Les 52 critiques de Jean Loup sur Bd Paradisio...

Idée originale mise en scène dans ce "Fables". Et occasion de rappeler que le monde des comics, qui lorgne de plus en plus du côté du polar, ne se limite pas à des allumés en collants et que ceux qui y sont allergiques devraient revoir leur position. Bill Willingham met en scène des personnages de contes, donc un imaginaire collectif, dans un univers moderne et désabusé où tout n'est pas rose et où le "tout est bien qui finit bien" n'a rien d'une règle. Humour et intrigue policière agréable sont au rendez-vous, conjugués à une galerie de personnages attachants et bien esquissés. Je ne connaissais que "Ironwood" de Willigham, édité en son temps par Glénat ; dans un genre différent, l'auteur déploie ici ses qualités de scénariste et convainct son monde. Côté graphisme, rien d'extraordinaire, mais ce premier tome est suffisamment accrocheur pour donner envie aux lecteurs de suivre cette nouvelle série.
Là-bas par Jean Loup
« Là-bas » est inspiré du roman publié par Anne Sibran, « Bleu figuier », paru chez Grasset. La romancière avait déjà fait une incursion remarquée dans la bande dessinée avec « La Terre sans mal », qui avait obtenu le prix des libraires Canal BD il y a quelques années. J’ai préféré cet album-ci. Anne Sibran raconte son père. Terriblement humain, désespéré, pathétique, cet homme a survécu à une fusillade de l’OAS mais a conservé des blessures de l’esprit. Inoubliables. Insurmontables. Déchirantes. Et ce regard de ceux de la métropole, après les événements d’Algérie. Cet odieux surnom de « boucher » murmuré dans son dos ou craché à la figure de sa fille. L’impossible adaptation à la vie parisienne quand on a connu « là-bas ». La narratrice dit tout son amour pour son père et pour cette Algérie rêvée qu’elle n’a connu que par les souvenirs racontés par son père. C’est bien écrit, bien découpé, et certaines scènes sont vraiment émouvantes. Didier Tronchet reste dans un graphisme très identifiable. Les lecteurs de « Jean-Claude Tergal » ou de « Raymond Calbuth » ne seront pas surpris par le faciès des personnages. Il y a en revanche un travail sur la mise en couleurs peu comparable aux autres séries signées par Tronchet, avec un jeu sur les dominantes de teinte pour une planche ou une scène. Et les personnages ont beau rappeler la tronche minable de Tergal, ils ne sont jamais ridicules et ne prêtent pas à rire. Preuve qu’un même style peut coller à des tons résolument différents. J’ai beaucoup aimé cet album, qu’on recommandera à un public adulte plus à même de goûter la sensibilité et l’affection qui se dégagent de ce bel hommage à un homme et un père.
Ce « Double jeu » est le premier tome chez Semic de la Veuve Noire nouvelle mouture. Oubliez la rousse Natasha et ses liens avec Daredevil : sa remplaçante est toute jeune, blonde, à forte poitrine et n’a pas l’air particulièrement attirée par les justiciers aveugles. Elle a cependant beaucoup de mal à ne pas se comparer à l’autre. A vrai dire, le lecteur n’est pas troublé outre-mesure par ces états d’âme : combien y a-t-il en France de fans de la Veuve Noire ? J’avoue ne jamais avoir vu ce personnage autrement que comme une figure secondaire et pas très intéressante au milieu des aventures de Daredevil. Et ce n’est pas ce tome qui me fera changer d’avis, vu sa médiocrité. Les dessins ne sont pas mal, même s’il faut vous prévenir : la couverture n’a rien à voir avec les illustrations de l’intérieur. Igor Kordey connaît son boulot et s’en acquitte fort honorablement mais il n’est pas servi par le scénario. Le logo de couverture met en garde les têtes blondes : la Veuve s’adresse aux « lecteurs avertis ». Alors, je vous avertis : vous allez voir de la fesse, du sein, du cuir, des chaînes, du sado-masochisme, tout le récit baignant dans une atmosphère franchement glauque qui vous placera en position de voyeur. Ca vous tente ? Alors bonne lecture. Si vous faites partie de la catégorie du lectorat qui n’est pas particulièrement fascinée par ces turpitudes malsaines, vous n’allez pas vous régaler. Le thème est racoleur au possible mais n’est pas rehaussé par un talent scénaristique. Greg Rucka livre le minimum syndical, son propos étant visiblement davantage de justifier le logo de couverture que d’écrire un récit qui tienne vraiment la route. De plus, la fin de l’album est comblée par deux mini-récits sans intérêt et l’ensemble se fait l’apôtre d’une violence et d’une auto-justice écœurantes (que ce soit la Veuve ou le Punisher). Au final, un comics plus que dispensable dont la piètre qualité dévalorise un genre capable de très bonnes choses.
