalogue » (1). Ici, Giroud décline le « et si » permettant aux personnages de pencher vers tel ou tel avenir selon leurs décisions, style battement de l’aile du papillon, et confie ensuite chaque album aux bons soins d’un scénariste et d’un dessinateur. A lui la partition, à eux l’interprétation, avec deux racines principales, les « couvertures bleues » (l’héroïne Ellen accepte sa culpabilité lors d‘un meurtre) et les « couvertures rouges » (le déni).

Le problème du procédé est de faire de l’hétérogénéité des auteurs une œuvre cohérente, ce qui est loin d’être le cas ici. Autant de racines autour d’un tronc commun permet d’éditer rapidement les tomes successifs, et les lecteurs, qui rongent leur frein un an durant - parfois plus (cf « les Passagers du vent », mais on en veux pas à Bourgeon…) - en attendant la suite d’une série, pourraient se frotter les mains d’un rythme plus rapide. Mais on se lasse aussi des hauts et des bas.

Ellen prend ici ses distances avec son mari, Richard, avocat ambitieux qui a voulu étouffer l’affaire (elle a révélé sa culpabilité dans un meurtre commis dans sa jeunesse, pour ne pas laisser une autre femme innocente se faire exécuter) afin de préserver son avenir politique. Elle taille la route en stop et se découvre presque une seconde famille à bord d’un minibus peuplé de personnages peu ou prou soixante-huitards. Ellen s’y fait materner et retrouve la pêche. La ligne claire l’est un peu trop en se privant allègrement de décors de fond, à l’image de l’épaisseur des personnages.
Au nom du fils par Jean-Marc Lernould
Il y a quelques milliers de kilomètres entre les chantiers navals de Saint-Nazaire et Ciudad Perdida, site précolombien d’Amérique du Sud, et autant d’incompréhension entre Michel et son fils, Etienne, qui à 23 ans vient de décrocher son diplôme d’ingénieur mais brûle cinq étés de labeur pour aller apprendre l’espagnol de l’autre côté de l’Atlantique. Mais voilà, la radio apprend que des otages étrangers ont été enlevés en Colombie, et le ministère des Affaires étrangère confirme à Michel, langue de bois à l’appui (sont-ce les FARCS, une autre Xe armée de libération, des trafiquants?), que son fils fait partie des personnes enlevées. Le père, qui n’a encore jamais pris l’avion et qui n’a guère offert à son fils que des vacances à Pornic, estime qu’il vaut mieux se débrouiller seul, et rallie Bogota.

On emboîte le pas à ce « touriste » complètement perdu et qui se fait arnaquer plus d’une fois, mais qui reste opiniâtre et replace ses pieds sur les traces d’Etienne, remontant avec ceux qui l’ont croisé le trail, chemin suivi par les routards occidentaux. Une vraie quête de père en milieu inconnu, qui redécouvre peu à peu la personnalité de son fils, avec une histoire sincère et réaliste (le scénariste Serge Perrotin a pas mal voyagé) et dessinée par touches ocrées sous le dessin et les couleurs de Clément Belin. Un voyage plus qu’intéressant.
Tient, ça fait longtemps qu’on ne s’était pas fait un Bamboo, mais bon. Celui-ci est cosigné Damien Marie et Simon Goethals, donc il est normal que l’on ait affaire à un polar.

Barbie, alias Barbara, est un flic dont la plastique alléchante lui vaut d’être « réquisitionnée » à la brigade des mœurs, afin d’infiltrer le milieu des VIP et de la mode, noyautés par les dealers. Barbie qui a le coup de foudre pour un mannequin, Jill Savil, une blonde habituée à faire la une des magasines people, et qui l’entraîne de suites d’hôtel en piaules de luxe. Jill dont le cadavre ouvre d’ailleurs l’album. Problème pour Barbie qui se réveille d‘une gueule de bois, car sa copine gît sur le paquet de son appartement, et elle sent tout de suite qu’on lui tend un traquenard. Une seule solution : la fuite pour retrouver les véritables assassins.

