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On peut dire que Frédérik Peeters a signé avec « Pilules bleues
» l'un des plus beaux romans autobiographiques jamais parus en
bande dessinée. Il n'y peut rien, c'est la vie qui a choisi pour
lui, qui lui a fourni le matériau de base de cette histoire, pourrait-on
dire. Oui et non.
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C'est vrai que Peeters ne fait rien d'autre que de raconter une
tranche de sa vie sur près de deux cents pages en noir et blanc.
Mais il raconte si bien ce qu'il a vécu en compagnie de Cati,
sa compagne, et du fils de celle-ci, que l'on peut parler d'un
petit chef d'oeuvre.
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34 pages de légèreté durant lesquelles Frédérik et Cati se rencontrent,
se manquent, se retrouvent et se reperdent. Puis, un rendez-vous
plus sérieux. Et en deux planches, tout bascule. De la chronique
amoureuse, on passe à la baffe dans la gueule. Cette fille inaccessible
que Frédérik a toujours rêvé de séduire, la voilà enfin disponible.
Le mari n'est plus dans la place, Cati est seule avec son fils.
Elle et Frédérik se plaisent, le courant passe. Alors, elle lui
dit ce qu'elle ne peut pas lui cacher plus longtemps : elle est
séropositive.
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Tout le talent de l'auteur est de nous raconter la suite sur
le même ton : les doutes, les questions posées ou passées sous
silence, la relation exceptionnelle qui va se nouer avec cet enfant
en sursis (lui aussi est séropositif) ou encore avec leur médecin,
les petits bonheurs et les victoires sur la mort, tout cela est
décrit avec une apparence de légèreté qui trahit une volonté de
ne pas se prendre au sérieux, de ne pas raconter autre chose qu'une
belle histoire d'amour.
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C'est ce regard simple, humble même, qui transforme
cette histoire et en fait un conte de l'ordinaire. Peeters refuse
de prendre la plume pour se poser en héros, en juge ou en exemple,
encore moins en martyr. Il se livre avec une désarmante sincérité.
Son dessin est à l'image du reste : simple, dépouillé, débarrassé
de toute envie d'en faire trop ou d'épater.
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Le résultat est touchant, bouleversant même, parfois. Un livre qui
vous plonge au coeur de l'émotion et qui ne vous lâche pas, même longtemps
après l'avoir refermé. |
Thierry Bellefroid.
Images Copyrights
© Peeters - Atrabile 2001
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