Sam and Twitch. Ca pourrait sonner un peu comme Hurlu et Berlu, Tom et Jerry ou Laurel et Hardy. En plus, il y a bien le gros, Sam, et le petit malingre, Twitch. Pas du genre sex-symbol, ni l'un ni l'autre, et plutôt conscients de la chose. Quand Twitch évoque Sam devant une inconnue rencontrée dans un bar, il ne mâche pas ses mots : "Bruyant, bavard. Une tête de mule. Et effroyablement gros. Rien qu'à son odeur, on peut deviner ce qu'il a mangé la veille." Pourtant, Twitch a beaucoup d'admiration pour son ami obèse qui représente un sacré coéquipier. Car Sam et Twitch sont flics. Bien sûr, ils n'ont pas la tête d'un Johnny Depp dans "21 Jump Street" ou d'un Brad Pitt dans "Seven". Mais ces deux-là ont l'immense mérite d'être intégres dans un milieu policier rongé par la corruption. Du coup, même quand ils veulent devenir détectives privés, leur ancien lieutenant les persuade de rentrer au bercail car il sait pouvoir s'appuyer sur eux. Leur retour sous l'insigne les confronte très vite à une étrange série d'homicides. Des mafiosi sont assassinés, décapités par un fou sanguinaire. Et très curieusement, quand on trouve sur les lieux du crime des oreilles ou des pouces tranchés, ils n'appartiennent pas aux victimes. L'adversaire de Sam et Twitch semble guidé par une motivation obscure et ne tue pas au hasard. Elucider le mystère va être bien difficile pour le duo... Encore une jolie publication sous le label "Semic Books" qui devient une solide référence pour les bédéphiles en général et les amateurs de comics en particulier. Angel Medina nous offre de très belles planches. Son trait fin et précis, empreint de minutie, est un régal pour les yeux. On comprend que sa production reste mesurée car ce luxe de détails n'est pas souvent compatible avec le rythme effréné des sorties des comics. Les phylactères n'existent pas, et le texte est inscrit dans le dessin, en noir ou en blanc selon le fond. C'est un peu surprenant au début, mais cela ne gêne en rien la lecture et cela donne au final une agréable touche d'originalité à la série. Sam and Twitch se lit également avec beaucoup de plaisir et de facilité grâce aux talents de conteur du sieur Bendis. "Torso" ou "Powers" vous ont peut-être déja convaincu. Cet autre titre s'ajoute au palmarès du nouveau surdoué du comics. Les dialogues sont encore une fois hors du commun. Il y a beaucoup de texte, avec de nombreux échanges verbaux à l'intérieur d'une même case. L'équilibre entre action et développement psychologique des personnages est parfait. Le suspense fonctionne bien, et si certaines techniques narratives de Bendis ne vous surprendront plus si vous avez déjà lu certaines de ses oeuvres, elles n'en restent pas moins audacieuses et diablement efficaces. A lire, donc, et cela fera une tranche noire esthétique de plus dans votre bibliothèque.