Le pitch n’est pas nouveau, bien que les amours lesbiens y amènent une variante, mais le coup de la manipulation sur fond d’amour aveugle sent le déjà vu (façon de parler…), et Goethals semble avoir oublié de dessiner les décors de cette aventure. Bof.
Les larmes de l'assassin par Jean-Marc Lernould
Décidément, la Terre de Feu engendre des états d’âmes autant étranges que délirants, qu’il s’agisse de la BD éponyme de Micol, ou cette adaptation du roman d’Anne-Laure Bondoux par Thierry Murat. Ces contrées battues par le vent et rarement ensoleillées semblent propices à une mélancolie fantastique mêlées à Jack London. Bref, malgré quelques beaux assassinats, on trouvera ici davantage la poésie que d’action.

Paolo et ses parents habitent une misérable bicoque au bout du bout du monde, la dernière probablement « avant le sud extrême du Chili où la côte fait de la dentelle dans les eaux froides du Pacifique ». N’y passent que des étrangers, voyageurs ou géologues qui viennent toquer à la porte pour tenir une brève conversation avant de repartir dans le monde. Sauf le jour où arrive Angel, l’un des pires criminels qui soit, une brute qui a vite fait de trucider le couple avec son couteau, mais qui butte sur Paolo car il n’a encore jamais tué d’enfant, et il se résigne à s’installer avec lui. Une sorte de seconde naissance pour Paolo, qui s’ennuyait sans le savoir avant l’apparition du tueur, et peu à peu s’instaure un dialogue feutré, presque muet entre les deux, chacun sauvage à sa manière. Jusqu’au jour où immisce un troisième personnage, Luis, riche fils de bonne famille qui décide de poser sa valise près d’eux.
Thierry Murat a réussi par de grands dessins à transcrire en BD des échanges impalpables et des ambiances insensées. Un trait épais qui rappelle celui d’Edmond Baudoin, encadré de couleurs sobres et cohérentes. Les paysages dominent par leur vide apparent, et les scènes ne sont parfois que des ombres. Un autre monde.
La BD continue allègrement avec les « et si ? ». Et si Nixon avait battu Kennedy en 1973, cela n’aurait pas empêché la guerre du Vietnam de continuer. Une guerre restée en travers de la gorge du Français Chris, personnage principal de l’histoire, ex hell’s angel devenu marine d’élite au sein d’une « brigade de l’enfer ». On se retrouve lors de la visite présidentielle (Nixon, donc) à Dallas où c’est l’ancien militaire qui doit s’y coller pour tuer le passager de la décapotable. Le N°1 américain accumule en effet les hostilités avec son désir de transgresser la constitution en accumulant les mandats. Et si une bombe nucléaire tombait sur la frontière chinoise ?

De fait, l’anachronisme ne change rien au cynisme américain et les scénaristes montrent que demeurent en place des méthodes douteuses du pouvoir et de l’armée, mais ça, c’est encore le cas en 2011.

Il reste néanmoins des transgressions savoureuses, dont l’assassinat de l’increvable Hoover et l’exil forcé de Jane Fonda en Europe.
Ce tome 4 du « Janitor » est moins alambiqué que les volumes précédents, avec un Vince davantage crédible en tueur à gages playboy appointé par le Vatican. Ce qui n’empêche pas une histoire complexe où l’on apprend un peu plus les frères jumeaux mystérieusement abandonnés et dont les voies ont bifurqué pour s’opposer violement. Cette fois, on croise un groupuscule de vengeurs vieillissants qui tâchent d’éliminer les anciens bourreaux nazis ayant échappé à la justice. Le dessin de Boucq contribue à relever cette énième version d’un bras de fer entre gardiens de l’Église sans états d’âme et sombres organisations secrètes. Pas de quoi racheter les trois premiers tomes pour ceux qui découvriraient la série.
Montefiorino (La Mano) par Jean-Marc Lernould
Bienvenu dans les années de plomb italiennes, sur les traces de ce qui paraît au départ n’être qu’une bande de bras cassés, sur fond d’Eurovision où apparaît la blondeur candide de France Gall en 1965. Montefiorino, petit bled de la péninsule, s’ennuie profondément, surtout les jeunes qui découvrent à peine les Animals, et la politique. Une Italie profonde dans laquelle se développe un parti communiste puissant, mais trop réformateur au goût d’une poignée de garçons et filles, pour qui on trahit Staline en lorgnant la main à la Démocratie chrétienne. Trois garçons et deux filles, avec Aristophane en guise de meneur aux allures de séducteur et de meneur, qui commencent à jouer avec le feu en incendiant la grange d’un réac exploiteur, et qui se la voit belle en se baptisant « la Mano », où chacun à le nom d’un doigt en guise de surnom. « Aristo » est bien sûr le Medium qui s’approprie Raffaella, la plus jolie du groupe (surtout dessinée par Pagliaro). Une bande qui passe pour des gamins ringards lorsqu’ils jettent des bombes à eau sur un professeur d’université. Aristo, orgueilleux et flambeur, se rend compte qu’il va falloir monter d’un cran supplémentaire dans la lutte politique, avec cette fois de vraies bombes. Puis la bande semble se déliter, mais les Brigades rouges se profilent.