En 1969, une mystérieuse explosion produit un gigantesque flash qui affecte le patrimoine génétique des 113 foetus de la ville de Pederson. En grandissant, ces enfants (très vite appelés les Spéciaux) se découvrent des pouvoirs surhumains, qui vont amener le gouvernement à les regrouper pour les étudier et déterminer s'ils représentent une menace. Chacun possède son propre pouvoir : mettre le feu, être invulnérable, entendre les morts, voler, disposer d'une force herculéenne... Certains ne connaissent pas leur talent, parce qu'ils n'ont jamais été mis dans les circonstances qui le révéleraient. D'autres, au contraire, apprennent à maîtriser leur don ou à en abuser. Les années ont passé. L'un des Spéciaux est retrouvé assassiné, alors qu'il était invulnérable. Le meurtrier connaissait donc intimement la victime et a su exploiter sa seule faille. Le meurtrier ne serait-il pas un Spécial qui veut froidement éliminer ses semblables ? On doit au scénariste la série télévisée Babylon 5, ou la série de comics Midnight nation. Rising Stars était sa première incursion dans la bande dessinée américaine. Force est de reconnaître au bonhomme un véritable talent, et un sens aigu de la mise en scène qui rendent ce premier volume assez haletant. Sur fond d'intrigue policière (ce qui n'est pas sans rappeler l'incontournable Watchmen), l'intrigue revient sur la formation et l'évolution de ces personnages hors du commun. Straczynski rend les Spéciaux très attachants, grâce à des dialogues bien troussés qui permettent une exploration réelle de la psychologie des intervenants. Le lecteur découvre au fur et à mesure les héros, et savoir qu'un meurtrier se trouve probablement parmi eux fait que vous aurez du mal à ne pas tout lire d'une traite. Les dessins sont à la hauteur, avec des couleurs assez caractéristiques du genre, et un cadrage efficace. Le trait est agréable, mais c'est vraiment le scénario qui rend Rising Stars aussi indispensable. Laissez-vous donc convaincre : c'est du très bon comics.
Etre petit, vert, avec un groin et une queue fourchue, et se faire régulièrement balancer dans le vide pour voir si l'on sait enfin voler : la vie d'un petit dragon n'est pas toujours facile ! Raghnarok est élevée par sa mère, dragon violet amateur de chair humaine, et voit régulièrement sa grand-mère qui surveille jalousement son tas d'or contre tous les cupides. Dans sa forêt rôdent aussi de nombreux prédateurs : ours, fauves, trolls, elfes, héros avides d'exploit... autant de dangers potentiels pour Raghnarok ! Mais comme dans les cartoons, le dragonnet peut être brûlé, congelé, bouilli ou faire une chute de 300 mètres : il ne s'en relèvera que plus en forme le gag suivant. Boulet est un des auteurs de la bande à "tchô", le magazine lancé par Glénat autour de Zep et de son Titeuf. Destiné à un jeune public, j'avoue ne jamais avoir lu ce journal et ne pas connaître par conséquent les jeunes auteurs qui s'y expriment. En tout cas, "Raghnarok" donne envie d'explorer le filon. Boulet est à la fois scénariste et illustrateur de sa série. Son trait est rond, rigolo, expressif ; les personnages sont craquants et très attachants. L'auteur utilise certainement l'ordinateur pour colorier les planches : les teintes sont très vives, et il y a des effets sur les paysages (du flou pour certaines cases, par exemple). Cela serait un peu tape à l'oeil pour un titre plus sérieux, mais cela convient bien à cet univers comique destiné aux plus jeunes. Destiné, mais pas réservé aux seuls enfants ! La preuve : je me suis beaucoup amusé en lisant ce premier volume. Boulet a un vrai sens de la chute (comme son héros d'ailleurs, habitué aux vols qui finissent mal) et des situations drôles, et comme Zep, il arrive à faire sourire plusieurs fois le lecteur en une seule planche. Album très sympa, à offrir à son petit frère ou à se réserver juste pour soi (...et tant pis pour tous ces sales gosses, y en a pas que pour eux, hein) !
Sympa, ce vingt-neuvième titre de la collection Eperluette. Le prolifique Lewis trondheim se colle au scénario pour cette série de 100 strips qui font sourire le lecteur à chaque fin de bande tout en déroulant le fil d'une intrigue loufoque. Exercice difficile, puisque faire avancer un récit tout en amusant le lecteur toutes les quatres cases n'a rien d'évident ! Bien sûr, Trondheim s'en sort avec les honneurs, le bougre ayant un talent qui se fait de plus en plus (re)connaître au fil de ses parutions. Jochen Gerner est nettement moins célèbre, bien qu'il ait déjà pas mal d'albums à son actif (certains sont d'ailleurs chroniqués sur le site, vous pouvez aller voir). J'avoue que je n'avais jamais lu de titre dessiné par cet auteur. Le dessin en noir et blanc est du genre minimaliste, mais il convient tout à fait à l'exercice proposé par Trondheim (on imagine mal la même chose illustrée par Vance !). Les personnages sont en rondeur, expressifs malgré le peu de détails. Un album qui se lit vite, mais qui a le mérite d'être original et plaisant.
L'Antiquité n'est pas un domaine dans lequel la bande dessinée s'est souvent aventurée avec succès. C'est certainement encore plus vrai pour l'histoire romaine, la Grèce ayant au moins inspiré Le Tendre ("La gloire d'Héra" ou "Tirésias"). La réussite de Murena n'en est que plus remarquable. La mise en scène des péripéties dynastiques du premier siècle de l'Empire romain (qui vit se succéder Caligula, Claude, Néron...) a inspiré un très bon récit à Dufaux. Le rythme est soutenu, les personnages sont bien esquissés, l'ambiance de l'époque est bien rendue. Je ne connaissais pas Delaby mais j'ai beaucoup aimé son travail. Le trait est réaliste, élégant, et la mise en couleurs est des plus réussies. Le rendu des monuments et des décors est assez remarquable et concourt à l'impression positive laissée par l'ensemble. On a très envie de lire la suite, même si quelques connaissances historiques permettent de connaître les principaux meurtres à venir. Dufaux et Delaby ont suffisamment de talent pour faire du neuf avec du (très) vieux !
Paru chez un de ces éditeurs dont je ne connais que très peu les parutions, Lincoln est un album à découvrir. Je ne connaissais pas le trio Jouvray, mais cette prise de contact a été fort sympathique. On a noté avant moi le parallèle graphique avec la nouvelle vague de la BD, qui devrait séduire les bédéphiles à défaut d'attirer les amateurs de gros nez sans âme. Le trait est épuré mais sûr, le découpage est efficace, voire franchement savoureux (pour les scènes sans dialogues notamment). J'ai apprécié le dessin de Jérôme Jouvray car il rend bien hommage au scénario d'Olivier (Jouvray lui aussi, pour ceux qui n'auraient pas suivi). Et ce scénario est du genre truculent. Dieu se retrouve incarné comme un petit bonhomme à barbe, curieux et cool, ne crachant pas sur un joint de temps en temps et copain comme cochon avec Satan. Le personnage principal, Lincoln, est un modèle d'anti-héros, grossier, antipathique, sans morale ni scrupules, absolument pas impressionné par l'apparition de Dieu dans sa vie. Le tout dans une ambiance de western parodique où l'humour est omniprésent et percutant. Scénario réjouissant, inventif et drôle, qui devrait contenter beaucoup de monde. S'il vous fallait une chronique de plus pour vous décider à le lire, j'espère avoir rempli ce rôle... en tout cas, c'est vraiment une bonne surprise qui remplira agréablement vos étagères.