Les auteurs (Thibault a scénarisé « O’Boys », et Alberto Pagliaro a déjà planché sur le nazisme et le fascisme) croisent histoires d’amour, idéalisme et politique pour composer une tranche d’histoire de façon très crédible, illustrée d’un dessin et de couleurs rigoureux et agréables.
Menace sur Paris (Tanatos) par Jean-Marc Lernould
Revoilà l’ersatz de Fantômas (combinaison de cuir noir sado maso, masque démoniaque) qui est parvenu à s’emparer d’une sorte de bombe atomique made in 1915, Appolyon-7. Par ailleurs, il garde prisonnière la petite amie du journaliste Louis Victor (pâle copie du détective Fandor) dont le gros méchant est amoureux.
But du jeu : faire chanter Paris et Berlin en guerre, la capitale offrant la moins disante devant se prendre l’engin sur la figure. On voit le cynisme des « clients » de Tanatos (banquiers, industriels, marchands d’armes de divers pays) à qui on doit réellement la Première guerre mondiale (et d’autres).
On apprécie le look des machines infernales, à l’aise sous l’eau comme dans les airs, le nom des sbires (Gueule-de-Fouine ou Tire-Sang) et le vrai tyran et ses savants fous. Une BD bien satanique.
S’agit-il d’un monde parallèle? Mieux vaudrait l’éviter s’il existait puisqu’il est basé sur une déformation d’une guerre sanglante en se qui ressemble fort à deux totalitarisme, celui des nazis et des staliniens. Les auteurs ne s’en cachent d’ailleurs pas et on retrouve sans peine un duel entre croix gammée et marteau/faucille, les casques protège nuque ou des bâtiments monumentaux inspirés du troisième reich.
L’histoire s’ouvre avec un film de propagande à la gloire du commando Skraeling, la fine fleur des soldats du Weltraum, qui ne laisse jamais de prisonnier derrière lui mais ramène des images d’une extrême violence, à l’instar du régime. Mais les Skraelings forment une élite (comme l’étaient les nazis ou les membres du PC soviétique à ses belles heures) qu’un Laeten n’est pas près d’intégrer. Ces derniers sont au bas de l’échelle militaire prélevés de force dans les territoires conquis, bref des sous-hommes formés pour devenir des machines de guerre et dont la mémoire est gommée. Pourtant l’un d’entre eux, Köstler, particulièrement « performant », est remarqué par certains officiers et va devenir un pion de certains dans la conquête du pouvoir.

Un album particulièrement violent par le sujet mais également par un dessin très réaliste, le tout bien ficelé bien que l’on retrouve des thèmes connus comme celui de l’homme- robot qui retrouve progressivement une mémoire effacée et découvre les coulisses d’un monde artificiel.
On n’est pas surpris de retrouver une citation de « West Side Story » en exergue de ce nouvel album d’Hugues Micol : « We’ll find a new way, we’ll find there’s a way of forgiving somewhere ». L’auteur du magnifique et déroutant “Terre de feu” quitte cette fois les confins de l’Amérique du Sud avec cette très bonne fable, cette fois sans David B, et dans un univers médiéval japonais.