Florence Magnin crée une véritable ambiance pour ce "Domaine Hatcliff", premier tome de sa nouvelle série "L'Héritage d'Emilie". Son dessin y est pour beaucoup : on reconnaît tout de suite sa patte, notamment par son utilisation des couleurs dans des tons pastels et par un trait élégant (féminin, diront certains). Les paysages et les lumières sont réussis, ce qui confère à certaines scènes une atmosphère fort prenante. Florence Magnin est également au scénario. N'oubliant pas ses collaborations passées dans le monde du jeu de rôle (pour "Casus Belli" notamment), elle immerge le lecteur dans une histoire qui fleure bon le fantastique, les légendes, le merveilleux. Mieux vaut cependant mettre en garde le lecteur pressé : en refermant ce premier tome, la plupart des questions restent sans réponse et il faudra donc se montrer patient (ou suffisamment fortuné pour investir illico dans le second volume, déjà sorti). On a envie en tout cas de savoir ce qu'il advient de la jeune et naïve Emilie : pari gagné pour l'auteur de ce sympathique album dont on lira la suite.
Août 1939. L'Allemagne nazie dirigée par Hitler n'en finit pas de faire de nouvelles conquête tandis que la France et le Royaume-Uni laissent faire au nom de la sauvegarde de la paix en Europe. Pourtant, l'invasion de la Pologne va être une conquête de trop et les populations vont se retrouver plongées dans un nouveau conflit alors que tout le monde avait bien juré que 1914-1918 serait la der des der... Avant que tout n'éclate, un Alsacien se rend dans une ferme pour y trouver du travail. Malgré son accent, le chef de famille décide de l'embaucher. Antoine, son fils, voit cela d'un très mauvais oeil. Lui qui a perdu un bras à cause de la guerre, voir un Boche sous son toit ! Et puis sa soeur Marie, elle pourrait bien être troublée par la présence de cet étranger séduisant... et ça, Antoine ne le supporte pas. "L'enfant de paille" est donc la chronique d'un drama paysan à l'aube de la Seconde Guerre mondiale. Ce premier volume, qui aurait très bien pu n'être qu'un one-shot, a donné lieu depuis à toute une ribambelle d'albums. J'avoue ne pas savoir ce qu'ont donné ces suites, mais "L'enfant de paille" est assez réussi. Stalner opte pour un dessin réaliste et détaillé, assez séduisant je dois dire, qui aurait presque mérité de rester en noir et blanc : la couleur paraît presque superflue, le trait étant suffisamment minutieux pour se suffire à lui-même. Les personnages comme les décors bénéficient d'un traitement attentif et créent une atmosphère pesante qui sert remarquablement ce huis-clos campagnard. Le scénario fleure bon le drame paysan, façon feuilleton télévisuel de l'été. Mais c'est une réussite : moi qui ne suis pas particulièrement fan du genre, j'ai bien accroché à ces querelles familiales et à ces secrets pesants qui se dévoilent peu à peu par la présence d'un élément étranger à la cellule familiale. Les personnages sont un peu caricaturaux sans doute, mais c'est difficile à éviter dans le cadre de quarante-six planches et leur psychologie est suffisamment travaillée pour être crédible. Bon scénario, bon dessin, bon moment de lecture.
"La mémoire de Dillon", en le comparant à ses deux prédécesseurs, paraît un ton en-dessous du très bon niveau de polar atteint par l'ensemble de la "Berceuse assassine". Rien n'a changé question dessin : la qualité est toujours au rendez-vous, et le changement de traitement sur les dernières planches est une jolie trouvaille graphique pour accompagner le déroulement de l'intrigue. On est un peu déçu parce qu'on attend une troisième vision du même récit et qu'on a plutôt une histoire parallèle. Il y a bien certaines scènes en commun, et le personnage de Dillon était intrigant dans les deux autres volets, mais Martha et Telenko sont bien peu présents au fil des pages. Les éclaircissements sont donc minimes par rapport aux "Jambes de Martha" qui apportaient un éclairage neuf sur le récit. Malgré tout, l'histoire est intéressante et bien racontée, et la conclusion inattendue a le mérite d'achever le cycle avec originalité et optimisme Tome un brin en retrait, certes, mais l'ensemble de la trilogie reste une valeur incontournable dans le polar et vous seriez impardonnable de continuer à passer à côté !
Si vous avez pris la peine de lire la chronique du sieur Bellefroid, vous aurez déjà compris que "Berceuse assassine" mérite sa place dans votre bibliothèque. J'ajoute tout de même ma voix au choeur des louanges. Cet album est encore un peu plus réussi que le premier. Tout simplement parce qu'il ajoute une dimension supplémentaire au récit de départ, qu'il reprend en changeant de point de vue. Cette réflexion sur la subjectivité livrée par un scénariste dont le talent n'est plus à prouver, est assez enthousiasmante pour le lecteur. On se fait mener par le bout du nez, mais on est ravi de découvrir que le regard de Martha apporte de nouvelles informations qui changent singulièrement la donne : la harpie du "Coeur de Telenko" paraît nettement plus humaine et son mari n'est plus perçu de la même façon... Tour de force scénaristique donc, et toujours la même qualité dans le polar qui en fera frémir plus d'un. Meyer reprend sa technique de couleur autout du jaune et adapte les traits de ses personnages à la vision du narrateur. Ainsi, la grimaçante Martha dont la haine débordait de chaque case dans le premier volet trouve ici un visage plus féminin : la dame ne se voit pas comme un monstre, loin de là, et le dessin accompagne cette nouvelle mise en perspective. Chapeau, là aussi ! Bilan des courses : fonces chez votre revendeur pour vous procurer la trilogie car c'est certainement l'un des meilleurs polars disponibles sur le marché.
C'est du noir, mon bon monsieur, comme on aime en lire ! Philippe Tome n'est pas que le scénariste de Spirou et Fantasio : rappelons qu'il est aussi l'auteur de "Sur la route de Selma", un polar paru chez Dupuis dans la collection Aire Libre, et que la série "Soda" lui a permis de se familiariser avec le genre policier et le décor américain. C'est donc en connaisseur qu'il a réfléchi à son scénario dont cet album constitue la première version : on suit l'histoire avec les yeux de Telenko, avant de la (re)découvrir par le biais de Martha puis de Dillon. Idée de tryptique fort séduisante et novatrice, donc, savamment mise en application de surcroît. L'utilisation de la voix off est très pertinente et participe beaucoup à l'atmosphère. C'est bien écrit, bien pensé, on ne s'ennuie pas une seconde et il y a un suspense haletant. La mise en images, assurée par Meyer, est à la hauteur. Le jeu sur les couleurs (du marron et du jaune, c'est tout) ajoute une ambiance graphique à l'atmosphère scénaristique. On entre tout de suite dans l'univers de ce conducteur de taxi qui rêve de se débarrasser de sa femme et l'on en vient même à lui souhaiter de réussir. Ne cherchez pas de bandes blanches entre les cases : tout est en noir, histoire de bien insister sur le côté sombre de l'ensemble. On a une méchante envie de lire les deux autres quand on referme celui-là, en se doutant que les versions suivantes risquent d'amener un éclairage bien différent et une dimension supplémentaire à cette belle intrigue.