Maraki Zatu, la jeune héritière d’un clan, accompagne trois voisins à la chasse. Survient un molosse, qui perturbe et effraye les quatre cavaliers, dont l’un le tue d’un coup de fusil. Mais arrive aussi dans la foulée un samouraï, maître du chien, qui veut en découdre, mais est lâchement assassiné d’une volée de plombs. Une ignominie que désaprouve Maraki Zatu, qui veut rentrer chez elle mais s’enfonce à travers la glace d’un lac gelé. Les trois voisins y voient l’occasion de se débarrasser d’un témoin gênant et la laissent se noyer, d’autant que son père décédé, ils convoitent l’héritage du clan, l’amour de la mère de Maraki Zatu ainsi que sa fortune. Le temps passe et dévoile la lâcheté ou l’orgueil des uns et des autres qui en sont venus à leurs fins, sauf que la demoiselle a été sauvée de la mort par un drôle de petit ermite qui devient à la fois l’initiateur de la jeune fille, à condition qu’elles devienne aussi son esclave. La vengeance va bientôt pouvoir commencer dans les rues d’Edo.

Les couleurs de Micol son magnifiques et exaltent un Japon rêvé, un univers très différent de l’aride « Terre de feu », avec des paysages magnifiques et des légendes impeccables. Pour tous les samouraïs.
Esclaves (Barracuda) par Jean-Marc Lernould
Ce serait une énième histoire de pirates, sauf le scénario de Jean Dufaux et le talentueux dessin de Jeremy, dont on peur apercevoir quelques crayonnés en début d’album. On y trouve des poncifs : Barraccuda est borgne et sanguinaire, et son jeune fils Raffy, formé par ses soins, ne l’est pas moins, les tronches sont patibulaires et les dames et demoiselles de la haute capturées sont mignonnes à souhait, bien qu’elles ne durent parfois pas longtemps.

Dona Emilia Sanchez del Scuebo est l’une de celle-là, qui habille vite fait son jeune garçon en fillette puisque les mâles sont généralement occis lors de la prise de leur navire, ce qui va créer quelques situations embarrassantes. Il y a évidement une carte au trésor qui va faire naviguer Barraccuda vers une île où se trouverai le plus gros diamant du monde, le Kashar, mais on peut penser qu’il retrouvera sur sa route le noble de la Loya. Reste le personnage de Flynn, qui rachète au marché aux esclaves la vraie fille de Dona Emilia, et dont le comportement est plutôt singulier dans cette île de Puerto Blanco, repaire de pirates de la pire espèce.

C’est plutôt un bon feuilleton qui commence pour les amateurs du genre, avec un casting de qualité.
Orgueil et préjugés et zombies par Jean-Marc Lernould
Drôle de choc que de voir le célèbre best seller de Jane Austen, « Orgueil et préjugé », déjà agrémenté de zombies affamés (pléonasme) par le roman de Seth Grahame-Smith, bientôt produit par Natalie Portman au cinéma, laquelle y tiendra le premier rôle, celui d’Elisabeth Bennet, et actuellement publié en BD par Casterman. Des rebondissements pour le moins curieux dans cette Angleterre victorienne du XIXème siècle, et où il faut s’accrocher pour suivre les chassés-croisés amoureux et la fierté de la haute noblesse, malgré la fâcheuse tendance des zombies à surgir de terre, surtout quand il pleut et que le sol devient meuble.

Cela donne des dialogues du style « Si votre devoir est de marier nos, filles, le mien est de la garder en vie » dit le père Bennet à son épouse, tout en nettoyant son mousquet. Il faut dire que ses filles sont aussi belles que redoutables, maniant l’épée, le fusil autant que le sabre et les techniques chinoises (elles ont étudié auprès d’un maître oriental) et que chacune d’elle peut décaniller les yeux fermés sa dizaine de morts vivants charognards. Reste que l’on ignore d’où vient cette épidémie qui engendre ces « innommables », et que ce côté gore tombe un peu comme un cheveu sur la soupe dans cette histoire pleine de sentiments, bien qu’il reste des dialogues pas piqués des vers, comme cette dame de la haute qui s’offusque de voir arriver Élisabeth avec son jupon déchiré, où « il y avait même des morceaux de zombies sur sa manche ».

Mélange improbable de gore et d’académisme, « Orgueil et préjugé » bénéficie d’un dessin délicat en noir et blanc, mais on ne saura jamais si Jane Austin se retournerait dans sa tombe en lisant cette adaptation non dénuée d’humour.
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