Abominable par Jean Loup
Quatre récits sans aucun lien entre eux et réalisés à des périodes différentes (de 1976 à 1987) constituent cet album de la collection "Caractère" de l'éditeur grenoblois. Du coup, il y a une certaine évolution graphique entre les récits, mais elle reste assez ténue : Hermann n'a pas changé de style durant cette période et l'album ne sent pas trop le patchwork illustratif. Inutile d'en faire des lignes entières : à moins que vous ne soyez néophyte, vous avez forcément déjà eu entre les mains un album d'Hermann (Comanche, Jeremiah, Les Tours de Bois-Maury, Liens de sang, Lune de guerre et j'en passe...). Son style réaliste et minutieux lui a valu une certaine réputation. D'un point de vue scénaristique, ces récits courts oscillent entre le médiocre ("Le massacre" qui ouvre l'album), le déjà vu ("La fuite" dont la chute est méchamment paresseuse) et l'agréable ("La cage" et "La vengance"). Il y a donc à boire et à manger, mais dans l'ensemble, aucun des récits ne vous marquera durablement. Compilation de récits qui n'étaient pas destinés au départ à finir dans un même album, "Abominable" est donc une curiosité dispensable mais convenable.
Guillaume Sorel, qui a fait ses premières armes dans le monde du jeu de rôle avant de se lancer dans la bande dessinée, a du talent. Il a un bien joli coup de pinceau, mais ses albums ne m'avaient jusque-là pas plus convaincu que cela ("L'île des morts" et "Mother" ne sont pas à mon avis d'éclatantes réussites). Ce tome initial d'Algernon Woodcock n'en est que plus réjouissant. C'est beau, très beau même. Sorel maîtrise vraiment son art et envoûte le lecteur par sa mise en couleurs qui immerge dans l'ambiance du récit. Les personnages sont intelligemment mis en action, tant dans leurs expressions que dans leurs attitudes corporelles. Et le scénario est cette fois à la hauteur du trait ! Ce récit fantastique mettant en scène deux médecins fraîchement diplômés a le mérite de l'originalité et de l'efficacité. Le rythme est plutôt lent, mais cela cadre parfaitement avec les personnages et l'ambiance des lieux où ils font leurs premières armes. Les deux héros sont particulièrement attachants et bien campés. Les individus qu'ils croisent les mettent en valeur et l'on referme l'album à regret, d'autant qu'on est au beau milieu de l'intrigue et que les questions irrésolues restent nombreuses. Bel album, donc, qui mérite sa place chez vous et dont la suite risque de subir le même sort si elle est à la hauteur !
Zep est connu pour son immensément populaire Titeuf, dont les ventes sont actuellement le raz-de-marée qui submerge toutes les autres bandes dessinées. "L'enfer des concerts" permet d'abandonner ce personnage-fétiche tout en restant en terrain connu pour le lecteur : le trait et l'humour de Zep se reconnaissent entre mille. On retrouve le système du gag en une planche, que l'auteur affectionne et qu'il maîtrise avec brio. Sur le thème des concerts et en s'inspirant de ce qu'il a vécu, Zep trouve de nombreuses idées marrantes et qui font mouche. C'est d'autant plus efficace si vous avez eu l'occasion d'assister vous-mêmes à quelques concerts rock car cela vous rappellera sûrement de bons (ou moins bons) moments ! Le graphisme en rondeur de Zep illustre gaiement cette déferlante. Album sympa donc, qui se lit assez rapidement et qui vous détendra assurément. Alors c'est pô la peine de s'en priver !
Ouille ouille ouille... Ce dixième tome de Dick Hérisson est incroyablement mauvais. Le scénario tout d'abord, est le plus mal construit de toute la série. C'est inutilement compliqué, et l'on a du mal à s'intéresser (je ne dis pas se passionner, on en est trop loin) à cette intrigue alambiquée que l'auteur essaie régulièrement de relancer en ajoutant un mort aux précédents. A la fin de l'album, tout paraît assez embrouillé, et le dénouement ne convainc pas (sans parler de la dernière case, digne d'une série B peu inspirée). Passons à l'élément le plus catastrophique de "La brouette des morts" : son dessin. C'est assez étonnant voire inexplicable : après avoir régulièrement progressé au fil des titres de la série, Savard accomplit ici un travail hideux. Le trait est tremblant, approximatif, ce qui entraîne une confusion du dessin et se révèle très fatigant à la lecture. On a le sentiment que Savard découvre la plume et qu'il a du mal à contrôler sa main pour éviter les lignes tremblottantes et les taches d'encre. Peut-être faudrait-il chercher une explication du côté d'une maladie de l'auteur (en ce cas, une petite note en fin d'album aurait été la bienvenue), car sinon je ne m'explique pas la médiocrité du trait. Ajoutons tous ces pieds, ces mains qui sortent des cases et donnant vraiment l'impression que le découpage n'est pas maîtrisé et que Savard n'arrive pas à s'adapter au format des cases... on obtient un travail que peu de jeunes auteurs oseraient livrer à un éditeur. Très décevant et même franchement insuffisant, cet album ne mérite pas votre attention. Lisez plutôt d'autres épisodes : il y en a des sympathiques.
"Le grand pays" a le mérite évident d'apporter des éclaircissements bienvenus à la palpitante mais obscure "Prison" qui ouvrait le cycle. Le début du récit permet de retrouver la micro-société des prisonniers et ses querelles mesquines pour obtenir le pouvoir, mais très vite, la découverte de la prison des femmes ouvre de nouvelles perspectives. Toutefois, Makyo ne les explore guère puisque le héros précipite les événements en s'évadant et qu'il va en apprendre beaucoup plus sur l'univers particulièrement mystérieux dans lequel il s'est retrouvé plongé. A vrai dire, en refermant le tome, il ne reste plus beaucoup de questions en suspens. C'est peut-être cela qui fait que le premier volume était plus réussi : il équilibrait à merveille les choses à savoir et les éléments à découvrir ultérieurement. Le scénario du "Grand pays", beaucoup plus explicatif, reste agréable mais on a moins hâte de lire la suite et l'esprit du lecteur peut moins vagabonder vers d'audacieuses spéculations... Pourtant, sur le plan graphique, Vicomte a trouvé son style et l'album possède une unité qui faisait défaut au premier. L'atmosphère moyen-ageuse est bien rendue par le trait du dessinateur, qui utilise beaucoup de noir pour toutes les scènes de la prison, ce qui donne un sentiment de crasse et d'obscurité. Bon point pour Vicomte. S'il est un peu moins bon que son aîné (c'est le lot de beaucoup de suites !), cet album reste à découvrir et l'ensemble du cycle mérite vraiment le détour.
Depuis sa sortie, "Balade au bout du monde" a eu le temps (et la chance) de devenir une référence dans le petit monde de la bande dessinée. Comptant aujourd'hui trois cycles de quatre albums chacun(de qualités diverses, hélas), l'histoire imaginée par Makyo est illustrée par des dessinateurs différents. Pour ce premier tome et les trois suivants, c'est Vicomte qui marque de son empreinte le personnage principal et les étranges personnalités qui gravitent autour de lui. "La prison" a su garder une jolie force scénaristique. Près de vingt ans après sa parution, l'originalité de l'histoire reste évidente et l'atmosphère créée par les deux auteurs est demeurée d'une efficacité remarquable. Le huis-clos dans la société prisonnière d'un autre âge est mené de main de maître, avec un savant jeu sur les personnalités qui s'opposent dans les murs gris de la ville-geôle. La part de mystère est également bien dosée : le lecteur suit suffisamment l'histoire pour accepter les nombreuses zones d'ombre qui demeurent, et qui donnent une furieuse envie de lire aussitôt la suite. Le graphisme est l'élément qui a le plus vieilli. On note d'ailleurs une flagrante différence entre les premières planches et la fin de l'album : Vicomte a affermi son trait au fil des pages, s'est orienté vers un style plus réaliste et mieux maîtrisé. Autant les premières pages sont très marquées "années 80", autant la suite parvient à s'éloigner d'un style trop daté. Les albums suivants sauront encore progresser au niveau graphique. Une balade à faire impérativement si vous ne souhaitez pas passer pour un inculte auprès de vos amis bédéphiles.
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